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  • L’impact de la pandémie de la Covid-19 chez les Yanomami

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    Brésil, Brasil, Amazonie, Amazônia, Yanomami, Ye’kwana, Secrétariat Spécial de Santé Indigène, SESAI, Secretaria Especial de Saúde Indígena, Covid-19, garimpeiros, orpailleurs, chercheurs d’or, Alvanei Xirixana, Rio Marauiá, Kurikama, Service et Coopération avec le peuple Yanomami, SECOYA, AYA, Appui aux indiens Yanomami d’Amazonie, MCI, Mouvement pour la Coopération Internationale, Serviço e Cooperação com o Povo Yanomami, Rede Pro-Yanomami e Ye’kwana, Samuel Kohito, Santa Isabel do Rio Negro, Bruce Albert, OMS, Organisation Mondiale de la Santé, Coordination des Organisations Indigènes de l’Amazonie Brésilienne, COIAB, Coordenação das Organizações Indígenas da Amazônia Brasileira, Articulação dos Povos Indígenas do Brasil, Articulation des Peuples indigènes du Brésil, APIBEn Amazonie brésilienne, chez les Yanomami, c’est en avril dernier que la pandémie du Covid-19 a fait sa première victime : Alvanei Xirixana, un étudiant âgé de15 ans. Dans son relevé périodique, au 28 octobre, le Réseau Pro-Yanomami et Ye’kwana dénombrait, depuis le début de la pandémie, 1’202 cas confirmés, d’indigènes atteintes par le coronavirus et 10 décès confirmés, plus 13 décès suspects. De son côté, le Secrétariat Spécial de Santé Indigène – SESAI a réalisé 1'270 tests (4,7% de la population), dont 895 (70,5%) se sont révélés positifs.

    Le Réseau vient de publier un rapport intitulé « Pandémie, les traces de la Covid-19 dans la Terre Indigène Yanomami et l’omission de l’État ». L’introduction de ce document est signé par le « Forum des leaders de la Terre Indigène Yanomami – TI-Y». Cette entité créée en juin, mène une campagne pour l’évacuation des garimpeiros (orpailleurs illégaux), présents par milliers (on parle de 20'000 !) dans plusieurs zones de la TI, mais aussi pour l’application de mesures pour lutter efficacement contre la pandémie.

    Une première partie du document traite du cadre historique, géographique, politique, institutionnel et culturel dans lequel se développe la pandémie. Un tableau (p. 16) détaille la situation dans les 37 différentes régions de la TI-Y. Une trentaine de pages sont consacrées à la « Chronologie d’une tragédie annoncée ».

    Une deuxième partie décrit les stratégies de résistance face à la pandémie. Un exemple concerne la région du Rio Marauiáoù s’exerce l’activité de l’association indigène Kurikama qui a un lien historique avec le Service et Coopération avec le peuple Yanomami – SECOYA, le partenaire d’AYA et du Mouvement pour la Coopération Internationale - MCI. En 2018, on y compte 2'478 habitants répartis en 19 communautés. À cette fin octobre, le Réseau y dénombrait 76 cas confirmés de Covid-19, 1 décès confirmé et 4 décès suspects. De son côté, le SESAI annonçait y avoir réalisés 23 tests, dont 21 se sont révélés positifs. Le 26 avril, les responsables de la Kurikama ont demandé la sortie immédiate de tous les non indigènes de cette partie de la TI-Y. Avec l’arrivée de la pandémie, les communautés ont quitté leurs villages pour aller se réfugier en forêt, une pratique désignée sous le terme de « Wayumi ». Mais après quasiment deux mois d’isolement quelques groupes ont été forcés de retourner dans leur village en raison de l’augmentation des cas de malaria et le manque de médicaments. Ainsi, la pandémie de la Covid-19 se répand sur fond d’une grave épidémie de malaria.

    L’anthropologue Bruce Albert, qui travaille avec les Yanomami depuis de nombreuses années, met en doute les statistiques officielles, les tests utilisés et surtout les traitements administrés par le SESAI. Ces derniers, comme l’hydroxichloroquine, ont été jugés inutiles, voire toxiques par diverses enquêtes scientifiques internationales, notamment l’Organisation Mondiale de la Santé - OMS. D’ailleurs, ce 30 novembre, lors d’une conférence de presse, le directeur de cette Organisation a déclaré que le Brésil « devait prendre très, très au sérieux l’augmentation récente du nombre de cas de Covid-19 ».

    ***

    Illustration : Page de couverture du rapport. Cliquer sur la vignette pour en agrandir la taille.

    PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, permettent d'en "savoir plus".

    Cette note sera publiée dans « AYA Info » No 135, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 13, rue des Bossons - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

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  • Les incendies et la déforestation entraînent des réactions au Brésil et au-delà

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    Les médias ont largement fait écho aux incendies et à la déforestation qui ravagent l’Amazonie et le Pantanal (la plus grande zone humide de la planète). Les liens de ces phénomènes avec l’agrobusiness ont été rappelés à diverses reprises. La situation en Amazonie a suscité des réactions, des prises de positions variées dont on trouvera quelques exemples ci-dessous.

    Le 18 septembre, le Général Heleno, chef du Cabinet de la Sécurité Institutionnelle à la Présidence du Brésil a publié une note sur les réseaux sociaux. Il dit que l’Articulation des peuples Indigènes du Brésil - APIB et une de ses leaders, Sônia Guajajara commettent un crime de lèse-patrie : « L’APIB est derrière le site defundbolsonaro.org pour diffuser des fake news contre le Brésil, imputer les crimes environnementaux au président de la république et appuyer les campagnes internationales de boycott des produits brésiliens. » L’Articulation rejette cette accusation. Selon elle « … le plus grand crime qui nuit à notre patrie est l’incapacité du gouvernement à empêcher la destruction de nos biomes, de nos zones protégées, les incendies, l’accaparement des terres, la déforestation, l’invasion de nos terres et le vol de nos richesses. »

    Le 22 septembre, lors de l’ouverture de la 75e Assemblée Générale de l’ONU, le président brésilien a défendu la politique économique et sanitaire qu’il conduit dans son pays pour faire face au Covid-19. À propos des incendies qui dévastent la forêt : « Notre forêt est humide et ne permet pas la propagation du feu en son intérieur. Les incendies arrivent pratiquement, dans les mêmes lieux, dans la zone Est de la forêt, où le caboclo* et l’indien brûlent leurs champs à la recherche de leur survie dans les zones déjà déboisées.» Le jour même l’Articulation des Peuples Indigènes du Brésil - APIB a adressé une interpellation au Tribunal Suprême Fédéral - STF pour que « le Gouvernement explique à la justice les mensonges qu’il a communiqué à l’ONU et les attaques faites aux peuples indigènes. »

    La situation inquiète au-delà du Brésil

    En juin dernier, l’association française Envol Vert a publié un rapport intitulé « Groupe Casino éco responsable de la déforestation # double jeu ». L’étude, sous-titrée « Rapport bœuf », porte sur le Brésil et la Colombie, pays où le groupe a des fournisseurs en viande bovine et des filiales de distribution. Le document a été adressé à la direction stéphanoise du groupe qui répond «… le plan de vigilance publié par le groupe Casino est conforme avec les obligations telles que définies par la loi française (No 2017-399) du 27 mars 2017 ». Une dizaine d’ONG dont la Coordination des Organisations Indigènes de l’Amazonie Brésilienne – COIAB, sont associées à la démarche. Mis en demeure le 21 septembre, le groupe Casino a trois mois pour répondre.

    La politique environnementale de plusieurs pays latino-américains a eu un écho dans les rangs du Parlement européen. Le 7 octobre, lors de la discussion du rapport annuel 2018 sur la mise en œuvre de politique commerciale commune, le Parlement a adopté une résolution dont un paragraphe (No 36) concerne l’accord de libre-échange négocié par l’Union Européenne avec le Marché Commun du Sud – Mercosur**. La conclusion est claire, celui-ci « ne peut pas être ratifié en l’état. ». La France avait déjà manifesté son opposition à l’accord en 2019.

    En guise de rappel, la Suisse, dans le cadre de l’Association Européenne de Libre Échange – AELE (Suisse, Norvège, Lichtenstein et Islande) a conclu un accord à la fin du mois d’août 2019. Accord déposé au parlement fédéral également contesté par des parlementaires et par plusieurs ONG.

    Les nombreux appels à protéger les forêts seront-ils entendus ? À suivre…

                                                                                ***

    *Caboclo > métisse blanc/indien

    **Le Marché Commun du Sud – Mercosur, concerne l’Argentine, le Brésil, le Paraguay, l’Uruguay et plusieurs pays associés.

    PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, permettent d'en "savoir plus".

    Cette note sera publiée dans « AYA Info » No 134, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 13, rue des Bossons - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

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  • Brésil : la mort violente d’un défenseur des peuples isolés

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    Brésil, Brasil, Brazil, STF, Supremo Tribunal Federal, Tribunal Suprême Fédéral, Governo federal, Gouvernement fédéral, povos indígenas, peuples indigènes, Covid-19, Articulation des Peuples Indigènes du Brésil, APIB, Articulação dos Povos Indígenas do Brasil, Coordenação das Organizações da Amazônia Brasileira, COIAB, Coordination des Organisations Indigènes de l’Amazonie Brésilienne, Terras Indígenas, Terres Indigènes, Rieli Franciscato, FPE, Isolés du Cautário, Isolados do Cautário, Terrre Indigène, Uru-Eu-Wau-Wau, Seringueiras, Rondônia, Observatoire des Droits Humains des Peuples Indigènes isolés et de Récent Contact, Observatório dos Direitos Humanos dos Povos Indígenas Isolados e de Recent Contato, OPI, Fundação Nacional do Índio, FUNAI, Ricardo Lopes Dias, Coordenação das Frentes de Proteção Etno Ambiental, FPE, Marcelo Augusto Xavier da Silva, Ministério Público Federal em RondôniaLe 9 septembre, Rieli Franciscato (56 ans), un indigéniste de renom est décédé - selon les premières informations diffusées dans la presse - après avoir reçu une flèche en pleine poitrine. Une flèche vraisemblablement tirée par un membre d’un groupe d’indiens dénommés « Isolés du Cautário » dans la Terrre Indigène (TI) Uru-Eu-Wau-Wau, sur la commune de Seringueiras (État de Rondônia). Fonctionnaire de la Fondation Nationale de l’Indien – FUNAI, il était le coordinateur du « Front de protection ethno-environnemental des indiens isolés » - FPE de cette TI. Il était présent en forêt en raison d’un probable conflit entre ces indigènes et la population avoisinante.

    Le Coordinateur général des Indiens isolés et de récent contact de la FUNAI, Ricardo Lopes Dias* lui a rendu hommage : « Rieli a consacré sa vie à la cause indigène. Avec trois décennies se service fournis dans la région, il laisse un immense héritage pour la protection de ces peuples ».

    Dans une note commune du 10 septembre, la Coordination des Organisation Indigènes de l’Amazonie Brésilienne – COIAB, l’Articulation des Peuples Indigènes du Brésil – APIB et l’Observatoire des Droits Humains des Peuples Isolés et de Récent Contact – OPI, ont exprimé publiquement leur peine, mais aussi de tenter une explication : Ce groupe isolé que Rieli suivait directement depuis une dizaine d’années, n’avait jamais présenté un comportement violent : « Sans l’ombre d’un doute ce peuple ne savait pas qu’il s’attaquait à un allié ». Les « Isolés du Cautário » sont les survivants des massacres qui se sont produits depuis les années 80 quand le gouvernement militaire a commencé un processus de colonisation dans la région avec la construction de routes, forçant le contact ce qui a conduit à l’extermination de nombreux groupes indigènes. L’APIB rappelle encore qu’à sa demande, au début du mois d’août dernier**, elle a obtenu du Tribunal Suprême Fédéral – STF qu’il contraigne le Gouvernement à mettre en place un plan de lutte contre le Covid-19 pour protéger les peuples indigènes. Elle n’a pas obtenu du STF qu’il ordonne le retrait des envahisseurs de plusieurs TI, dont la TI Uru-Eu-Wau-Wau. Les signataires de la note rappellent également que « Ces dernières années Rieli avait dénoncé le mauvais fonctionnement des FPE et demandé des améliorations. Il avait prophétisé de grandes tragédies comme celle qui lui est arrivée, cela en raison de l’avancée de la déforestation dans la région et de la destruction progressive de la FUNAI actuellement aux mains de ruralistes arriérés et de missionnaires extrémistes ». La note intitulée « Rieli Franciscato, va en paix ! Nous continuerons ta lutte ! » exprime la volonté des organisations indigènes de poursuivre leur résistance.

    Le 11 septembre, le Ministère Public Fédéral – MPF de Rondônia demande à la population de Seringueiras d’appeler la police ou la Funai pour le cas où des indiens isolés se manifesteraient ; de ne pas les approcher, ni les menacer et encore moins les agresser. Et de rappeler que récemment, des peuples isolés ont été repérés sur des propriétés rurales, probablement à la recherche de nourriture ou d’instruments domestiques pour aider à la chasse. Éventuellement poussés à s’installer hors de leur territoire en raison de la pression causée par des invasions illégales…

                                                                                ***

    *Voir la note du 9 février 2020 / ** Voir la note du 8 août 2020.

    Photo : Capture d’écran, Rieli Franciscato lors d’une interview accordée en 2014 au Service de communication de la FUNAI.

    PS : L’activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources permettent d’en « savoir plus ».

    Cette note sera publiée dans le prochain « Aya Info » No 134, le bulletin de l’association « Appui aux indiens Yanomami d’Amazonie » - AYA / 13 rue des Bossons – CH – 1213 Onex / Genève – CCP 17-55066-2

     

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  • Brésil : face au Covid-19 les peuples indigènes ne désarment pas

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    Le Ministère brésilien de la santé, l’Articulation des Peuples Indigènes du Brésil – APIB, la Coordination des Organisation Indigènes de l’Amazonie Brésilienne – COIAB et d’autres organismes et entités publient régulièrement des chiffres sur l’inquiétante évolution de la pandémie du Covid-19. Pour plusieurs raisons, ces statistiques ont une valeur toute relative. Les spécialistes s’accordent à affirmer qu’elles sont inférieures à la réalité. La comparaison de l’évolution de la pandémie pour l’ensemble de la population brésilienne et dans les communautés indigènes s’avère très délicate. L’essentiel à retenir est la gravité de la situation, en particulier pour les peuples indigènes.

    La presse a rapporté la situation tragique des Xikrin du Cateté dans l’État du Pará qui, entre le 22 mai et le 17 juin, ont connu 270 cas positifs et la mort de 7 indigènes pour une population de moins de 2'000 personnes. En 24 heures, ces 28 et 29 juin, le peuple Xavante du Mato Grosso a eu à déplorer le décès de neuf de ses membres. Le cas de trois femmesYanomami a ému l’opinion publique. En mai, l’enfant de chacune d’elles présentant des symptômes de pneumonie, elles ont été conduites de leur communauté de Auaris à l’hôpital de Boa Vista la capitale de l’État de Roraima où les enfants sont décédés et ont été enterrés. Les mamans n’ont pas pu rentrer dans leur village avec le corps des enfants pour procéder au rite funéraire, – une incinération - en vigueur chez les Yanomami. L’incompréhension ajoute à leur souffrance. Le procureur de la République de Boa Vista a demandé des explications au District Sanitaire Spécial Indigène Yanomami.

    Le 26 juin, le Conseil Indigène de Roraima – CIR annonce que le Covid-19 a touché plusieurs communautés indigènes de l’État de Roraima (l’État brésilien qui compte la plus forte proportion d’indigènes dans sa population). En trois mois, plus de 440 autochtones ont été infectés par la maladie et 41 en sont morts. Parmi ces derniers, plusieurs leaders historiques connus pour être la mémoire vivante de leur communauté. Le CIR a renouvelé l’appel à l’aide lancé le 27 mars déjà pour combattre la pandémie… L’Articulation des Peuples Indigènes du Brésil – APIB et ses partenaires vient, elle aussi, de lancer un plan « Urgence Indigène » pour combattre la propagation de la pandémie dans les communautés indigènes.

    La lutte se conduit aussi au parlement. Lors des élections législatives de 2018, les indigènes de Roraima ont réussi à élire une des leurs à la Chambre des Députés : Joênia Wapichana. Au début de la législature elle est devenue la coordinatrice du Front parlementaire mixte de défense des droits des peuples indigènes. Dès le mois de mars, plusieurs membres de ce Front ont rédigé un projet de loi (No 1142/2020) portant sur la mise en œuvre d’un programme de lutte d’urgence contre le Covid-19. Le projet a été accepté par le Chambre le 21 mai et par le Sénat le 16 juin. Il est maintenant soumis à l’approbation - ou au veto - du Président de la république qui a jusqu’au 7 juillet pour se prononcer. Quelle sera l’attitude de Jair Bolsonaro ?

    Ce 30 juin, l’APIB et diverses entités s’est adressée au Tribunal Suprême Fédéral pour que celui-ci demande au gouvernement de mettre en œuvre un plan d’urgence pour protéger les peuples indigènes, spécialement les groupes en isolement volontaires. À suivre…

                                                                            ***

    *Voir sur ce blog, la note du 13 juin 2020

    PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, permettent d'en "savoir plus".

    Cette note sera publiée dans le prochain « AYA Info » No 133, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 13, rue des Bossons - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

  • Le Brésil, le Covid-19 et la protection des peuples indigènes

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    Le Brésil, le plus vaste et le plus peuplé des pays d’Amérique du Sud, est devenu en quelques semaines l’un des épicentres mondiaux de la pandémie du Covid-19. L’ensemble du pays est atteint*. Au 12 juin, le Ministère de la Santé annonçait 828’810 cas confirmés et 41’828 décès. Chiffres sous-évalués selon l’avis de spécialistes. Compte tenu de la position du Président Jair Bolsonaro - il minimise la gravité de la maladie et menace de quitter l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), alors que de nombreux Gouverneurs d’États et Maires de grandes villes appliquent les mesures préconisées par celle-ci - la vie politique brésilienne connaît de vives tensions. Les médias s’en font régulièrement l’écho.

    La progression au sein de la population indigène

    Les peuples indigènes ne sont pas épargnés par la maladie. Au 12 juin, l’organe gouvernemental en charge du service de santé pour cette partie de la population, le Secrétariat Spécial de Santé Indigène -SESAI annonçait 2’749 cas confirmés et 97 décès dus au Covid-19 dans les 34 Districts Sanitaires Spéciaux Indigènes dont il a la responsabilité. Et ce Secrétariat ne prend pas en compte ce qui se passe pour les indigènes habitant dans les agglomérations. À partir de son propre réseau, l’Articulation des Peuples Indigènes du Brésil - APIB établit sa propre statistique. Le 12 juin, elle dénombrait 3'166 indigènes contaminés, 269 décès dans 98 peuples. Au 8 juin, le Réseau Pró-Yanomami et Ye’kwana, créé récemment, annonce 82 cas confirmés et 4 décès chez ces deux peuples,.

    Une grande vulnérabilité

    Le dangereux Covid-19, de par sa nouveauté, semble mettre sur pied d’égalité indigènes et non-indigènes. Cependant, à y regarder de plus près, les autochtones sont plus vulnérables à l’épidémie en raison des conditions sociales, économiques et sanitaires dans lesquelles ils vivent. Par exemple les difficultés d’accès aux services de santé en raison des distances, de l’indisponibilité ou de l’insuffisance du personnel et du matériel pour répondre aux besoins. Le mode de vie est un autre facteur de risques : habiter des maisons collectives, le partage des ustensiles ; parfois l’absence d’eau potable en raison de la pollution de celle-ci par des métaux lourds dans les zones minières qui se retrouvent dans les organismes. Autre source de contamination, la présence d’envahisseurs comme les 20’000 garimpeiros (orpailleurs illégaux) qui sont présents sur plusieurs rivières de la Terre Indigène Yanomami – TI-Y ou des madeireiros (marchands de bois illégaux) responsables de la déforestation qui a repris de l’ampleur.

    Autre danger, la pression exercée par les lobbys de l’agrobusiness, des évangéliques et de l’armée qui se manifeste par la présence de nombreux de leurs représentants au sein des administrations. À cela s’ajoute l’adoption de mesures législatives, ou réglementaires, qui vont à l’encontre des droits des peuples indigènes. Un sens voulu par le gouvernement. Ainsi, dans le cadre d’une enquête, la Cour Suprême a imposé la publication de l’enregistrement d’une réunion ministérielle tenue le 22 avril. On apprend, à cette occasion, que le Ministre de l’environnement, Ricardo Salles, est d’avis de profiter du temps pendant lequel la société et les médias sont préoccupés par le Covid-19 pour alléger les règles de protection de l’environnement (dont on sait l’importance pour les peuples indigènes). Lors de la même réunion, le Ministre de l’Éducation, Abraham Weintraub, a affirmé détester le terme « Peuples indigènes ». Un reflet de l’état d’esprit régnant dans les hautes sphères de l’État.

    Cette situation fait dire à Arthur Virgilio Neto, Maire de Manaus : « Je crains un génocide dans notre [État d’] Amazonas car nous avons un président qui ne se soucie pas des peuples indigènes et ne valorise pas cette culture. Je veux signaler ce crime contre l’humanité qui se produit dans ma région ».

    Il n’y a pas que les peuples du Brésil qui sont en danger. Le 4 juin 2020, les Secrétariats des Droits humains de l’ONU pour l’Amérique du Sud et de la Commission Interaméricaine des Droits Humains – CIDH, ont adressé une note aux gouvernements de la région soulignant le besoin urgent de protéger les peuples autochtones du Covid-19. Pandémie qui met en cause leur existence même, dit le communiqué.

    Les organisations indigènes réagissent

    Les peuples indigènes et les organisations indigènes et indigénistes ne restent pas sans réagir. Parmi les réactions, il convient de citer l’action du Front Parlementaire Mixte de Défense des Droits des Peuples Indigènes de la Chambre des Députés dont la Coordinatrice est une indigène, Joênia Wapichana. À la fin mars déjà, il a déposé un Projet de Loi (No 1142/2020) pour la mise en œuvre, en urgence, de mesures de protection sociale pour lutter contre la dissémination du Covid-19 dans les territoires indigènes. La Chambre l’a adopté le 21 mai et l’a transmis au Sénat. Au cours de la discussion, concernant les peuples isolés ou de récent contact, une disposition a été introduite dans le projet permettant aux missions religieuses déjà présentes dans ces communautés de pouvoir y rester avec l’aval du médecin responsable. Il s’agit - là d’une faveur faite aux missions évangéliques. La COIAB a très vite réagi à ce qu’elle considère comme une menace : « L’invasion des missionnaires a toujours apporté la tragédie et la mort de nos parents qui ont été forcés au contact et ce n’est pas maintenant que ce sera différent ». Elle demande la suppression de cette partie du texte et le retrait immédiat des missions religieuses des Terres Indigènes dans lesquelles se trouvent des peuples isolés. « Nous sommes en faveur de la création de ce plan d’urgence pour les peuples indigènes, mais nous n’accepterons jamais de négocier les droits de nos parents isolés et de récent contact. Nos vies et nos droits ne sont pas négociables ». À voir ce qui se passera au Sénat fédéral qui doit se prononcer le 16 juin sur ce projet.

    Appel à l’OMS

    Le 4 mai dernier, le même Front a été à l’initiative d’une « Lettre ouverte » adressée au Directeur Général de l’Organisation Mondiale de la Santé – OMS lui demandant d’intervenir auprès des pays de l’Amérique Latine pour qu’ils prennent rapidement des mesures spécifiques afin de garantir la protection des peuples indigènes qui sont parmi les groupes les plus vulnérables au Covid-19. Le document, signé par près de 200 entités et personnalités, évoque la situation dans plusieurs pays. Il est demandé que l’OMS favorise la création d’un Fonds d’urgence pour répondre aux demandes des communautés face à la pandémie. Les auteurs de la lettre n’ont pas indiqué s’ils avaient reçu une réponse particulière. Mais, lors de la 73e Assemblée Mondiale de la Santé, tenue en mode virtuel a minima, à Genève, du 17 au 21 mai, le Directeur Général aborde la question du Covid-19 : … « Il n’y a pas de solution miracle… Cependant, il existe de nombreux éléments que toute stratégie nationale devrait intégrer : une riposte mobilisant l’ensemble des pouvoirs publics et toute la société, consistant à appeler les personnes et les communautés à se protéger et à protéger les autres en leur en donnant les moyens… enfin, une attention particulière aux groupes vulnérables… ». Et le 19 mai, l’Assemblée a adopté une Résolution (WHA73.1) intitulée « Riposte à la COVID-19 ». Le point 7 appelle les États membres… 2) à appliquer des plans nationaux... en prêtant une attention particulière aux besoins des personnes vulnérables, en encourageant la cohésion sociale, en prenant les mesures nécessaires pour assurer la protection sociale et la protection contre les difficultés financières et en s’attachant à prévenir l’insécurité, la violence, la discrimination, la stigmatisation et la marginalisation. ».

    A signaler encore que des organisations nationales et internationales et des personnalités - dont Lélia et Sebastião Salgado - ont déjà apporté leur soutien aux peuples indigènes. Ces derniers par le biais d’une pétition.

    Appel des Yanomami

    On l’a vu, les Yanomami sont particulièrement en danger. Au début juin, le Forum des leaders Yanomami et Ye’kwana de la TI-Y a lancé une pétition sur les réseaux sociaux pour demander aux autorités d’agir sans tarder pour évacuer les garimpeiros présents dans leur territoire. Ce 9 juin, le texte a déjà reçu plus de 220'000 signatures. AYA vous invite à vous y associer.

    Ce paragraphe est l’occasion de rappeler la solidarité avec les Yanomami pratiquée par deux ONG genevoises, celle qui édite ce bulletin : Appui aux Yanomami d’Amazonie – AYA, et le Mouvement pour la Coopération Internationale – MCI. Elles apportent, avec le soutien de plusieurs collectivités publiques genevoises, une aide concrète à travers les programmes du « Service et Coopération avec le Peuple Yanomami – SECOYA » dont le siège est à Manaus. Les actions sur le terrain sont momentanément suspendues en raison de la pandémie. Cette solidarité est certainement modeste, mais elle a le mérite d’exister dans la durée.

                                                                              ***

    *Voir sur ce blog la note du 22 mars 2020.

    PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, permettent d'en "savoir plus".

    Cette note sera publiée dans le prochain « AYA Info » No 133, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 13, rue des Bossons - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

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  • Brésil : le coronavirus, un danger supplémentaire pour les peuples indigènes

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    La pandémie du coronavirus n’épargne pas le Brésil. Au soir du 21 mars, le Ministère de la santé annonçait 1'128 cas confirmés dans 26 États de l’Union et 18 morts dans ceux de São Paulo (15) et Rio de Janeiro (3). Pour ce qui est des indigènes, un premier cas suspect d’infection par le Covid-19 concerne une indigène Pataxó qui est à l’isolement dans son village du sud de l’État de la Bahia. Employée dans un hôtel de la région, elle est en attente du résultat du test. Trois indigènes (un adulte - guide touristique - et deux enfants) du peuple Marubo de la région d’Atalaia do Norte, dans l’État d’Amazonas, présentent également des symptômes d’infection.

    Les organisations indigènes et indigénistes sont inquiètes. Elles redoutent qu’un nouveau « choc microbien », comme il y en a déjà eu dans le passé, vienne décimer les peuples premiers du pays. Aussi la réaction a été rapide. La première mesure, prise le 12 mars déjà, par l’Articulation des Peuples Indigènes du Brésil – APIB a été le report, à une date ultérieure, pas encore fixée, du seizième « Campement Terre Libre », le grand rassemblement annuel des peuples indigènes de l’ensemble du pays. Une réunion initialement prévue du 27 au 30 avril à Brasilia. L’Articulation rappelle la nécessité de développer le service de santé indigène. Elle s’inquiète également des risques non seulement d’un ethnocide, mais aussi d’un douloureux génocide qu’une politique de contact avec les peuples isolés et de contact récent ferait courir à ces derniers. Sur sa page Facebook elle rappelle que les peuples indigènes, en raison de leur mode de vie communautaire, sont spécialement vulnérables à ces maladies introduites par les non-indigènes et contre lesquelles les méthodes traditionnelles de soins n’ont pas d’effet. Elle détaille la conduite à tenir face à cette pandémie. Plusieurs organisations indigènes ont déjà décidé de restreindre ou d’interdire l’entrée dans leur Terre Indigène (TI), de suspendre toutes les activités prévues à l’intérieur de celles-ci et les voyages de leurs membres à l’extérieur.

    La Fondation Nationale de l’Indien – FUNAI s’est également manifestée. Un arrêté du 17 mars, signé par son président, établit des mesures temporaires exceptionnelles pour lutter contre la propagation du Covid-19. Mais l’art. 4 de ce texte inquiète. Il permet aux Coordinations régionales de pouvoir autoriser le contact avec des communautés indigènes isolées. Une prérogative jusque-là réservée à la Coordination Générale des Indigènes Isolés et de Récent Contact – CGIIRC*. Nara Baré, la responsable de la Coordination des Organisations Indigènes de l’Amazonie Brésilienne – COIAB trouve ce texte « confus et tendancieux ». Le 19 mars, le Ministère Public Fédéral a adressé une « Recommandation » au président de la FUNAI lui demandant de s’abstenir de promouvoir des actions et/ou des activités laïques ou religieuses, terrestres, fluviales et/ou aériennes dans les zones proches des peuples isolés. Il lui recommande également de révoquer cet article 4.

    Au début de ce mois de mars, une délégation brésilienne constituée de représentants de trois ONGs** et du leader yanomami Davi Kopenawa était à Genève pour la 43e session du Conseil des droits de l’homme. Il s’agissait de faire connaître à ce dernier, et à l’opinion publique au niveau international, les risques pesant sur les peuples indigènes isolés. Un rapport a été publié pour l’occasion.

    Les risques de propagation du covid-19 parmi les peuples indigènes est particulièrement marqué quand les TI sont envahies par des non-indigènes, notamment par des garimpeiros (des orpailleurs illégaux) comme c’est le cas pour la TI Yanomami. Récemment, la chaîne de télévision « France 24 » a publié un reportage montrant la détermination de ceux-ci à exercer librement leur activité maintenant que le Président de la République s’est déclaré favorable à l’exploitation minière dans les TI…

    Les menaces s’accumulent sur les peuples indigènes, en particulier sur les groupes isolés.

                                                                            ***

    *Mis sous la responsabilité d’un évangéliste en février dernier ce qui a provoqué de nombreuses réactions négatives. Voir sur ce blog la note du 9 février 2019.

    **Les trois ONG sont : Conectas Direitos Humanos, Comissão Arns et l’Instituto Socioambiental

    PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, permettent d'en "savoir plus".

    Cette note sera publiée dans le prochain « AYA Info » No 132, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 13, rue des Bossons - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

  • Bolsonaro veut ouvrir les Terres Indigènes à l’exploitation économique

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    Brasil, Brésil, Amazonie, Brasilia, Amazônia, Amazônia legal, Jair Bolsonaro, mineração, Terres Indigènes, Terras Indígenas, PL 191/2020, Câmara dos Deputados, Congresso Nacional, Povos indígenas, Constituição, 1988, Romero Jucá, Instituto Socioambiental, ISA, Federação das Organizações Indígenas do Rio Negro, FOIRN, Fédération des Organisations Indigènes du Rio Negro, Conselho Indígena de Roraima, Conseil Indigène de Roraima, CIR, Articulação dos Povos e Organizações Indígenas  do NE,MG e Espírito Santo, Articulation des Peuples et Organisations Indigènes du Nordeste, Minas Gerais et Espírito Santo, APOINME, Coordination des Organisations Indigènes de l’Amazonie Brésilienne, COIAB, Coordenação das Organizações Indígenas da Amazônia Brasileira, Articulação dos Povos Indígenas do Brasil, Articulation des Peuples Indigènes du Brésil, APIB, AYA, SECOYALe 5 février, le président brésilien Jair Bolsonaro a envoyé au parlement un projet de loi (PL 191/2020) pour réglementer les conditions spécifiques à suivre pour la recherche et l’extraction des ressources minières et l’exploitation du potentiel de l’énergie hydraulique des rios dans les Terres Indigènes (TI). Le projet traite également de l’audition et l’indemnisation des communautés indigènes touchées par les projets, ainsi que l’autorisation préalable que doit donner le Congrès national. Il s’agit de réglementer plusieurs articles de la Constitution fédérale de 1988. Un sujet que le parlement eu l’occasion d’aborder en 1995 déjà en raison d’un projet de loi de Romero Jucá, alors sénateur de l’État de Roraima.

    Selon les sources, le pays compte entre 689 et 1’296 TI couvrant environ 13% des 8,5 millions de km2 du territoire national. Les plus étendues et les plus préservées sont en Amazonie. Un peu plus de 400 d’entre elles sont « démarquées », c’est à dire susceptible de bénéficier d’une pleine protection, ce qui est loin d’être le cas. Pour rappel, les constituants de 1988 avaient donné un délai de cinq ans au gouvernement pour démarquer toutes les TI du pays.

    L’exploitation minière notamment, est susceptible d’avoir un impact important sur l’environnement, en particulier la contamination des cours d’eau et des sols, et sur la biodiversité mettant en danger les peuples qui y vivent. Selon l’Instituto Socioambiental – ISA, si la loi est acceptée, et pour seulement la recherche et exploitation minière, 216 TI sont directement concernées par 4'332 requêtes. Par exemple, 42,6 % des 96'000 km2 de la TI Yanomami sont concernés par 536 demandes.

    Les principales organisations indigènes du pays ont fait connaître leur opposition à l’adoption de cette loi : la Fédération des Organisations Indigènes du Rio Negro – FOIRN, le Conseil Indigène de Roraima - CIR, l’Articulation des Peuples et Organisations Indigènes du Nordeste, Minas Gerais et Espírito Santo – APOINME, la Coordination des Organisations Indigènes de l’Amazonie Brésilienne – COIAB et la faîtière nationale, l’Articulation des Peuples Indigènes du Brésil - APIB. Celle-ci « … appelle toutes ses composantes, les organisations solidaires aux niveaux national et international de se joindre à elle pour cette bataille pour la vie et le « bien vivre » non seulement des peuples indigènes, mais de toute l’humanité et de la planète. »

    Le Ministère Public Fédéral a publié une note de mise en garde : «  L’approbation du projet peut conduire à la destruction d’importantes zones écologiques aujourd’hui protégées ainsi que la déstructuration ou la disparition physique de divers peuples indigènes, spécialement ceux de la région amazonienne »

    Le 12 février, des indigènes, des parlementaires de l’opposition et des représentants de mouvements sociaux étaient avec la députée* Joênia Wapichana, la leader du Front Parlementaire mixte pour la défense des droits des peuples indigènes, pour demander au président de la Chambre des Députés, Rodrigo Maia de classer le projet. La procédure parlementaire est enclenchée…

                                                                            ***

    *Joênia Wapichana > voir les notes Blog des 21 octobre 2018 et 31 décembre 2018

    Photo : © Tiago Miotto /CIMI Des représentants des organisations indigènes du Sud du Brésil manifestent contre le projet de loi à Brasilia le 12 février. Cliquer sur l’image pour en agrandir la taille.

    PS 1 : Précédente note relative à l’exploitation minière : 05 avril 2013  

    PS 2 : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, permettent d'en "savoir plus".

    Cette note sera publiée dans le prochain « AYA Info » No 131, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 13, rue des Bossons - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

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  • La nomination d’un évangélique en charge des Indiens isolés suscite des protestations

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    En Amazonie brésilienne, ils seraient un peu plus d’une centaine les peuples ou groupes indigènes ayant choisi de vivre sans contact avec la société environnante. Un isolement volontaire, résultant souvent de rencontres passées qui ont eu des effets négatifs : infections, maladies, violences physiques, spoliation des ressources naturelles, etc. En raison de leur vulnérabilité et de la législation en vigueur, la Fondation Nationale de l’Indien – FUNAI dispose d’un organe particulier en charge de leur protection : la Coordination Générale des Indiens Isolés et de Récent Contact – CGIIRC.

    La direction de cet organe change pour la troisième fois de titulaire depuis le début octobre 2019 quand Bruno Pereira a été révoqué sans motif. Il été remplacé par Paula Wolthers de Lorena Pires. Et, ce 3 février, nouveau changement. Pour occuper ce poste hautement sensible le Ministère de la Justice a choisi Ricardo Lopes Dias, un évangélique et anthropologue, connu pour son engagement, entre 1997 et 2007, au sein de la « Mission Nouvelles Tribus du Brésil – MNTB ». Il s’agit d’une entité fondamentaliste originaire des États-Unis implantée au Brésil dans les années 40 dans le but d’évangéliser les Indiens.

    Connue dès la fin janvier, cette nomination a suscité de nombreuses réactions. D’abord de la part des organisations indigènes qui ont publié des notes de protestation : l’Union des Peuples Indigènes de la Vallée du Javari, UNIVAJA, la Coordination des Organisations Indigènes de l’Amazonie Brésilienne – COIAB et l’Articulation des Peuples Indigènes du Brésil – APIB . Celle-ci « Dénonce, une fois de plus, le démontage rapide des politiques publiques destinées aux peuples indigènes de la part du gouvernement de Bolsonaro en soumettant la politique indigéniste aux intérêts des groupes religieux qui apportent leur appui à son gouvernement. Et, dans de nombreux cas, aux groupes ruralistes intéressés par les terres occupées traditionnellement par ces peuples. C’est une situation qui entraîne la violation des droits humains provoquée intentionnellement par l’actuel gouvernement qui pourra conduire à la mort physique, socioculturelle et spirituelle des peuples indigènes isolés et de récent contact qui vivent au Brésil. »

    Parmi les organisations qui ont apporté leur appui aux organisations indigènes, la note du Conseil National des Églises Chrétiennes du Brésil - CONIC* est particulièrement significative. Le Conseil exprime son désaccord à la nomination de Ricardo Lopes Dias. « … Une politique publique doit être exempte de toute logique religieuse. Les Peuples autochtones ont un patrimoine culturel et spirituel propres. Il est du devoir de l’État de les protéger et de garantir leur conservation. » […]  « Nous savons que la logique qui prévaut dans cette décision est économique. Cependant l’impératif de l’éthique chrétienne nous rappelle que l’économie ne peut jamais être placée au-dessus des droits à l’existence des peuples. Les dernières définitions axées sur la politique des Indiens isolés sont des décisions idolâtres car elles servent les intérêts de groupes économiques dont les ambitions se concentrent sur la richesse des forêts et non sur la préservation de la diversité culturelle qui nous caractérise en tant que peuple. » […] Il est impératif que le Gouvernement réévalue sa décision ». Le CONIC dit qu’il suivra l’affaire de près en travaillant avec des organisations telles que le Conseil Indigéniste Missionnaire (CIMI) et les trois ONG indigènes, UNIVAJA, COIAB et APIB.

    Le président brésilien vient encore d’accentuer sa pression sur les peuples indigènes en signant un projet de loi - envoyé au parlement - qui ouvre les Terres Indigènes à l’exploitation économique. Une prochaine note sera consacrée à ce sujet.

                                                                             ***

    *Composé de l’Alliance des Baptistes du Brésil, de l’Église Catholique Romaine, de l’Église Épiscopale Anglicane du Brésil, l’Église Évangélique Luthérienne au Brésil, l’Église Presbytérienne unie et l’Église Syrienne orthodoxe de Antioquia.

                                                                             ***

    PS 1 : Précédentes notes relatives aux peuples isolés : 26 août 2011, 13 août 2014, 11 novembre 2015

    PS 2 : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, permettent d'en "savoir plus".

    Cette note sera publiée dans le prochain « AYA Info » No 131, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 13, rue des Bossons - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

  • Bolsonaro à l’ONU : les indigènes protestent !

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    Le discours prononcé par Jair Bolsonaro, le 24 septembre à New-York devant l’Assemblée générale des Nations Unies a suscité de nombreuses réactions de la part d’organisations indigènes et indigénistes du Brésil. Le Président brésilien a consacré un tiers de son intervention à l’Amazonie et aux peuples indigènes brésiliens. À ce sujet, il s‘adresse particulièrement à Ysani Kalapalo, une indigène invitée dans la délégation officielle brésilienne.

    Quelques extraits : « Le Brésil est l’un des pays les plus riches en biodiversité et en minerais. Notre Amazonie est plus grande que toute l’Europe occidentale et reste pratiquement intouchée. Preuve que nous sommes un des pays qui protège le plus l’environnement. […] Dans cette période de l’année, le climat sec et les vents favorisent les feux spontanés et aussi les criminels. Il faut relever qu’il existe aussi des feux pratiqués par les indiens et les populations locales. […] Le Brésil ne va pas augmenter à 20% l’aire déjà démarquée comme terre indigène. […] La vision d’un leader indigène ne représente pas celle de tous les indiens brésiliens. De nombreuses fois, quelques-uns de ces leaders, comme le cacique Raoni, sont manipulés par des gouvernements étrangers dans leur guerre médiatique pour défendre leurs intérêts en Amazonie. […] Malheureusement quelques personnes à l’intérieur et à l’extérieur du Brésil, appuyées par des ONGs, insistent à traiter et maintenir nos indiens comme de véritables hommes des cavernes. Le Brésil a maintenant un président qui se préoccupe de ceux qui étaient là avant l’arrivée des Portugais. […] L’indien ne veut pas être un latifundiste pauvre sur des terres riches. Spécialement des terres les plus riches du monde. C’est le cas des réserves Yanomami et Raposa Serra do Sol. Dans ces réserves existe une grande abondance d’or, de diamant, d’uranium, de niobium et terres rares entre autres. Et ces territoires sont énormes. La réserve Yanomami seule compte approximativement 95'000 km2, l’équivalent de la taille du Portugal ou de la Hongrie, cependant à peine 15'000 indiens vivent dans cette aire. Ceci démontre que ceux qui nous attaquent ne sont pas préoccupés de l’être humain qu’est l’indien, mais par les richesses en minerais et la biodiversité existantes dans ces aires. »

    Et pour montrer qu’il n’existe pas une autorité unique parmi les indiens, le Président lit une lettre rédigée par un « Groupe d’agriculteurs indigènes du Brésil ». Ce groupe soutient sans restriction la position d’Ysani Kalapalo qui, selon eux, peut expliquer la réalité vécue par les peuples indigènes du Brésil et répondre aux mensonges propagés par la presse nationale et internationale. « Une nouvelle politique indigéniste est nécessaire au Brésil. Le temps presse ! […] L’écologisme radical et l’indigénisme dépassé ne s’accordent pas avec ce que veulent les peuples indigènes. » […] Ysani Kalapalo est apte à représenter les ethnies signataires de cette lettre. Le monopole de monsieur Raoni est terminé. » Le président aborde ensuite d’autres sujets…

    Au Brésil même les organisations ont très vite réagi. D’abord, avant même la réunion de New York, une quinzaine de leaders des peuples indigènes du Xingu ont contesté la représentativité d’Ysani Kalapalo : « Nous n’acceptons pas et n’accepterons jamais que le gouvernement brésilien désigne lui-même de notre représentation sans nous consulter à travers nos organisations et dirigeants soutenus par nous. »

    Le Front Amazonien de Mobilisation pour la Défense des Droits Indigènes (FAMDDI)* de Manaus a publié une lettre ouverte au Président signée par les représentants d’une dizaine d’associations : « C’est avec angoisse et honte que les leaders autochtones et non autochtones reçoivent le discours du président brésilien au sujet des indigènes brésiliens, et plus spécifiquement ceux de l’Amazonie, objets d’attaques sans précédent depuis la colonisation. » Les signataires reprochent au Président d’accuser les indigènes d’être les auteurs des incendies qui dévastent l’Amazonie et de les tromper en leur faisant croire qu’ils bénéficieront du pseudo développement promu par le gouvernement.

    Au terme de sa note de protestation, la Coordination des Organisations Indigènes de l’Amazonie Brésilienne – COIAB, qui représente 180 peuples, 300 organisations et plus de 430’000 indigènes, demande l’application de pénalités et de sanctions à l’égard du gouvernement brésilien pour ses menaces à l’égard de la vie de l’humanité et de celle des peuples originaires du Brésil et de l’Amazonie.

    L’Articulation des Peuples Indigènes du Brésil - APIB faîtière des peuples et organisations indigènes du pays a, elle aussi, publié une note de protestation. L’Articulation juge répugnant et ridicule le discours prononcé à l’ONU qu’elle estime être adressé par le Président à sa base électorale, forces économiques, politiques et militaires qui le soutiennent en raison d’intérêts pas toujours cachés. Elle estime qu’il a fait preuve de graves lacunes dans sa compréhension de l’histoire, de la réalité socioculturelle et de l’évolution de la législation nationale et internationale de son pays. Elle dénonce les accusations contre le cacique Raoni et les autres leaders qui défendent Mère Nature aux niveaux national et international. Elle qualifie de ridicule l’usage qui a été fait de la lettre des « Agriculteurs indigènes du Brésil » et la présence d’Ysani Kalapalo dans la délégation officielle. « Et nous blâmons M. Bolsonaro pour les conflits qui, alimentés par ses discours publiquement anti-indigènes sont susceptibles d’attenter à nos vies ». L’APIB demande à ses organisations de base et mouvements sociaux alliés « de ne pas se laisser intimider et de ne jamais reculer dans la défense des droits fondamentaux indigènes, principalement le droit à la vie, aux terres et territoires occupés traditionnellement. »

    Le Cacique Raoni était récemment à la Chambre des Députés où il a eu l’occasion de répondre aux attaques du Président : « Bolsonaro a dit que je ne suis pas un leader. C’est lui qui n’est pas un leader et il doit partir avant que quelque chose de très mauvais arrive. […] Mon esprit est tranquille mes pensées sont pour la paix. Ma parole est pour le Bien Vivre. Je ne veux offenser personne. » Raoni a été proposé « Prix Nobel de la Paix 2020 » par la Fondation Darcy Ribeiro de Rio de Janeiro.

                                                                                   ***

    *Document signé par le « Service et Coopération avec le Peuple Yanomami – SECOYA » le partenaire de AYA.

    PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, permettent d'en "savoir plus".

    Cette note sera publiée dans le prochain « AYA Info » No 129, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 13, rue des Bossons - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

  • Les incendies en Amazonie, le Président crée la controverse

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    Au début de ce mois d’août, le Président Bolosnaro avait déjà été mécontent de la forte augmentation du taux de déforestation constaté en Amazonie brésilienne par l’Institut National d’Études Spatiales – INPE : son directeur, Ricardo Galvão, a été démis de ses fonctions.

    Le 19 août, la presse a fait état de la progression du nombre d’incendies qui ravagent le pays, passant d’environ 39'000 de janvier à août 2018 à près de 72'000 pour la même période en 2019, soit une augmentation de 82%. Plus de la moitié de ces feux sont Amazonie. Les médias en ont largement diffusé les images.

    Interrogé à ce sujet, et sans citer de noms, Jair Bolsonaro a émis l’hypothèse, qu’en Amazonie, des ONGs pouvaient être derrière ces incendies pour nuire au gouvernement. Cette assertion a suscité des réactions, notamment de la part des ONGs brésiliennes. Le 21 août plus d’une centaine d’entre elles, dont la Coordination des Organisations Indigènes de l’Amazonie Brésilienne – COIAB et l’Articulation des Peuples Indigènes du Brésil – APIB, ont publié un communiqué dans lequel elles rappellent que « L'augmentation des incendies n'est pas un fait isolé… la déforestation, l’invasion de parcs et des terres indigènes, l’exploitation illégale et prédatrice des ressources naturelles et l’assassinat de dirigeants de communautés traditionnelles, autochtones et écologistes ont également augmenté… L'augmentation de la déforestation et des incendies représente également une augmentation des émissions de gaz à effet de serre du Brésil, empêchant le pays d'atteindre les objectifs de l'Accord de Paris. Alors que le gouvernement justifie l'assouplissement des politiques environnementales comme étant nécessaire pour améliorer l'économie… Le président doit agir de manière responsable et prouver ce qu'il dit au lieu de tirer des conclusions insensées et inconséquentes, en répétant la tentative de criminaliser des organisations, en manipulant l'opinion publique contre le travail accompli par la société civile…. Bolsonaro n'a pas besoin des ONGs pour brûler l'image du Brésil dans le monde entier. »

    Des manifestations sont annoncées cette fin de semaine dans différentes villes du Brésil et à l’étranger. Ce 23 août, une centaine de personnes se sont rassemblées devant le consulat du Brésil à Genève. Le président français, Emmanuel Macron a décidé de mettre ce sujet à l’agenda du sommet du G7 qui doit s’ouvrir ce 24 août à Biarritz…  À suivre !

                                                                                             ***

    PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, permettent d'en "savoir plus".

    Cette note sera publiée dans le prochain « AYA Info » No 128, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 13, rue des Bossons - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2