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  • Les dysfonctionnements du service de santé auprès des Yanomami

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    Le 3 avril dernier, le Ministère Public Fédéral - MPF de l'État de Roraima a demandé à l'Union - L'État fédéral brésilien - d'agir pour rétablir immédiatement la fourniture des médicaments pour les deux Districts Sanitaires Spéciaux Indigènes - DSEI de cet État. Il s'agit du "DSEI Leste" qui couvre les communautés indigènes de la partie orientale de l'État et le "DSEI Yanomami" qui couvre les communautés Yanomami de l'État de Roraima et d'Amazonas.

    Mais ce n'est là qu'une des demandes formulées en conclusion d'un rapport de 62 pages qui décrit - photos à l'appui - le non-respect de la législation relative au service de santé que doit assurer maintenant le Secrétariat Spécial de Santé Indigène - SESAI qui a remplacé la Fondation Nationale de la Santé - FUNASA.

    Le MPF demande également :

    - Le recrutement du personnel nécessaire pour assurer le service.

    - La mise en œuvre d'un programme de réparation, de reconstruction et/ou d'aménagement adéquats des locaux, infirmeries et centres de santé.

    - L'achat, l'entretien du matériel médical...

     

    Pour l'heure, rien ne semble avoir changé sur le terrain. Le MPF peine à faire respecter ses exigences.

    Le service de santé indigène brésilien

    Pour mieux comprendre le sens de l'intervention du MPF, il est utile de savoir comment est organisé le service de santé indigène.

    Le SESAI en est l'organe faîtier. Son siège est à Brasilia. Il dépend du Ministère de la  Santé. Il a été créé par Lula en octobre 2010 pour répondre à la demande des organisations indigènes. Précédemment, ce service avait été confié à la Fondation Nationale de la Santé - FUNASA. Cette dernière a connu de nombreux dysfonctionnements et affaires de corruption. Le délai pour le passage de témoin entre la FUNASA et le  SESAI devait avoir lieu au plus tard en décembre 2011.

    Le SESAI comporte deux départements : l'un chargé de la gestion matérielle du service, l'autre est responsable des programmes de santé, de la formation du personnel, etc.

    Pour répondre aux besoins des différents peuples indigènes du Brésil, le Service chapeaute les 34 DSEIs*, créés en 1999, répartis sur l'ensemble du territoire national. De chaque DSEI**, dépendent un certain nombre de "Pôles de Base"  - il y en a 351 dans le pays - qui sont des centres référents des Agents Indigènes de Santé - AIS, travaillant dans les "Postes de santé" construits à proximité des communautés indigènes. Dans l'organigramme, les "Pôles de Base" sont prévus pour accueillir une équipe multidisciplinaire comprenant notamment médecin, dentiste, infirmier ou infirmière. Des "Maisons de Santé de l'indien", généralement proches des centres urbains, accueillent les patients souffrant de pathologies particulières, complètent le dispositif.

    Dans plusieurs domaines, le Brésil a développé un système de gestion participative appelé "Contrôle social". Pour répondre à cette préoccupation, dans chaque DSEI, il est prévu un "Conseil de District de Santé Indigène - CONDISI". Les membres du Conseil sont, pour moitié, des représentants des usagers (les indigènes) élus par les communautés. Un quart des membres sont des représentants élus des travailleuses et travailleurs du service de santé du District. Un dernier quart regroupe les représentants des collectivités publiques et prestataires de services agissant en relation avec le  District concerné.

     

    Le CONDISI est responsable d'élaborer la "Plan de santé indigène" du District, d'en accompagner et d'en évaluer la réalisation. Il est aussi responsable d'émettre un avis sur les comptes des institutions et organes chargés du service de santé dans le District. Au niveau national, le "Forum des présidents de Condisi" est un organe consultatif et de suivi de la politique nationale santé indigène.

    En guise de conclusion

    L'intervention du MPF met en évidence le non-respect du droit à la santé dû aux peuples indigènes de cette région du Brésil. Et ils souffrent de nombreuses pathologies. Pour permettre aux Yanomami de l'État d'Amazonas d'avoir accès à des services de santé efficaces, l'association "Service et Coopération avec le peuples Yanomami - SECOYA", dont le siège est à Manaus, a mis en place un "Programme de santé". Il organise des cours de formation destinés aux leaders indigènes pour qu'ils connaissent leurs droits et la manière dont l'État brésilien a conçu le service de santé indigène. La formation s'adresse également aux délégués des communautés indigènes appelés à siéger au CONDISI du DSEI Yanomami.

    De son côté, l'association genevoise "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie - AYA, s'est engagée dans un partenariat avec la SECOYA. Ceux de nos lecteurs qui veulent appuyer l'action de la SECOYA peuvent verser une contribution à AYA CCP 17-55066-2 qui transmettra. Merci d'avance

    ***

    * La localisation des 34 DSEI :

    Les 2 DSEI -MPF.jpg

    ** L'organisation de chaque DSEI  :

    Organização_dsei_2012.jpg

     

    Pour en savoir plus, en français :

    - "AYA Info" No 55 (novembre 2010) et No 62 (juin 2011)

    Pour en savoir plus (en portugais) :

    - L'information publiée par le MPF :

    http://noticias.pgr.mpf.gov.br/noticias/noticias-do-site/copy_of_indios-e-minorias/mpf-rr-ngressa-com-acao-para-garantir-melhores-condicoes-a-saude-indigena/?searchterm=DSEI%20Yanomami

    - Le rapport du MPF (18.6 Mo) : http://www.prrr.mpf.gov.br/acp_-saude_indigena-_emsi_-_sesai_2.pdf

    - Le résumé qu'en a fait SECOYA :

    http://www.secoya.org.br/index.php?option=com_content&view=article&id=150:condicoes-precarias-de-saude-nos-dseis-leste-e-yanomami-provocam-intervencao-do-mpf&catid=4:noticias&Itemid=29

    - Sur le SESAI, les DSEI, les "Polo Base", etc. :

    http://portal.saude.gov.br/portal/saude/Gestor/area.cfm?id_area=1708

    Une version réduite de cette note a été publiée dans "AYA Info" No 71, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA - 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

     

  • Les graves carences du Service santé indigène dans la Vallée du Javari

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    "En moins de dix ans, nous avons perdu un tiers de la population". C'est ce qu'écrit fin janvier, Clóvis Marubo, dans un manifeste publié au nom des peuples indigènes de la Vallée du Javari : "Dans le contexte actuel, nous devons vivre avec un nombre significatif de notre population contaminée par la malaria, la tuberculose, la filariose, les divers types d'hépatite et de dénutrition qui viennent faucher la vie de nos enfants, de nos femmes, de nos jeunes, de nos vieux"... "Nous demandons au Ministère de la Santé de mettre en œuvre des mesures urgentes, suivies de plus permanentes, qui retournent de manière radicale l'actuelle situation qui peut être évitée par le biais de politiques participatives de santé indigène, intégrées et efficientes". Ce n'est pas la première fois que les peuples indigènes de la Vallée du Javari alertent les autorités sur la situation alarmante de l'état de santé des peuples indigènes de cette région du Brésil*.

    À la fin octobre 2011, le Centre de Travail Indigène - CTI et l'Institut Socio - environnemental - ISA ont publié un diagnostic sur la situation de la santé des peuples indigènes de cette région du Brésil. Ce rapport a été remis à Antônio Alves, le responsable du Secrétariat Spécial de Santé Indigène - SESAI au niveau fédéral.

    De son côté, aussi en octobre 2011, le Conseil Indigéniste Missionnaire - CIMI, l'organe de la Conférence Nationale des Evêques du Brésil - CNBB pour les questions indigènes a lancé une pétition à envoyer à la présidente de la république. Il a produit un documentaire intitulé "Javari", dont il annonce qu'il sera projeté ce 23 mars, à l'occasion d'un débat organisé à l'Université Fédérale d'Amazonas de Manaus. Cette rencontre permettra à plusieurs leaders indigènes du Javari de sensibiliser la communauté universitaire à cette réalité.

    L'appel de Clóvis trouvera-t-il enfin un écho ?

    La Terre Indigène Vale do Javari a été démarquée en 2001. Elle couvre 85'444 km2 - deux fois la superficie de la Suisse - sur six municipalités de l'État d'Amazonas. Elle est peu peuplée, environ 4'500 indiens de plusieurs ethnies : Kanamari, Korubo, Kulina, Marubo, Matis, Matsé, Tsohom Djapa et plusieurs groupes isolés. Voir la carte ci-dessous.

    Pour en savoir plus,

    En français :

    - *La note de ce blog du 18/02/2011

    En portugais :

    - Le manifeste de Clóvis Marubo : http://www.socioambiental.org/nsa/detalhe?id=3496

    - Le diagnostic du CTI et de ISA : http://www.socioambiental.org/nsa/detalhe?id=3441

    - La pétition du CIMI : http://www.cimi.org.br/site/pt-br/?system=news&conteudo_id=5907&action=read

    - L'annonce du débat de ce 23 mars : http://www.cimi.org.br/site/pt-br/?system=news&conteudo_id=6147&action=read

    Cette note a été publiée dans "AYA Info" No 69, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA - 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

    TI Vale do Javari:3.jpg