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  • Brésil : un « Avril indigène » particulier

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    La 17e édition du « Campement Terre Libre »

    Depuis 1943 le Brésil célèbre le « Jour de l’Indien » le 19 avril. Une date proposée par le premier Congrès indigéniste interaméricain réuni à Mexico en 1940. Depuis 17 ans, l’Articulation des Peuples Indigènes du Brésil – APIB organise – en avril - un « Campement Terre Libre ». Le dernier rassemblement en présentiel, celui de 2019, avait réuni, à Brasilia, plusieurs milliers d’indigènes représentant 300 peuples de tout le pays. En raison de la pandémie de la Covid-19, comme en 2020, cette 17e édition s’est déroulée en visioconférences.

    Au total 126 « Évènements » (Conférences, débats, diffusion de documentaires, etc.) ont été présentés du 5 au 30 avril par la demi-douzaine des principales organisations membres de l’APIB : La Coordination des Organisations Indigènes de l’Amazonie Brésilienne – COIAB, l’Articulation des Peuples Indigènes de la Région Sud - ARPIN SUL, Conseil Terena, etc. Chaque semaine a porté sur un thème : le droit d’exister, la vie des indigènes est importante, l’état d’urgence, et, pour les six derniers jours : « Nous décidons de ne pas mourir ».

    Á Manaus, dans l’État d’Amazonas, le Front Amazonien de Mobilisation pour la Défense des Droits Indigènes – FAMDDI (auquel appartient l’association SECOYA « Service et Coopération avec le Peuple Yanomami - le partenaire de AYA) a organisé les 29 et 30 avril un séminaire sur les différents aspects de la tragédie vécue par les peuples indigènes du Brésil et d’Amazonie en particulier. Le Front appelle à la mobilisation pour la défense des peuples originaires.

    Le 22 avril, il est question de l’Amazonie à Washington

    Le 22 avril, Journée de la Terre, le président des USA, Joe Biden, a convoqué une quarantaine de chefs d’État pour un sommet portant sur la lutte contre le réchauffement climatique. Les médias ont largement relayé l’événement qui a eu lieu en visioconférences. Le président brésilien était au nombre des invités. Dans son discours, repris pour l’essentiel d’une lettre envoyée à la Maison Blanche le 14 avril déjà, Jair Bolsonaro, rappelle les efforts du Brésil pour la préservation de l’environnement. Il a annoncé son engagement d’éliminer la déforestation illégale d’ici 2030… Il évoque la nécessité d’améliorer la vie des 23 millions de Brésiliens vivant en Amazonie… Il estime fondamental de pouvoir compter sur la contribution de pays, entreprises et entités disposées à agir de manière immédiate… De nombreux observateurs ont relevé que l’action gouvernementale actuelle n’allait pas dans le sens de la protection de l’environnement !

    Lors de ce sommet, le Département d’État américain avait organisé différentes séances parallèles. L’une de celles-ci avait pour thème « l’Action climatique à tous les niveaux ». Un débat animé par Michael S. Regan, administrateur de l’Agence (US) de protection de l’environnement. Les intervenantes : huit femmes, dont Anne Hidalgo, Maire de Paris. Les indigènes du Brésil se sont exprimés par la voix de Sineia Bezerra do Vale, une intervention de plus de six minutes prononcée depuis le siège du Conseil Indigène de Roraima – CIR à Boa Vista : « Le changement climatique ne va pas arriver ! Il est déjà arrivé dans les communautés indigènes…. Quand nous parlons du climat et de l’Accord de Paris, nous parlons aussi de la garantie des droits pour que la conservation des forêts du Brésil, en Amazonie ou dans un autre biome, soit effective dans les Unités de conservation et dans les Terres Indigènes ». Elle a demandé le respect des droits garantis par la Constitution fédérale de 1988, dont la démarcation des Territoires indigènes.

    La FUNAI tente de réduire au silence deux leaders indigènes

    Le 30 avril, Sônia Guajajara, leader de l’APIB, a été convoquée par la Police Fédérale à la demande de la Fondation Nationale de l’Indien - FUNAI. Cette dernière se plaint de la diffusion, en 2020 sur le site de l’Articulation, d’une série de huit vidéos sur la situation des peuples indigènes touchés par la pandémie de la Covid19. Pour la Fondation, il s’agit d’une campagne de diffamation et de calomnies contre le Gouvernement. Pour l’Articulation, « Le Gouvernement fédéral, une fois de plus, tente de criminaliser le mouvement indigène, intimider l’APIB et son réseau d’organisations de base et l’une de ses coordinatrices exécutives par un acte de persécution politique et raciste. » Plusieurs organisations ont manifesté leur soutien à Sônia. L’APIB a alerté la Commission Interaméricaine des Droits Humains et elle a fait recours auprès de la Justice fédérale. Celle-ci a estimé que la démarche de la FUNAI avait pour objet d’empêcher l’APIB de critiquer l’action du gouvernement. Elle ordonne le classement de la plainte.

    Un autre leader indigène, Almir Suruí, a lui aussi fait l’objet, d’une plainte de la FUNAI. Celle-ci lui reprocherait de l’avoir diffamée à l’occasion d’une campagne intitulée « Povos da floresta contra Covid-19 » conduite en septembre 2020 par l’association Metareilá du peuple Indigène Suruí. Le 7 mai, la Police Fédérale a classé la plainte…

    Pour l’APIB, la FUNAI mérite une nouvelle appellation : Fondation Nationale d’INTIMIDATION de l’Indien !

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    PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, permettent d'en "savoir plus".

    Cette note sera publiée dans « AYA Info » No 137, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 13, rue des Bossons - CH - 1213 Onex / Genève

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  • En Amazonie brésilienne, la déforestation et les incendies font des ravages

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    Le Ministère de l'environnement espère un ralentissement du rythme de déforestation. L'Institut socioambiental – ISA s'inquiète de la déforestation dans les Terres Indigènes – TI et autres aires protégées, en particulier dans l'État du Pará, près du complexe hydroélectrique de Belo Monte ou dans celui de Rondônia. Dans cet État, l'augmentation a passé de 684 km2 en 2014 à 1'030 km2 en 2015, soit une progression de 51%. Une situation qui a incité Almir Suruí, leader du Peuple Paiter Surui de la TI Sete de Setembro à lancer un appel à l'aide au niveau international. Des médias ont annoncé, le 9 novembre, que la Police fédérale de Rondônia avait commencé une opération pour protéger des garimpeiros (orpailleurs) et madeireiros (exploitants forestiers) illégaux plusieurs Peuples et TI de la région.

    Des incendies ont également dévasté la forêt amazonienne en différents points. Au début du mois d'août déjà, l'INPE a annoncé que, depuis le début 2016, il avait enregistré plus de 53'000 foyers et incendies de forêts sur le territoire national. Une augmentation de 65 % par rapport à la même période de 2015. Il relève que l'État d'Acre présente une des situations les plus graves avec 844 feux, soit trois fois plus qu'en 2015. Dans l'État d'Amazonas, il a été relevé 3'022 incendies, soit une croissance de 284 % par rapport à la même période de 2015. Du point de vue de l'Institut, la sécheresse prolongée, provoquée par El Niño a facilité la propagation des incendies, mais 90% de ceux-ci sont dû à l'action humaine. Il y a aussi des incendies criminels dans des zones de conflit où les forêts sont transformées en pâturages. Un programme de prévention a été développé cette année touchant plus de 7'000 personnes. Près de 700 kilomètres de pare-feu ont été installés.

    Plusieurs TI ont été touchées par des incendies comme la TI Araribóia où vivent les Awá-Guajá. Un peuple qui vit en isolement volontaire. Celui-ci a déjà été mis en danger en 2015 par un incendie qui a dévasté près de 50% de la TI**.

    Le feu représente un risque permanent pour la faune et la flore brésiliennes, sans oublier les dommages sur la santé humaine et pour la planète en augmentant le réchauffement global.

                                                                      ***

    * L'Amazonie légale a une superficie de 5'217'423 km2. Elle comprend les États d'Acre, Amapá, Amazonas, Pará, Rondônia, Roraima et une partie des États du Mato Grosso, du Maranhão et du Tocantins.

    ** Voir sur ce blog la note du 11 novembre 2015.

    Graphique : Cliquer sur la vignette pour agrandir l'image.

    PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

    - Cette note sera publiée dans le prochain "AYA Info" No 113, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2