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  • La COP26 donne la parole à une jeune indigène brésilienne

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    Brasil, Brésil, Brasilia, COP26, Glasgow, Txai Suruí, Suruí Paiter, Almir Suruí, Ivaneide Cardozo, Ari Uru-eu-wau-wau, Lapetãnha, Sete de Setembro, Rondônia, Jair Bolsonaro, COIAB, APIB, ANMIGA, Joaquim Leite. John Kerry, Sauver la Planète, Corine Sombrun, Albin Michel, Jardin Botanique, GenèveLe 1er novembre, à Glasgow, lors de la cérémonie d’ouverture de la 26e Conférence des Nations Unies sur le changement climatique – COP 26, un temps de parole (2 min) a été donné à Txai* Suruí, étudiante en droit, fondatrice du Mouvement de la Jeunesse Indigène de l’État brésilien de Rondônia. Elle s’est exprimée en anglais :

    « Mon nom est Txai Suruí. Je n'ai que 24 ans, mais mon peuple (Suruí Paiter) vit dans la forêt amazonienne depuis au moins 6000 ans. Mon père, le grand chef Almir Suruí (1),connu au niveau international, m'a appris que nous devons écouter les étoiles, la lune, le vent, les animaux et les arbres...

    Aujourd'hui, le climat se réchauffe, les animaux disparaissent, les rivières meurent et nos plantations ne fleurissent plus comme avant. La terre parle. Elle nous dit que nous n'avons plus le temps.

    Une amie m'a demandé : continuerons-nous à penser que les blessures d'aujourd'hui peuvent être guéries avec des pommades et des analgésiques, même si nous savons que demain la blessure sera plus grande et plus profonde 

     Nous avons besoin de prendre un chemin différent avec des changements courageux et globaux. Ce n'est pas en 2030 ou 2050, c'est maintenant !...

    Alors que vous fermez les yeux sur la réalité, le gardien de la forêt Ari Uru-eu-wau-wau (2), mon ami d’enfance, a été assassiné pour avoir protégé la forêt. Les peuples autochtones sont au premier plan de l'urgence climatique et nous devons être au centre des décisions qui se prennent ici. Nous avons des idées pour ajourner la fin du monde...

    Arrêtons de proférer des promesses mensongères irresponsables. Mettons fin à la pollution des mots vides de sens et luttons pour avoir un futur et un présent vivables.

    Il faut toujours croire que le rêve est possible. Que notre utopie soit un futur pour la Terre.

    Merci. »

    Interviewée par Midia Ninja à propos de son discours, Txai s’est dite honorée d’y avoir pris la parole, ce qui était pour elle beaucoup de responsabilité. Elle parle de ses parents : sa mère, Ivaneide Cardozo, et son père, Almir Suruí, tous les deux engagés de longue date au sein des organisations indigènes. Txai est originaire de Lapetãnha, un village de la Terre Indigène Sete de Setembro dans l’État de Rondônia. La coiffe qu’elle porte a été confectionnée par ses oncles. Ceux-ci lui ont expliqué que chez les Suruí, cette forme de coiffe est portée à l’occasion d’une lutte, comme la lutte pour les droits des indigènes.

    Dans les jours qui ont suivi, la presse a rapporté les propos de Jair Bolsonaro qui dès, le 3 novembre, sans avoir expressément cité son nom, reproche à Txai d’avoir critiqué son propre pays : « Ils se plaignent que je n’étais pas à Glasgow. Pour attaquer le Brésil, ils y ont invité une indienne à la place de Raoni… »  

    Le 10 novembre, la Coordination des Organisations Indigènes du Brésil – COIAB a publié une note d’appui à l’indigène : … « Txai Surui, ta voix est notre voix ! Ta dénonciation est légitime ! L’espace que tu as occupé est aussi le nôtre, comme peuples originaires du Brésil. Tu n’es pas seule. Nous sommes nombreux ensemble dans cette lutte ! »

    Parmi les avancées de la COP 26 il y a l’annonce de la création d’un fonds de US$ 1,7 milliards pour aider les peuples indigènes à conserver leurs forêts. Et l’adoption, le 2 novembre, par les représentants de plus d’une centaine de pays – dont le Brésil et la Suisse - d’une « Déclaration » promettant de mettre fin à la déforestation d’ici à 2030. Á ce sujet, le 9 novembre, à son retour de Glasgow - où il était le chef de la délégation brésilienne - le Ministre de l’Environnement, Joaquim Leite, n’a pas répondu aux questions des journalistes sur le retrait des Projets de Lois en instance devant le Congrès national et qui sont susceptibles d’augmenter la déforestation…

    Les peuples indigènes brésiliens ont envoyé à Glasgow une délégation de 21 personnes, 5 hommes et 16 femmes, appartenant à trois organisations : l’Articulation des Peuples Indigènes du brésil – APIB (qui avait publié une déclaration affirmant qu’il n’y avait pas de solution à la crise climatique sans la participation des peuples indigènes), la Coordination des Organisations Indigènes de l’Amazonie Brésilienne – COIAB et l’Articulation Nationale des Femmes Indigènes Militantes de l’Ancestralité – ANMIGA. La délégation a participé à 47 « événements », dont une rencontre avec John Kerry, l’envoyé spécial des USA pour le climat.

    La présence, à Glasgow, de nombreux représentants autochtones des différentes parties du monde est l’expression de la volonté de ces peuples d’avoir plus de pouvoir sur leur propre destin et celui de la planète. Les médias ont largement abordé le déroulement et les résultats mitigés de cette COP26. Merci de s’y reporter.

    ***

    *Prononcer « Tchai »

    (1)En juin 2007, Almir Suruí était au Jardin botanique de Genève pour la plantation d’un palmier Açai lors de la fête du développement durable . En 2015, avec Corine Sombrun, il publie « Sauver la planète » aux éditions Albin Michel (Paris).

    (2)Ari Uru-eu-wau-wau, 33 ans, enseignant, a été retrouvé mort sur le bord d’une route, au matin du 18 avril 2020. La police a confirmé que la victime était décédée d’un traumatisme crânien. Il était actif au sein de l’association de défense de l’environnement de l’État de Rondônia dont la fonction consiste principalement à enregistrer et dénoncer les extractions illégales de bois. Un an après les faits, le crime n’avait pas été élucidé. Il n’est pas la première victime de ce type d’engagement.

    ***

    Photo : Txai Suruí - Capture d’écran de l’enregistrement de Mídia Ninja. Cliquer sur l’image pour en agrandir la taille.

    PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, permettent d'en "savoir plus".

    Cette note sera publiée dans le prochain "AYA Info" No 139, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 13, rue des Bossons - CH - 1213 Onex / Genève – CCP 15-728614-8 / IBAN : CH 26 0900 0000 1572 8614 8

  • Manuel Valls s'inquiète du taux de suicides chez les jeunes amérindiens de Guyane

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    À la fin du mois de mai dernier, le Premier Ministre français, Manuel Valls, a confié une mission parlementaire à Mmes Aline Archimbaud, Sénatrice de Seine-Saint-Denis et Marie-Anne Chapdelaine, Députée d'Ille-et-Vilaine. Le Premier ministre commence ainsi sa lettre de mission : "Les communautés amérindiennes de Guyane comptent aujourd'hui près de 10'000 personnes. Ces communautés sont concernées par un taux de suicide, notamment parmi les jeunes, entre 10 et 20 fois plus élevé que celui relevé dans l'Hexagone. Ce constat préoccupant est observé depuis plusieurs années, avec toutefois une nette tendance à l'aggravation, relevée depuis peu. Cette situation appelle une réaction qui passe par la compréhension des raisons susceptibles de générer un tel passage à l'acte et qui puisse permettre de déployer en Guyane des mesures d'accompagnement susceptibles de prévenir de tels drames humains." Les deux chargées de mission étaient en Guyane entre le 19 et le 28 septembre où elles ont visité les communautés amérindiennes. Elles doivent rendre leur rapport avant le 30 novembre prochain.

    Le choix du Premier Ministre de confier une mission à Mme Archimbaud n'est certainement pas le fruit du hasard : le 15 avril 2014, la Sénatrice avait déjà interpellé la Ministre des outre-mer, Mme Pau-Langevin, sur le sujet. L'une des questions concerne la Convention 169 de l'Organisation Internationale du Travail - OIT : Quand cette convention sera-t-elle appliquée ? Dans sa réponse, la ministre a répété la position du gouvernement français : "Cette question soulève une difficulté à laquelle nous nous heurtons également dans de nombreux autres domaines. La Constitution garantit l’égalité et l’unicité du peuple français. Par conséquent, il est très difficile de donner des droits spécifiques à une partie de ce peuple, notamment aux peuples autochtones. Pour autant, cela ne nous dispense pas d’essayer de faire en sorte que les pratiques et les savoirs locaux de ces populations qui vivent sur le fleuve puissent être pris en compte".

    Le dimanche 27 septembre, la députée d'Ille-et-Vilaine a donné une interview sur "France Ô" après une conférence de presse tenue à la préfecture de Guyane à Cayenne. La journaliste l'a questionnée sur le mal être des populations amérindiennes : En quoi les institutions peuvent intervenir sur les questions de société qui relèvent de l'identité ? La députée répond : "Par la reconnaissance des droits culturels. Un terme doit être mis en exergue, c'est le respect, l'égalité. La république n'abandonne personne. Elle doit être là pour garantir l'accès aux droits culturels, à la santé, à la scolarité… On n'a pas toujours reconnu aux amérindiens le droit à leur culture…"

    La parlementaire avait-elle à l'esprit le fait qu'en 2014, deux ONG, l'Organisation des Nations Amérindiennes de Guyane – ONAG et l'Association Solidarité Guyane , ont déposé un "Recours de plein contentieux" auprès du Tribunal administratif de Cayenne. Elles reprochent au gouvernement français de ne pas avoir pris les mesures nécessaires à la protection de la population contre les dangers de l'orpaillage illégal. L'audience, primitivement fixée au 18 juin dernier a fait l'objet d'une "Radiation" (d'un renvoi) au 5 novembre prochain. Ce recours a été médiatisé dans l'épilogue de l'ouvrage "Les abandonnés de la République" paru chez Albin Michel en septembre 2014*. Une partie du livre traite de l'épidémie de suicides chez les jeunes amérindiens.

    Ce printemps, le Comité pour l'Élimination de la Discrimination Raciale – CERD, rattaché au Haut Commissariat aux droits de l'homme des Nations Unies, a formulé une série de recommandations au gouvernement français au sujet de la situation des amérindiens de Guyane**.

    La mission parlementaire sera-t-elle suivie d'effets ?

    ***

    * Voir sur ce Blog la note du 17 décembre 2014

    ** Voir sur ce blog la note du 13 juin 2015

    PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

    - Cette note a été publiée dans "AYA Info" No 106, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

  • "Sauver la planète" : un message-testament d'Almir Suruí, leader indigène

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    Brasil, Brésil, Brasilia, Amazônia, Amazonie, Amazonas, Autochtones, indigènes, povos indígenas, Almir Narayamoga Suruí, Albin Michel,Sauver la planète, Corine Sombrun, Suruí, Sete de Setembro, Rondônia,, Aquaverde, Google, Plano Carbono, Metareilá, Açaí, Euterpe oleracea, jardin botanique, Genève, Salon du livre, Paris,Thomas Pizer, Madeleine Caboche, Nancy Ypsilantis, Détour, Babylone, Radio romande, RTS, radio télévision suisseLe prologue de l'ouvrage publié chez Albin Michel* rapporte un dialogue entre Almir Narayamoga Suruí et son garde du corps. Ce dernier confie à Almir avoir été réticent quand il a reçu la mission de le protéger en raison des menaces de mort qui pesaient sur lui, mais il ajoute : "… en fait, je n'ai jamais été traité avec autant de respect et je tiens à te le dire aujourd'hui, je suis honoré d'avoir pour mission de te protéger".

    Ce à quoi Almir répond : "Je te remercie pour ces mots Sergente, ils me font du bien. Je peux te confier quelque chose moi aussi ?" Almir lui remet une clé USB qu'il conservait toujours dans sa poche. "Pourrais-tu donner cette clé à mes enfants si jamais… Je ne sais pas si ce qu'elle contient participera à éveiller la conscience de ceux qui détruisent la forêt, mais ils sauront que notre peuple a fait sa part et qu'il est urgent pour eux de faire la leur."

    L'ouvrage, également signé par  Corine Sombrun, est effectivement le message–testament qu'Almir adresse à ses parents, à ses épouses, à ses enfants et à la forêt amazonienne. Dans la première partie, il rappelle comment le premier contact avec les blancs, au début des années 60, a réduit à quelques centaines d'individus, les cinq mille Suruí vivant sur une aire - la Terre Indigène Sete de Setembro - d'environ 20'000 km2, située dans l'État du Rondônia, dans l'ouest de l'Amazonie brésilienne. Almir explique son "apprentissage" de la forêt et les actions qu'il a entreprises pour la sauver, par exemple, les appuis apportés par l'ONG genevoise "Aquaverde" pour la reforestation, son partenariat avec Google qui, maintenant, signale son combat sur sa mappemonde électronique… Il rappelle les menaces de mort dont il est l'objet et les controverses que son action suscite chez certains de ses pairs, comme l'a été récemment, le "Plan carbone" de l'association Metareilá. La controverse principale est celle opposant partisans et adversaires des mécanismes permettant à des pollueurs d'acheter des droits de polluer.

    Dans un ouvrage comme celui-ci, il aurait été judicieux de consacrer quelques lignes à la lutte conduite par les organisations indigènes du pays pour le respect des droits territoriaux.

    Almir était déjà à Genève en juin 2007. Il avait participé à la fête du développement durable. Au cours d'une cérémonie en présence des autorités de la Ville, il avait planté un Açaí (Euterpe oleracea) dans la serre tempérée du Jardin botanique. Le palmier n'a malheureusement pas survécu à ce "climat" trop frais. Depuis, il a été remplacé par plusieurs "congénères" qui prospèrent maintenant dans la serre chaude du jardin. En octobre 2008, au Victoria Hall, Almir a reçu le prix "Droits de l'homme" de la Société Internationale pour les droits de l'homme – SIDH**.

    En mars dernier, il était au Salon du livre de Paris où il a présenté son ouvrage. Récemment, il a fait un nouveau passage en Suisse. De nombreux médias ont consacré un article, ou une émission, à l'occasion de la publication de l'ouvrage. Parmi ceux-ci, la Radio Télévision Suisse – RTS. D'abord, Corine Sombrun a été interviewée par Madeleine Caboche, animatrice de l'émission "Détour" diffusée le 16 mars***. Puis Nancy Ypsilantis a reçu Almir, Corine Sombrun et Thomas Pizer, président d'Aquaverde, dans "Babylone" diffusée en avril dernier.

    ***

    * Sauver la planète – Le message d'un chef indien d'Amazonie / Almir Narayamoga Suruí et Corine Sombrun / 192 pages / ISBN : 978-2-226-25705-5 / Editions Albin Michel – Paris / 18 euros

    ** Voir sur ce blog, la note du 12 avril 2013.

    *** Les émissions peuvent être écoutées sur le site de la radio romande pendant un mois après leur diffusion.

    >> Cliquer sur la vignette pour agrandir l'image.

    ***

    PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

    - Cette note a été publiée dans "AYA Info" No 102, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

  • Des "Abandonnés de la République" déposent plainte contre l'État français

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    Brasil, Brésil, Amazônia, Amazonie, Amazonas, amérindiens, Guyane, orpaillage, François Hollande, hurleurs de Guyane, or, Raymond Depardon, Jean-Patrick Razon, Survival, Convention 169, OIT, Les abandonnés de la république, Albin Michel, Yves Géry, Aïkumalé Alemin, Alexandra Mathieu, Christophe Gruner, Alexis Tiouka, Florencine Edouard, Organisation des Nations Autochtones de Guyane,ONAG, Haut-Maroni, Guarani, William Bourdon, Association Solidarité Guyane, ASG, Tribunal administratif de Cayenne, Jean Desessard, George Pau-Langevin,TV5Monde, bushinenguéUn titre, "Les abandonnés de la République", et un sous-titre, "Vie et mort des Amérindiens de Guyane" telles sont les fortes affirmations résumant le contenu de l'ouvrage paru en septembre dernier chez Albin Michel*. Pendant trois ans, les trois auteurs, Yves Géry, Alexandra Mathieu et Christophe Gruner ont enquêté sur les conditions de vie des sept à dix mille Amérindiens, peuples premiers, de cette partie de l'Amérique. Ils ont interviewé plus de quarante personnes, dont trente-quatre Amérindiens parmi lesquels Alexis Tiouka, juriste spécialiste des droits humains et autochtones et Florencine Edouard**, coordinatrice de l'Organisation des Nations Autochtones de Guyane - ONAG.

    Une première partie de l'ouvrage retrace l'histoire de ce qui est maintenant une Région et un Département français de 83'846 km2. Une deuxième partie décrit les conditions vie déplorables dans lesquelles vivent les communautés, l'impact de la ruée vers l'or et la contamination due à l'usage du mercure par les orpailleurs illégaux. La troisième est consacrée à un phénomène moins connu : l'épidémie de suicides qui sévit dans le Haut-Maroni, avec un taux de prévalence dix-sept fois plus élevé qu'en France métropolitaine; un phénomène qui n'est pas sans rappeler ce qui se passe chez les Guarani du Brésil. Ces suicides sont symptomatiques de la détresse vécue par ces peuples. Le titre de l'ultime chapitre est en forme de question : "Un ethnocide annoncé ?" Il y a effectivement un risque réel de voir disparaître peuples et cultures amérindiennes, non seulement en Guyane, mais dans d'autres pays.

    L'épilogue évoque la plainte déposée par des Amérindiens contre l'État français. Effectivement, en décembre 2013, l'ONAG et l'Association Solidarité Guyane – ASG, par l'intermédiaire de leur avocat Me William Bourdon, déposent un "recours préalable" auprès du préfet de Guyane. Ils reprochent à l'administration de ne pas avoir pris les mesures préventives susceptibles d'éviter l'atteinte à la santé des personnes et à l'environnement causée par l'activité d'orpaillage. Ils dénoncent également les carences constatées dans la sanction des infractions à la loi. Le préfet n'a pas répondu dans les deux mois qui lui étaient impartis. Alors, le 22 avril 2014, les mêmes entités ont déposé un "Recours de plein contentieux" contre l'État auprès du Tribunal administratif de Cayenne. La requête a été transmise à la préfecture le 22 mai 2014. La justice est maintenant formellement saisie du dossier. Cette plainte marque la volonté des Amérindiens de lutter pour leur survie.

    Une autre proposition clos la préface de l'ouvrage signée par Raymond Depardon***, c'est une demande adressée au président français : "… il est temps qu'il reconnaisse les droits fondamentaux des peuples indigènes de la République, les meilleurs gardiens de la biodiversité, et qu'il envisage sérieusement la signature de la convention 169 de l'OIT". On a envie d'ajouter : et surtout qu'il en applique dès maintenant le contenu !"

    Le 11 décembre, au Sénat français, à l'heure des questions d'actualité au gouvernement, le sénateur écologiste de Paris Jean Desessard a interpellé le gouvernement au sujet des suicides chez les Amérindiens de Guyane. Dans sa réponse, Mme George Pau-Langevin, Ministre des Outre-mer a annoncé l'envoi, sur place, d'une mission de l'inspection générale afin de dresser le bilan de ce qui s'y fait aujourd'hui. Lors de son prochain voyage en Guyane, elle a affirmé son intention de rencontrer le Conseil consultatif des peuples amérindiens et bushinengué (descendants d'esclaves marrons) afin que ces populations soient mieux associées à la politique menée et mieux prises en compte. La version écrite de ce dialogue peut être lue en cliquant > ici (Point 5).

    Ce 13 décembre, le groupement "Les hurleurs de Guyane" a diffusé une note rappelant que l'accord de coopération transfrontalière pour lutter contre l'orpaillage illégal conclu avec le Brésil en 2008, adopté par le parlement français en juillet 20011, et seulement approuvé par les députés brésiliens en décembre 2013 (à l'occasion d'une visite du président français), n'a toujours pas été promulgué par Brasilia.

    Cette organisation demande que l'État français passe d'une stratégie de communication à une stratégie publique de planification et d'actions proportionnées aux dommages. Elle demande aux parlementaires guyanais de déposer une proposition de résolution afin de créer une commission d'enquête parlementaire indépendante sur la manière dont ce dossier a été géré par l'État depuis les années 1990 et sur la manière dont il devrait être traité.

    À suivre…

    * Editions Albin Michel – Paris – 342 pages, 22,50 Euros, ISBN : 978-2-226-25695-9

    ** Voir sur ce blog les notes du 08 février 2013

    *** Voir sur ce blog la note du 30 décembre 2013

    Ci-dessous, une interview de Aïkumalé Alemin, Conseiller municipal de Maripasoula et du journaliste Yves Gery, diffusée le 30 septembre sur TV5 Monde.

     

    - PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

    - Une version réduite de cette note a été publiée dans  "AYA Info" No 98, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2