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  • Brésil : La FUNAI dénonce « l’ancienne » politique indigéniste

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    Le 4 mai, une note du Service de communication de la Fondation Nationale de l’Indien – FUNAI*, intitulée « Os Fatos » (Les faits) rappelle que la victoire de Jair Bolsonaro en 2018, « …représente une rupture et le rejet par le peuple brésilien des politiques publiques socialistes implantées par le gouvernement fédéral depuis 2003. Pendant quasiment vingt ans, la politique indigéniste brésilienne de l’administration socialiste du Gouvernement Fédéral s’est limitée à pratiquer l’assistance et un paternalisme explicite avec la participation d’ONGs et de groupes religieux liés à la Théologie de la Libération, d’inspiration marxiste, dirigés par l’évêque mexicain Samuel Ruiz**. Le résultat de cette politique peut se résumer dans la situation de pauvreté, de dépendance et d’exclusion dans laquelle se trouvent actuellement les peuples indigènes brésiliens. Pour tout cela la FUNAI rejette publiquement le discours*** du Secrétaire exécutif du Conseil Indigéniste Missionnaire - CIMI, Antônio Eduardo de Oliveira, chargé de rancœur politique par la déroute électorale de 2018…. (Il) attaque le Gouvernement Fédéral élu de manière légitime et démocratique par 58 millions de Brésiliens ». La note rappelle les accusations portées contre le CIMI dans le rapport**** de la Commission d’Enquête Parlementaire – CPI voulue par le lobby de l’agrobusiness, créée en 2015, à la Chambre des Députés. Enquête visant les activités de la FUNAI et de l’Institut National de Colonisation et de Réforme Agraire – INCRA. Et de conclure : « Le peuple brésilien a choisi une nouvelle politique indigéniste avec l’élection du Président de la République Jair Messias Bolsonaro, et, par respect avec pour ce choix légitime et démocratique, nous devons tous donner un vote de confiance aux nouvelles idées et projets de succès pour l’ethno-développement de l’indigène brésilien, élément fondamental du peuple brésilien ».

    Une première réponse est venue le 6 mai. L’Articulation des Peuples Indigènes du Brésil – APIB, et une trentaine d’organisations indigènes et indigénistes ont publié une note de protestation. Les signataires rappellent la mobilisation des peuples indigènes de toutes les régions du Brésil et de nombreux secteurs de la société brésilienne pour l’inscription dans la Constitution de 1988 de dispositions en rupture avec la logique tutélaire, assimilationniste intégrationniste, donc génocidaire et ethnocidaire, pratiquée depuis les années 1500 dans la relation de l’État brésilien avec les peuples originaires du pays… « Malheureusement les ennemis des peuples indigènes ont empêché que l’État brésilien, et les différents gouvernements qui se sont succédés depuis 1988, respectent et mettent en œuvre la Constitution. ». La note passe en revue les diverses mesures prises récemment par le gouvernement et la propre FUNAI contre les droits territoriaux des indigènes. Cela « constitue une claire inversion du rôle de l’organe indigéniste qui est la régularisation et la protection de ces territoires qui sont des biens publics de l’État ». Et d’appeler tous les peuples indigènes du pays à être unis et fermes dans la défense de leurs projets de vie au moment où il est nécessaire de reconnaître la gravité de la pandémie du Coronavirus et aussi la cruelle létalité que représente le gouvernement Bolsonaro pour les peuples indigènes. « La légitimité démocratique d’un gouvernement ne réside pas dans le nombre de votes obtenus dans l’élection, mais dans l’engagement et dans la garantie des droits de tous, personnes physiques ou juridiques. C’est ce que veut la Constitution par-dessus tout ».

    Le 6 mai également, le Forum Œcuménique ACT-Brésil a exprimé sa solidarité avec le CIMI de même que plusieurs organes et Commissions rattachées à la Conférence Nationale des Évêques du Brésil – CNBB.

    À titre indicatif, et pour rappel, selon le relevé de l’Institut Socio-environnemental – ISA, ce sont les Présidents Sarney, Collor, Franco et Cardoso qui, entre 1985 et 2002, ont conduit à terme la démarcation du plus grand nombre de Terres Indigènes. Lula et Dilma Rousseff n’arrivent qu’en deuxième position. Michel Temer n’a signé qu’un seul décret d’homologation de TI. Si cette démarche est un élément majeur de la politique indigéniste, cette protection a surtout été pratiquée par des Présidents qui n’étaient pas « de gauche ».

                                                                              ***

    *La FUNAI a été fondée en 1967. Sa mission première est de protéger et promouvoir les droits des peuples indigènes.

    **Mgr Samuel Ruiz (1924 – 2011) a été évêque de San Cristobal de Las Casas dans l’État mexicain du Chiapas. Il a participé aux quatre sessions du Concile Vatican II. En 1974 il a organisé la première rencontre de pastorale indigène. En février 2016, le pape François est allé se recueillir sur sa tombe dans la cathédrale de San Cristobal. (Voir Dictionnaire historique de la théologie de la libération, p. 414)

    ***La note ne le précise pas, mais il s’agit certainement du discours prononcé le 28 avril lors du 16e Campement Terre Libre qui a eu lieu « online » du 27 au 30 avril.

    ****Rapport adopté le 30 mai 2017. Voir sur ce blog la note du 10 juin 2017.

                                                                             ***

    PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, permettent d'en "savoir plus".

    Cette note sera publiée dans le prochain « AYA Info » No 133, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 13, rue des Bossons - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

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  • Brésil : assassinat d’un leader Guajajara

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    Brasil, Brésil, Amazonie, Brasilia, Amazônia, Zezico Rodrigues Guajajara, Paulo Paulino Guajajara, Laércio Guajajara, Terra Indígena Araribóia, Maranhão, madeireiros, Arame, Sergio Moro, Awá Guajá, Bolsonaro, APIB, Survival International, Elaíze Farias, MPF, Ministério Público Federal, Zutiwa, Zutiua, Articulation des Peuples Indigènes du Brésil, Articulação dos Povos Indígenas do Brasil, Commission des Caciques et Leaders de la TI Araribóia, Comissão dos Caciques e Lideranças da TI Araribóia, Ccocalitia, FUNAI, Fundação Nacional do Índio, Centro de Trabalho Indigenista, CTI, Conselho Indigenista Missionário, CIMI, Instituto Socioambiental, ISA, Greenpeace Brasil, Awá-Guajá, Covid-19, Amazônia RealLe 31 mars le corps de Zezico Rodrigues a été retrouvé sur une route de la municipalité d’Arame dans la Terre Indigène – TI Araribóia (État du Maranhão). Il a été tué par balles. Zezico était professeur et directeur du Centre d’Éducation Scolaire Indigène Azuru dans le village de Zutiwa. Le 29 février, il avait été élu Coordinateur régional de la Commission des Caciques et Leaders de la TI Araribóia. Il était aussi engagé dans la lutte contre la destruction de la forêt par des « madeireiros » (trafiquants de bois).

    L’Articulation des Peuples Indigènes du Brésil – APIB rappelle que Zezico est le cinquième indigène Guajajara assassiné au cours de ces quatre derniers mois : « Ce grand leader était connu pour être courageux dans la lutte pour les droits des peuples indigènes et de son peuple » […] «Nous exigeons une enquête sérieuse de la Police Fédérale pour que ce brutal assassinat soit éclairci. Nous, de l’APIB, nous nous solidarisons avec toute la famille et les amis de Zezico et le peuple Guajajara dans ce moment de lutte.»

    Plusieurs organisations indigénistes *demandent aux organes compétents, comme le Ministère Public Fédéral, qu’ils actionnent la justice pour garantir le respect des droits des indigènes, surtout les droits territoriaux. La Fondation Nationale de l’Indien – FUNAI dit sa disponibilité à collaborer avec les organes chargés de l’enquête.

    Selon une information parue dans la presse le 2 avril et confirmée par le Secrétaire des Droits humains du Maranhão, la Police civile a identifié des suspects et adressé un rapport à la Police Fédérale en charge de l’enquête.

    Cet assassinat arrive au moment où les peuples indigènes s’efforcent de se protéger de la pandémie du Covid-19. La TI Arariboia - qui a déjà souffert de graves incendies et de nombreuses invasions** - abrite un groupe d’Awá-Guajá qui a choisi de vivre en isolement volontaire. Les peuples isolés sont particulièrement menacés en cas de contact. L’action de leaders comme celle de Zezico est capitale.

                                                                     ***

    *Centre de Travail Indigéniste – CTI, Conseil Indigéniste Missionnaire – CIMI, Greenpeace Brésil, et l’Institut Socio-environnemental – ISA

    **Voir sur ce blog les notes du 11 novembre 2015, 10 décembre 2016, 20 août 2018, 4 novembre 2019

    Photo : Zezico Rodrigues Guajajara © Elaíze Farias / Amazônia Real. Cliquer sur l’image pour en agrandir la taille.

    PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, permettent d'en "savoir plus".

    Cette note sera publiée dans le prochain « AYA Info » No 132, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 13, rue des Bossons - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

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  • La nomination d’un évangélique en charge des Indiens isolés suscite des protestations

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    En Amazonie brésilienne, ils seraient un peu plus d’une centaine les peuples ou groupes indigènes ayant choisi de vivre sans contact avec la société environnante. Un isolement volontaire, résultant souvent de rencontres passées qui ont eu des effets négatifs : infections, maladies, violences physiques, spoliation des ressources naturelles, etc. En raison de leur vulnérabilité et de la législation en vigueur, la Fondation Nationale de l’Indien – FUNAI dispose d’un organe particulier en charge de leur protection : la Coordination Générale des Indiens Isolés et de Récent Contact – CGIIRC.

    La direction de cet organe change pour la troisième fois de titulaire depuis le début octobre 2019 quand Bruno Pereira a été révoqué sans motif. Il été remplacé par Paula Wolthers de Lorena Pires. Et, ce 3 février, nouveau changement. Pour occuper ce poste hautement sensible le Ministère de la Justice a choisi Ricardo Lopes Dias, un évangélique et anthropologue, connu pour son engagement, entre 1997 et 2007, au sein de la « Mission Nouvelles Tribus du Brésil – MNTB ». Il s’agit d’une entité fondamentaliste originaire des États-Unis implantée au Brésil dans les années 40 dans le but d’évangéliser les Indiens.

    Connue dès la fin janvier, cette nomination a suscité de nombreuses réactions. D’abord de la part des organisations indigènes qui ont publié des notes de protestation : l’Union des Peuples Indigènes de la Vallée du Javari, UNIVAJA, la Coordination des Organisations Indigènes de l’Amazonie Brésilienne – COIAB et l’Articulation des Peuples Indigènes du Brésil – APIB . Celle-ci « Dénonce, une fois de plus, le démontage rapide des politiques publiques destinées aux peuples indigènes de la part du gouvernement de Bolsonaro en soumettant la politique indigéniste aux intérêts des groupes religieux qui apportent leur appui à son gouvernement. Et, dans de nombreux cas, aux groupes ruralistes intéressés par les terres occupées traditionnellement par ces peuples. C’est une situation qui entraîne la violation des droits humains provoquée intentionnellement par l’actuel gouvernement qui pourra conduire à la mort physique, socioculturelle et spirituelle des peuples indigènes isolés et de récent contact qui vivent au Brésil. »

    Parmi les organisations qui ont apporté leur appui aux organisations indigènes, la note du Conseil National des Églises Chrétiennes du Brésil - CONIC* est particulièrement significative. Le Conseil exprime son désaccord à la nomination de Ricardo Lopes Dias. « … Une politique publique doit être exempte de toute logique religieuse. Les Peuples autochtones ont un patrimoine culturel et spirituel propres. Il est du devoir de l’État de les protéger et de garantir leur conservation. » […]  « Nous savons que la logique qui prévaut dans cette décision est économique. Cependant l’impératif de l’éthique chrétienne nous rappelle que l’économie ne peut jamais être placée au-dessus des droits à l’existence des peuples. Les dernières définitions axées sur la politique des Indiens isolés sont des décisions idolâtres car elles servent les intérêts de groupes économiques dont les ambitions se concentrent sur la richesse des forêts et non sur la préservation de la diversité culturelle qui nous caractérise en tant que peuple. » […] Il est impératif que le Gouvernement réévalue sa décision ». Le CONIC dit qu’il suivra l’affaire de près en travaillant avec des organisations telles que le Conseil Indigéniste Missionnaire (CIMI) et les trois ONG indigènes, UNIVAJA, COIAB et APIB.

    Le président brésilien vient encore d’accentuer sa pression sur les peuples indigènes en signant un projet de loi - envoyé au parlement - qui ouvre les Terres Indigènes à l’exploitation économique. Une prochaine note sera consacrée à ce sujet.

                                                                             ***

    *Composé de l’Alliance des Baptistes du Brésil, de l’Église Catholique Romaine, de l’Église Épiscopale Anglicane du Brésil, l’Église Évangélique Luthérienne au Brésil, l’Église Presbytérienne unie et l’Église Syrienne orthodoxe de Antioquia.

                                                                             ***

    PS 1 : Précédentes notes relatives aux peuples isolés : 26 août 2011, 13 août 2014, 11 novembre 2015

    PS 2 : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, permettent d'en "savoir plus".

    Cette note sera publiée dans le prochain « AYA Info » No 131, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 13, rue des Bossons - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

  • Brésil : Les violences contre les indigènes, des plaies institutionnalisées

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    Brasil, Brésil, Amazonie, Brasilia, Amazônia, indígenas, indigènes, CIMI, Conseil Indigéniste Missionnaire, Conselho Indígenista Missionário, CNBB, Conferência Nacional dos Bispos do Brasil, Relatório, Violência contra os Povos Indígenas no Brasil, Michel Temer, Dom Roque Paloschi, Karipuna, Rondônia, madeireiros, grileiros, Baía dos Guató, Roraima« Les violences contre les peuples indigènes deviennent des plaies institutionnalisées » C’est le titre que donne Dom Roque Paloschi*, à la présentation du Rapport annuel2019 du Conseil Indigéniste Missionnaire (CIMI)**, sur la « Violence contre les Peuples Indigènes au Brésil ». Il s’agit de données relevées en 2018. Comme les précédents rapports (voir PS 1), ces violences sont classées en plusieurs chapitres : Violence contre le patrimoine ; Violence contre la personne ; Violence par omission des pouvoirs publics (dans les domaines de l’éducation scolaire, de la santé, etc.) ; Violence contre les Peuples isolés ou de peu de contact. Chaque cas est documenté.

    Dans le domaine de la « Violence contre le patrimoine », les « Invasions de territoires, exploitation illégale de ressources naturelles et dommages au patrimoine », il a été noté 109 cas contre 96 en 2017. Et, pour les neuf premiers mois de 2019, des données partielles et provisoires font état de 160 cas. Pour illustrer ce type de violence, un article est consacré au peuple Karipuna occupant la Terre Indigène – TI du même nom, située dans l’État de Rondônia. Un peuple qui a été au bord de l’extinction. Dans les années 70, ils étaient huit, cinq adultes et trois enfants. Ils étaient 30 en 1994. Ils sont maintenant 55 ! Cette TI, de 1'530 km2, homologuée en 1998 « … se trouve au centre d’une région caractérisée par une grande et croissante pression exercée par des madeireiros, pêcheurs clandestins et grileiros.*** Cette lutte territoriale interdit aux Karipuna de se déplacer librement sur leur TI. Les envahisseurs entrent de tous les côtés sur leur territoire. […] Les constantes invasions et l’incapacité de l’État à garantir la protection de la terre et du peuple, met les Karipuna sous une réelle menace d’un imminent génocide. […] La destruction de la TI Karipuna est quatre fois supérieure à ce que disent les données officielles : 10'463 ha de forêt ont été dégradés et détruits depuis 1988. 80% de ces dommages se sont produits entre 2015 et 2018, période depuis laquelle il y a eu une intensification des invasions de madeireiros, garimpeiros*** et grileiros. […]  Les leaders Karipuna demandent avec insistance au gouvernement qu’il prenne des mesures pour le retrait du crime organisé qui agit à l’intérieur de leur terre.

    Un autre article aborde la non-réalisation d’opérations au bénéfice des communautés indigènes prévues au budget. Ainsi seulement 67% des 796'000 Reais - R$**** prévus pour le « Programme de conservation et usage de la biodiversité » ont été dépensés. Et 56% de l’enveloppe prévue (51,5 millions de reais) pour l’« Assainissement de base dans les villages indigènes » ont été utilisés. Il en va ainsi, dans des proportions variables pour la « Préservation Culturelle des Peuples Indigènes », la « Promotion des droits des peuples de récent contact ». Le budget pour la « Démarcation et Surveillance des Terres indigènes et la Protection des Peuples Isolés » n’a été dépensé qu’à 24,39% ou 12'123'215 R$. Pour le CIMI, la non utilisation des moyens budgétaires est une forme d’agression contre les droits des peuples originaires.

    À noter encore qu’au chapitre « Violence contre la personne », le rapport fait état d’une augmentation du nombre des assassinats : 135 en 2018 pour 110 en 2017. C’est dans l’État de Roraima qu’il en a été commis le plus : 62.

    Dans l’introduction même de son document, le CIMI affirme que « les violations deviennent la règle et non pas l’exception ». Il considère « qu’il est d’importance capitale, dans le contexte politique et économique actuel du Brésil, que les forces démocratiques, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays, mobilisent et coordonnent leurs actions de défense de la vie contre les politiques d’exclusion, de mort et de dévastation. » L’appel sera-t-il suivi d’effets ?

                                                                             ***

    *Président du Conseil Indigéniste Missionnaire – CIMI et archevêque de Porto Velho (État du Rondônia, en Amazonie brésilienne)

    **Une entité rattachée à la Conférence Nationale des Évêques du Brésil (CNBB)

    ***Madeireiros : forestiers voleurs de bois ; grileiros : individus qui cherchent à s’approprier des terres au moyen de fausses écritures ; garimpeiros : orpailleurs illégaux.

    ****Taux de change au 16 octobre 2019 : 1 real (pluriel : reais > sigle R$ ou BRL) = 0,24082 CHF

    Illustration : Première de couverture du rapport publié le 24 septembre 2019 par le CIMI. Il s’agit d’une photo de Christian Braga /Greenpeace/CIMI prise en juin 2018 au-dessus de la TI Karipuna qui montre la destruction de la forêt par des madeireiros. Cliquer sur l’image pour en agrandir la taille.

    PS 1 : Pour les années précédentes, voir sur ce blog les notes du 17 novembre 2018, 16 novembre 2017, 4 novembre 2016, 28 septembre 2015, 17 septembre 2014, 2 septembre 2013, 14 septembre 2012, 9 septembre 2011 et 3 août 2010      

    PS 2: L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, permettent d'en "savoir plus".

    Cette note sera publiée dans « AYA Info » No 129, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 13, rue des Bossons - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

  • Brésil : la violence contre les Peuples indigènes a augmenté en 2017

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    brasilia, Brésil, Amazonie, Brasilia, Amazônia, eleições, Tribunal Superior Eleitoral, TSE, indígenas, indigènes, CIMI, CNBB, Fernando Henrique Cardoso, Luiz Inácio Lula, Dilma Rousseff, Michel Temer, Krenak, Rio Doce, Mariana, Samarco, France-Libertés, Articulação dos Povos Indígenas do Brasil, APIB, Commission Interaméricaine des Droits Humains, CIDH, Minas Gerais, Organisation des États Américains, OEA, Margarette May Macaulay, Jair BolsonaroLe constat est là : en 2017 par rapport à 2016, les cas de violence contre les peuples indigènes du Brésil ont augmenté dans quatorze des dix-neuf domaines relevés par le Conseil Indigéniste Missionnaire – CIMI*. Au total, il en a dénombré 2'136 contre 2'032 l’année précédente, soit une progression d’un peu plus de 5%. Comme les précédents, ce douzième rapport, publié le 27 septembre dernier, classe la violence sous différents chapitres : violence contre le patrimoine (963 cas), contre la personne (200 cas, y compris 68 assassinats), violence par omission des pouvoirs publics (143 cas), les suicides (128 cas) et la mortalité infantile (702 décès).

    Le nombre de cas est resté le même dans trois domaines : les abus de pouvoir (8 cas), le manque d’assistance dans le domaine de la santé (42 cas) et le manque d’assistance en général (également 42 cas). Il a diminué en ce qui concerne la mortalité infantile (enfants de moins de 5 ans) : 702 cas contre 735 en 2016. Et les données officielles – celles du Secrétariat Spécial de Santé Indigène (SESAI) - relatives à la quantité d’assassinats : 110 contre 118 en 2016. Mais, de son côté, le CIMI a dénombré 68 assassinats en 2017, contre 56 en 2016. Pour ce type de violence, le Conseil a publié des chiffres remontant à 1995.

    Pendant les deux mandats du Président Fernando Henrique Cardoso (1995 – 2002), il y a eu 165 assassinats, soit une moyenne de 20,6 par année. Lors des deux mandats du Président Luiz Inácio Lula da Silva (2003 – 2010), il y en a eu 451, soit une moyenne annuelle de 56,3. Pendant la présidence de Dilma Rousseff (janvier 2011 à fin août 2016), il y en a eu 322, soit une moyenne de 56,8 par année. Et pour les premiers 16 mois de la Présidence de Michel Temer (de septembre 2016 à décembre 2017), il y en a eu 90, ce qui porte la moyenne annuelle à 67,5 assassinats.

    Á relever que pour la troisième fois, dans le chapitre des « Violences contre le patrimoine », est mentionnée la situation du peuple Krenak gravement impacté par la rupture, le 5 novembre 2015, du barrage qui retenait les boues toxiques de la mine de la Samarco, près de Mariana, dans le Minas Gerais**. Boues qui ont pollué le Rio Doce jusqu’à son embouchure dans l’Atlantique. La situation des Krenak, dont le fleuve est le cadre de vie, n’est toujours pas réglée. Récemment, une campagne a été lancée par la Fondation France – Libertés pour alerter l’opinion publique internationale et les autorités brésiliennes afin de sauver ce peuple des graves périls qui le menacent.

    Les violences contre les peuples indigènes ont fait l’objet d’un rapport que l’Articulation des Peuples Indigènes du Brésil – APIB a remis aux membres de la Commission Interaméricaine des Droits Humains – CIDH*** venue au Brésil enquêter – entre le 5 et le 12 novembre - sur l’ensemble de la situation des droits humains dans le pays. Au terme de son voyage, la Commission a publié des « Observations préliminaires ». Un paragraphe est consacré aux peuples et communautés indigènes. Á leur sujet, elle a formulé une dizaine de recommandations concernant, notamment, la délimitation et la démarcation des terres; le droit à la consultation préalable, libre et informée; le total respect et la garantie des droits aux peuples en isolement volontaire…

    L’avenir des droits humains au Brésil inquiète. La présidente de la CIDH, Margarette May Macaulay, s’est dite préoccupée par les propos tenus par Jair Bolsonaro, le président élu le 28 octobre…

                                                                        ****

    *Le CIMI est l’organe de la Conférence Nationale des Évêques du Brésil (CNBB) en charge des questions indigènes. ** Voir sur ce blog, la note du 19 février 2016. *** Une instance rattachée à l’Organisation des États Américains – OEA .

    PS 1 : Pour les années précédentes, voir sur ce blog les notes du 16 novembre 2017,  4 novembre 2016, 28 septembre 2015, 17 septembre 2014, 2 septembre 2013, 14 septembre 2012, 9 septembre 2011 et 3 août 2010

    Image : première de couverture du rapport publié le 27 septembre 2018 par le CIMI. Cliquer sur l’image pour en agrandir la taille.

    PS 2 : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, permettent d'en "savoir plus".

    Cette note sera publiée dans « AYA Info » No 124, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 13, rue des Bossons - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

  • Elections brésiliennes : des femmes indigènes marquent des points

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    Sônia Guajajara, a été la première indigène de l’histoire du Brésil à briguer le poste de Vice-présidente de la République*. Elle s’est présentée aux cotés de Guilherme Boulos, candidat, lui, à la Présidence de la République sous l’étiquette du Parti Socialisme et Liberté – PSOL. Ils n’ont obtenu « que » 617'115 voix (0,58% des suffrages) lors du premier tour des élections le 7 octobre dernier. Cependant, sur sa page Facebook, Sônia tire un bilan positif de son engagement, notamment pour avoir brisé une barrière historique qui faisait croire aux indigènes qu’ils ne pouvaient participer à une telle campagne. Selon elle, un moment qui a permis de créer des alliances, de mettre sur le devant de la scène les thèmes propres aux indigènes et à l’environnement : « Comment ne pas considérer cela comme une victoire ! » Elle est consciente de la période critique que traverse le Brésil : « Le moment exige de nous trois attitudes fondamentales : courage, résistance et réaction ! Allons-nous garantir un futur de liberté pour les prochaines générations ?» Sônia remercie spécialement Midia Ninja, un média qui a couvert sa campagne. Elle félicite deux autres femmes indigènes : Chirley Maria Pankará qui a été élue à l’Assemblée Législative de l’État de São Paulo (ALESP) et Joênia Wapichana élue à la Chambre des Députés.

    La particularité de Chirley Maria Pankará, est de faire partie, sous l’étiquette du PSOL, d’une « Bancada Ativista » un groupe comprenant huit autres personnes qui a obtenu 149'844 voix. La tête de liste est une journaliste, Mônica Seixas. C’est seulement le nom de celle-ci qui apparaissait aux électeurs. La « Bancada » a gagné un mandat collectif, mais elle n’a droit qu’à un seul siège, une seule voix lors des votes de l’ALESP. C’est la première fois qu’une telle candidature collective est élue à São Paulo. Chirley est pédagogue. Elle a un engagement dans le cadre des Centres d’Éducation et Culture Indigène – CECI de l’État de São Paulo. Une organisation qui accueille des enfants des communautés indigènes pour leur donner une éducation différenciée respectant leur culture.

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    Une première historique a été réalisée par Joênia Wapichana*. Cette avocate a été élue avec 8'491 voix pour représenter l’État de Roraima à la Chambre des Députés. Un État globalement pas acquis à la cause indigène. C’est la première fois, depuis la création de la Chambre en 1824, qu’une femme indigène y occupe un siège. Dans le passé, entre 1983 et 1987, Mário Juruna a été le seul indigène à y occuper une place. Interviewée par « Agência Brasil » Joênia dit que ce qui lui arrive est le résultat d’une lutte menée pendant des années par les communautés autochtones de la Terre Indigène Raposa Serra do Sol d’abord pour en obtenir la démarcation en 2005 et, ensuite, la gestion. La Fondation Nationale de l’Indien - FUNAI lui a demandé quelles sont ses principales propositions : « La défense des droits collectifs indigènes est un point prioritaire. Défendre la conclusion de la régularisation des terres, leur apporter une protection. Combattre les propositions anti-indigènes. Obtenir l’application de la consultation des peuples indigènes sur les projets de loi présentés à la Chambre les concernant… » Sa tâche sera ardue.

    À part ces deux élues, les autres candidates et candidats indigènes – ils étaient près de 130 - ont échoué dans leur tentative…

    Le nouveau parlement entrera en fonction en février 2019. La Chambre des Députés comptera une trentaine de partis contre 25 dans la législature qui se termine. Joênia y retrouvera 76 autres femmes, elles étaient 51 ces quatre dernières années. Les groupes de pression qui se constitueront vont traduire des rapports de forces plus ou moins favorables aux indigènes. Le rôle du nouveau Président de la République ne sera pas négligeable non plus ! Le deuxième tour de l’élection présidentielle aura lieu le 28 octobre. Le favori des sondages, Jair Bolsonaro, inquiète par ses propositions… Voir les médias !

                                                                         ***

    *Voir dans ce blog la note du 4 octobre 2018.

    Image : « Félicitations Joêna Wapichana – Élue - Première femme indigène députée fédérale ». Cliquer sur l’image pour en agrandir la taille.

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    Cette note sera publiée dans « AYA Info » No 123, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 13, rue des Bossons - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

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  • Élections brésiliennes : les candidats indigènes plus nombreux !

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    Au 30 septembre, date de la dernière actualisation des statistiques électorales du Tribunal Supérieur Électoral – TSE, 131 candidats s’étaient déclarés comme « indigènes » aux prochaines élections brésiliennes des 7 et 28 octobre. Cela représente une augmentation d’environ 54 % par rapport aux élections de 2014 (85 candidats).* Mais ils ne représentent que 0,48% du total des postulants.

    Les électeurs brésiliens (plus de 147 millions) sont convoqués pour élire les parlementaires et gouverneurs des États, les membres de la Chambre des Députés, une partie – cette année les deux tiers - du Sénat, le Président et le Vice-président de la République.

    L’augmentation des candidatures indigènes à ces différents niveaux avait été souhaitée par les indigènes eux-mêmes lors du « Campement Terre Libre » qui avait réuni plus de 3'000 d’entre eux, à Brasilia, en avril dernier. Au moment du rassemblement, 21 pré-candidats avaient annoncé leur intention de se présenter. C’est dans les États amazoniens de Roraima et d’Amazonas qu’il y a le plus grand nombre de candidats indigènes, respectivement 20 et 17. Dans un relevé des données publiées par le TSE au début du mois d’août, le Conseil Indigéniste Missionnaire – CIMI note que parmi les candidatures indigènes, 75 le sont pour occuper un poste de député « estadual » (membre du parlement d’un État), 39 pour un poste à la Chambre des Députés, 7 pour être suppléant d’un Sénateur, 2 pour être Sénateur, 1 pour être vice-gouverneur, et, enfin, 2 pour être Vice-président de la République.

    En matière de choix politique, 26 se présentent sous l’étiquette du Parti Socialisme et Liberté – PSOL, 14 ont choisi le Parti des Travailleurs – PT, 9 le parti Rede Sustentabilidade – REDE (Réseau de « soutenabilité »), 9 le Parti Communiste du Brésil – PCdoB. Les autres se répartissent sur les listes de 28 partis différents.

    Parmi ces candidatures, il faut relever celles de deux femmes.

    Joênia Wapichana est candidate à la députation fédérale de l’État de Roraima. Elle est la première indigène du Brésil à exercer la profession d’avocate. Elle s’est engagée au sein du département juridique du Conseil Indigène de Roraima – CIR. Elle a milité pour la démarcation de la Terre Indigène Raposa Serra do Sol. Elle a été la première présidente de la Commission des Droits des peuples indigènes au sein de l’Ordre des Avocats du Brésil – OAB. Elle se présente sous l’étiquette du REDE dont la leader est Marina Silva (qui avait démissionné du Gouvernement de Lula en 2008).

    Sônia Bone Guajajara, est de l’État du Maranhão, plus exactement de la Terre Indigène Araribóia. Elle est infirmière. À l’Université de l’État du Maranhão elle a reçu une formation en éducation spécialisée. Son engagement dans le mouvement indigène est déjà ancien. Elle a été responsable de la Coordination des Organisations Indigènes de l’Amazonie Brésilienne – COIAB avant d’avoir une responsabilité au sein de l’Articulation des Peuples Indigènes du Brésil – APIB. Elle est la première indigène à briguer le poste de Vice-présidente de la République** au côté de Guilherme Boulos, candidat, lui, à la Présidence de la République pour le PSOL.

    L’autre candidat indigène à la Vice-présidence de la République est Hamilton Mourão, un général en retraite. Lors d’un meeting électoral, tenu au début du mois d’août à Caxias do Sul, il a déclaré que le « Brésil avait hérité de l’indolence des indigènes et du comportement de malandrins des africains ». Discours qui a suscité de nombreuses réactions. Au-delà de ces propos, sa candidature accompagne celle du pour le moins controversé Jair Bolsonaro, candidat, lui, à la Présidence de la République. Celui-ci est connu de longue date pour ses positions anti-noirs et anti-indigènes. En 2017 déjà, il avait annoncé que, s’il était élu en 2018, il en finirait avec les réserves indigènes !

    Les médias relatent abondamment l’évolution de cette campagne électorale qui marque le retour d’une extrême droite incarnée par ce candidat.

    Dans l’histoire brésilienne, un seul indigène, Mário Juruna, a occupé un siège à la Chambre des Députés entre 1er février 1983 et le 31 janvier 1987. Actuellement, au sein du Congrès (Chambre des Députés et Sénat),

    Les lobbys anti-indigènes sont puissants. Le CIMI vient de publier un document recensant les parlementaires (40 Députés et 10 Sénateurs) qui agissent le plus contre les droits indigènes.

    Il y a tout juste trente ans, le 5 octobre 1988, le Brésil qui sortait de la dictature militaire, adoptait une Constitution reconnaissant aux indigènes des droits culturels et territoriaux. Droits malheureusement mal appliqués et maintenant contestés. Comment les électeurs brésiliens de 2018 vont - ils célébrer cet anniversaire. ?

    ***

    *Voir sur ce blog la note du 1er octobre 2014 / ** Voir la note du 31 mai 2018

     ****

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    Cette note sera publiée dans « AYA Info » No 123, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 13, rue des Bossons  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

  • Brésil : Un professeur indigène assassiné au matin du 1er janvier

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    Brasil, Brésil, Amazonie, Brasilia, Xokleng, Marcondes Namblá, Penha, Santa Catarina, Terre Indigène Ibirama –Laklãnõ, Université Fédérale de Santa Catarina, José Boiteux, Funai, Cimi, Imbituba, Vitor KaingangÀ peine commencée, l'année 2018 a déjà connu un acte de violence entraînant la mort d'un leader indigène. Selon les premières informations, Marcondes Namblá - 38 ans, marié, père de cinq enfants - a été agressé au matin du 1er janvier par un homme qui l'a frappé à coups de bâton près de la plage de la localité de Penha, dans l'État brésilien du Santa Catarina (SC). Après avoir reçu les premiers secours, la victime a été conduite dans un hôpital où il a succombé à ses blessures. Selon ses proches, il était à Penha pendant ses congés d'été pour gagner un peu d'argent en vendant des sorbets. La police a ouvert une enquête.

    Marcondes, était un professeur indigène de l'ethnie Xokleng* dans une école de la Terre Indigène Ibirama –Laklãnõ(1), dans la municipalité José Boiteux (SC). Il avait été formé à l'Université Fédérale de Santa Catarina où il souhaitait poursuivre des études en anthropologie. Ses amis relèvent son engagement dans sa communauté, notamment dans les domaines de la langue et de la culture du peuple Laklãnõ.

    La Fondation Nationale de l'Indien – FUNAI a présenté ses condoléances à la famille: "La perte de Marcondes Namblá représente un manque irréparable, non seulement à sa femme, ses cinq enfants et à son peuple, mais aussi à tout le pays qui perd un important chercheur et un diffuseur de la richesse culturelle Xokleng." Les fonctionnaires régionaux de la Fondation demandent aux préfectures (mairies) d'agir pour que les indigènes qui se déplacent dans les cités reçoivent un accueil digne.

    Dans une note, le Conseil Indigéniste Missionnaire (CIMI)(2) Régional Sud, demande d'accélérer l'enquête sur les circonstances de l'assassinat et les motivations des auteurs. Il rappelle que le 30 décembre 2015**, un enfant de deux ans, Vitor Kaingang, avait été mortellement blessé à Imbituba, une autre localité du littoral du Santa Catarina. Il est d'avis que les deux événements sont les conséquences du contexte d'intolérance ethnique et anti-indigène qui avance dans le pays, plus spécialement dans la région sud.

                                                                       ***

    * Prononcer "Chokleng" / ** Voir sur ce Blog, la note du 9 février 2016.

    (1) Voir : https://terrasindigenas.org.br/pt-br/terras-indigenas/3682

    (2) Voir : https://www.cimi.org.br/2018/01/42618/

    Photo : Marcondes Namblá. Photo extraite de son compte Facebook. Cliquer sur la vignette pour agrandir l'image.

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    Cette note sera publiée dans le prochain "AYA Info" No 121, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 13, rue des Bossons - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

  • Brésil : violence contre les peuples indigènes en 2016

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    Brasil, Brésil, Amazonie, CIMI, Conselho Indigenista Missionário, violência, povos indígenas, Dom Roque Paloschi, Cleber Cesar Buzzato, Michel Temer, FUNAI, ruralistas, Caarapó, Mato Grosso do Sul, fazendeiros, Guarani-Kaiowá, Clodiodi Aquileu Rodrigues de Sousa, AIS, Agente Indígena de Saúde, DSEI"La question indigène au Brésil: entre omission et cynisme". C'est le titre de la présentation, faite par Dom Roque Paloschi, du onzième* rapport du Conseil Indigéniste Missionnaire – CIMI** sur la "Violence contre les Peuples Indigènes au Brésil". Il s'agit des données concernant l'année 2016. Evoquant le cadre politique, Cleber Cesar Buzzato, le Secrétaire exécutif du Conseil relève que "La situation de violation et de violences contre les peuples Indigènes s'est profondément aggravée en 2016… Avec le coup politico- juridico-médiatique qui a placé Michel Temer à la présidence de la République, l'idéologie "Un seul pays pour un seul peuple" a été renforcée et a commencé à se faire sentir dans les sphères du pouvoir exécutif brésilien." L'introduction précise que : "Les disputes pour le pouvoir politique dans le pays causent l'augmentation de la violence contre les peuples." Plusieurs articles détaillent les particularités de l'année écoulée, par exemple l'influence grandissante des "ruralistes"*** sur la Fondation Nationale de l'Indien – FUNAI et la réduction de son budget.

    Pour l'essentiel, le rapport publié le 5 octobre dernier reprend les chapitres habituels des ces dernières années, ce qui permet des comparaisons : Violence contre le patrimoine, 907 cas (725 en 2015); violence contre la personne, 156 cas (182 en 2015); violence par omission du pouvoir public, 128 cas (137 en 2015) et violence contre les peuples isolés et de peu de contact. Tous les cas sont documentés : le lieu, les personnes concernées, etc. Un travail de collecte de l'information réalisé par les équipes du CIMI dans tout le pays.

    À reprendre les données qu'il a collectées lui-même ces dix dernières années (2007 – 2016), le CIMI a compté 616 assassinats d'indigènes dont 56 en 2016. Le rapport qui vient d'être publié indique que 18 morts sont la conséquence de disputes et/ou de consommation d'alcool. Il revient à plusieurs reprises sur le conflit pour les droits territoriaux dont la municipalité de Caarapó, dans l'État du Mato Grosso do Sul, a été le théâtre au matin du 14 juin 2016 : un conflit entre fazendeiros et Guarani-Kaiowá qui s'est soldé par la mort de Clodiodi Aquileu Rodrigues de Sousa****, un jeune Agent indigène de santé de 23 ans. À relever que le rapport fait aussi état des décès suite à des agressions enregistrées par les Districts Sanitaires Spéciaux Indigènes – DSEI : 118 en 2016, dont 44 dans le DSEI Yanomami. L'État du Mato Grosso do Sul est celui qui compte généralement le plus d'assassinats d'indigènes.

    À noter encore l'importance de la mortalité parmi les enfants de moins de cinq ans : 735 (599 en 2015), dont 103 (72 en 2015) dans le seul District Sanitaire Spécial Indigène Yanomami.

    La présentation du rapport peut être visionnée sur Facebook. Le Cimi a aussi publié une carte des conflits.

                                                                             ***

    * Pour 2015, voir sur ce blog la note du 4 novembre 2016.

    ** Le CIMI est l'organe de la Conférence Nationale des Evêques du Brésil – CNBB en charge des questions indigènes. Dom Paloschi en est le président. Il est archevêque de Porto Velho, la capitale de l'État de Rondônia en Amazonie.

    *** Le lobby de l'agrobusiness.

    **** Voir sur ce blog, la note du 27 juin 2016.

    Illustration : © CIMI Ana Mendes – Des proches enterrent Clodiodi Aquileu Rodrigues de Sousa / 1ère de couverture du Rapport. Cliquer sur la vignette pour agrandir l'image.

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    Cette note sera publiée dans le prochain "AYA Info" No 120, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 13, rue des Bossons - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

  • Brésil : Les "Ruralistes" dévoilent leurs intentions à l'égard des Indigènes

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    En novembre 2015, le lobby des "Ruralistes" (de l'agrobusiness) de la Chambre des Députés a obtenu la création d'une Commission Parlementaire d'Enquête – CPI visant les activités de la Fondation Nationale de l'Indien – FUNAI et de l'Institut National de Colonisation et de Réforme Agraire – INCRA. Ces deux administrations, la première ayant pour objet la protection des peuples indigènes et de leurs territoires, et la seconde de distribuer des terres aux petits paysans. Tâches que le lobby considère contraires à ses intérêts. La Commission, dominée par des députés membres de la "Bancada ruralista" (Frente Parlamentar Mista da Agropecuária – FPA), n'a pas été en mesure de rendre ses travaux avant le délai imparti, soit en août 2016. Mais très vite, à la fin du même mois, une deuxième CPI Funai/Incra a été constituée. Cette dernière vient de rendre un volumineux rapport de 3'385 pages.

    À propos de la FUNAI, le document passe en revue son action dans cinq États (Rio Grande do Sul, Santa Catarina, Pará, Mato Grosso, Mato Grosso do Sul et Bahia) pour y énumérer des faits qui, aux yeux des Commissaires, constituent des actes illégaux, des fraudes et des conflits. Les textes internationaux protégeant les populations indigènes sont évoqués dans une quarantaine de pages; l'occasion de rappeler que le Brésil pourrait dénoncer son adhésion à la Convention 169 de l'OIT à partir de 2023. Un chapitre, "L'ombre de l'internationalisme et les ONG" traite de l'action d'ONGs brésiliennes et étrangères qui coopèrent avec les peuples indigènes du pays. Dans cette partie du texte, la CPI a utilisé plusieurs rapports de l'Agence Brésilienne de Renseignements – ABIN. Selon le rapporteur, les ONGs manipulent les peuples indigènes dans l'espoir de décrocher des contrats "à prix d'or" pour élaborer des études environnementales nécessaires à l'obtention de l'autorisation des ouvrages.

    Le document cite le nom de dizaines de personnes soupçonnées de ne pas avoir respecté la loi, notamment dans le but de fausser la délimitation et la démarcation de Terres Indigènes. Dans une première version, le président du Conseil Indigéniste Missionnaire – CIMI, Dom Roque Paloschi est mentionné quatre fois.

    La Commission propose la création d'un "Groupe Technique" auprès du Ministère de la Justice pour étudier les Terres Indigènes encore à démarquer. Elle suggère la création d'un Secrétariat National de l'Indien, directement rattaché à l'administration publique chargé des tâches actuellement confiées à la FUNAI. Enfin, elle a élaboré un projet de loi d'application de l'article 231 de la Constitution fédérale de 1988 concernant les droits reconnus aux Peuples indigènes.

    Le rapport contient encore une lettre à la représentation de l'OIT à Brasilia au sujet de l'application de la Convention 169. C'est l'attitude d'ONGs qui est visée. La CPI leur reproche de faire obstruction à la consultation des peuples indigènes souhaitée par le Gouvernement. Une autre lettre destinée à la représentation du Vatican (la Nonciature Apostolique) au Brésil. La Commission y dénonce "l'action contraire aux principes chrétiens et à la dignité humaine" de la part d'agents du Conseil Indigéniste Missionnaire – CIMI.

    Onze députés, dont Paulão, Président de la Commission des droits humains et des minorités de la Chambre des députés, ont rédigé un "Rapport parallèle". Un texte exprimant leur désaccord sur la méthode de travail, le contenu et les conclusions du rapport de la majorité. Dans une note, le Ministère Public Fédéral affirme que le rapport est anticonstitutionnel et illégal.

    Réunis dans une communauté de l'État de Santa Catarina, les leaders Guarani du Sud et du Sud-Est du pays ont adressé une lettre ouverte à la société nationale qu'ils concluent par un avertissement : "… S'il n'y a pas de terre pour les Guarani, pour tous les peuples indigènes, pour les quilombolas et ceux qui vivent de la terre, il n'y aura de terre pour personne!". Interrogés par "Amazônia Real" une demi-douzaine de leaders indigènes ont exprimé leur désapprobation au sujet de la proposition de suppression de la Funai. Parmi eux, Gersem Baniwa pour qui "… La Funai, avec toute la difficulté et les contradictions qu'elle a eu au cours de son histoire a toujours été un organe qui représente la volonté de l'État de respecter les droits des indigènes. Son démontage est le démontage de la politique indigéniste".

    Le vote du rapport final a eu lieu le 30 mai. Un texte légèrement différent de la première version où, par exemple, le nom du Président du CIMI n'est plus dans la liste des personnes dénoncées.

                                                                            ***

    PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, permettent d'en "savoir plus".

    Cette note a été publiée dans le dernier "AYA Info" No 116, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 13, rue des Bossons - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2