coica

  • Peuples indigènes : quelques échos de l’actualité en Amazonie

    Imprimer

    Les informations en provenance de l’Amazonie au sujet du Covid-19 sont inquiétantes. De la Guyane à l’Équateur, en passant par le Brésil, les médias font état de situations alarmantes en raison de l’étendue des territoires à protéger, des déficiences des services de santé et/ou de sécurité. Mais aussi de la volonté de certains groupes de poursuivre leur activité illégale, l’orpaillage et la déforestation notamment. Sur ce blog, la note 22 mars 2010 signalait déjà les inquiétudes des organisations, indigènes. Voici quelques informations concernant surtout le Brésil.

                                                                                ***

    Une demande à l’aide.

    Le 31 mars, la Coordination des Organisations Indigènes du Bassin Amazonien – COICA qui regroupe des organisations indigènes des neuf pays amazoniens* a publié une déclaration dans laquelle elle demande que les gouvernements de la région, le Haut-Commissariat pour les droits humains, l’ONU et la coopération internationale prennent des mesures pour éviter que la pandémie ne devienne un génocide pour les peuples indigènes. Le 24 avril, en collaboration avec Amnesty International, elle a renouvelé son appel à l’aide internationale qui n’arrive pas. « Maintenant, plus que jamais, il est urgent que les gouvernements nous protègent si réellement ils veulent protéger les forêts et la santé de toute l’espèce humaine ». […] « Ne nous voyez pas comme des victimes, sachez que nous sommes des alliés-clés pour guérir notre maison commune afin et d’y assurer l'équilibre planétaire ». La COICA annonce son intention de lancer un « Fonds d’urgence amazonien ».

    * Bolivie, Brésil, Colombie, Équateur, Guyana, Guyane, Pérou, Suriname et Venezuela.

                                                                                ***

    Un Yanomami victime du Covid-19

    Le 9 avril, Alvanei Xirixana*, un étudiant Yanomami âgé de 15 ans est décédé du Covid-19 à l’Hôpital Général de Roraima – HGR, un établissement public situé à Boa Vista, la capitale de cet État du nord du Brésil. Alvanei était originaire de la communauté Helepe, un village du nord de la Terre Indigène Yanomami (TI-Y), proche du rio Uraricoera envahi par des milliers d’orpailleurs illégaux. Selon l’agence Amazônia Real, Alvanei avait déjà consulté des services de santé dès le 18 mars. Il avait séjourné dans sa communauté, puis était retourné à l’HGR le 3 avril. Testé négatif au Covid-19 une première fois, avant un deuxième test positif le 7 avril, faisant de lui le premier Yanomami atteint par la pandémie. Alvanei a été enterré dans un cimetière de Boa Vista sans que ses parents en soient informés Ceux-ci auraient souhaité que le corps de leur fils fasse l’objet d’une crémation selon le rituel funéraire traditionnel yanomami. Ce 2 mai, des nouveaux cas confirmés de Yanomami atteints du Covid-19 ont été annoncés.

    *Prononcer « Chirichana »

                                                                               ***

    Des Yanomami vont s’isoler en forêt

    Plus concrètement et dans l’immédiat, les organisations autochtones ont très vite traduit l’alerte dans les différentes langues indigènes en donnant des consignes de confinement dans les communautés et en leur demandant d’interdire l’accès à leurs territoires. Elles recommandent d’annuler toutes les rencontres et regroupements qui pourraient faciliter l’extension de la pandémie. Le Service et Coopération avec le peuple Yanomami – SECOYA* signale que les Yanomami du rio Marauiá ont décidé d’appliquer un rituel appelé « wayumzi », soit de quitter pour deux mois leurs « xapono » (villages) et de s’isoler complétement en forêt avec quelques provisions et leur matériel de chasse. Confinement oblige, la SECOYA a suspendu ses activités de terrain et pratique le télétravail.

    *Le partenaire de AYA

                                                                              ***

    Une victoire contre une mission évangélique.

    Les peuples vivant en état d’isolement volontaire sont particulièrement en danger. La Terre Indigène de la Vallée du Javari, tout à l’ouest de l’Amazonie brésilienne abrite plusieurs de ces groupes. Consciente d’un risque de génocide, l’Union des Peuples Indigènes de la Vallée du Javari – UNIVAJA a demandé à la justice d’empêcher des missionnaires évangéliques de « Mission Nouvelles Tribus du Brésil » d’aller à leur contact. Le 16 avril, un juge de Tabatinga a donné suite à la requête de l’UNIVAJA et leur a interdit tout contact avec l’un ou l’autre de ces groupes. Une victoire dont se réjouit l’organisation indigène.

                                                                               ***

    Le président de la FUNAI s’en prend aux droits territoriaux des indigènes

    Le 22 avril, le président de la Fondation Nationale de l’Indien - FUNAI, Marcelo Augusto Xavier da Silva, a publié une « Instruction Normative (IN No 9/2020)» au Journal Officiel de l’Union qui, de fait, facilite la « régularisation » des invasions illégales opérées, notamment par des « grileiros* », dans les Terres Indigènes - TI dont le processus de démarcation n’est pas arrivé à terme. Il est à rappeler qu’en octobre 1988, lors de l’adoption de la Constitution, un délai de cinq ans avait été donné au gouvernement pour démarquer toutes les TI. Une disposition non-appliquée. Plusieurs centaines de TI sont concernées par cette IN. L’ONG « Indigénistes Associés » qui regroupe des fonctionnaires de la FUNAI a publié une analyse du document au terme de laquelle elle exprime son inquiétude devant ces obstacles à l’application des droits territoriaux : « Si rien n’est fait pour empêcher que la politique indigéniste suive cette voie, le scénario que l’on peut imaginer est le durcissement des conflits fonciers entre indigènes et non-indigènes avec une augmentation prévisible des épisodes violents, y compris des cas de morts. » Le 28 avril, le Ministère Public Fédéral a publié une « Recommandation » signée par 49 Procureurs de 23 États demandant au président de la Funai d’annuler cette IN. L’Articulation des Peuples Indigènes du Brésil – APIB aussi demande l’annulation immédiate de cette « Instruction ». Il en va de même pour le Conseil Indigéniste Missionnaire – CIMI. À suivre…

    *Grileiro : individu qui s’approprie des terres par de faux documents.

                                                                                   ***

    Le 16e Campement Terre Libre s’est déroulé « online »

    La pandémie du Covid-19, a mis l’Articulation des Peuples Indigènes du Brésil – APIB dans l’impossibilité de réunir comme prévu, à Brasilia du 27 au 30 avril, les représentants des peuples indigènes pour un 16e « Campement Terre Libre »*. L’Articulation a organisé la rencontre de manière virtuelle relayée sur trois réseaux sociaux**. Les débats, interventions et rencontres ont pu être suivis en direct. De nombreux thèmes ont été abordés : les actes de résistance dans les différentes régions, le changement climatique, le combat contre les attaques législatives et administratives, les peuples en situation d’isolement volontaire, l’exploitation minière, les actions contre le Covid-19, etc. Un « Document final » a été adopté. Sa conclusion : « À nos peuples et organisation, nous disons : résister toujours avec le savoir que nous avons reçu de nos ancêtres, pour les actuelles et futures générations de nos peuples. Et que la solidarité nationale et internationale s’intensifie dans ce moment de mort, renforcé par la négligence du gouvernement Bolsonaro, et dans le même temps de gestation d’un nouveau temps pour nos peuples, la société brésilienne et l’humanité entière ».

    *Voir sur ce blog, la note du 22 mars 2020. **Sur Facebook : Mídia NINJA, Mídia Índia et APIB

                                                                                ***

    PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, permettent d'en "savoir plus".

    Cette note sera publiée dans le prochain « AYA Info » No 132, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 13, rue des Bossons - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

    Lien permanent Catégories : La lettre d'AYA 0 commentaire
  • Campement indigène "Terre Libre" à Rio+20

    Imprimer

    Acampamento Livre 2012.jpg"La sauvegarde de la planète est dans le savoir ancestral des peuples indigènes" : telle est l'affirmation de l'Articulation des Peuples Indigènes du Brésil - APIB contenue dans son "Appel aux peuples indigènes du Brésil et du monde", publié le 17 avril. Ce texte annonce la tenue de la 8e édition du Campement "Terre Libre" à Rio de Janeiro en juin prochain. C'est une réunion qui regroupe habituellement de nombreux leaders indigènes du Brésil. Cette année, elle aura donc lieu dans la même ville, et aux mêmes dates, que la Conférence des Nations Unies sur le développement durable, plus couramment appelée Rio+20, convoquée, elle, pour les 20, 21 et 22 juin. C'est aussi en même temps que le "Sommet des peuples", la réunion des ONG du monde entier qui veulent influencer les décisions prises par la rencontre onusienne.

    Les organisations indigènes des neuf pays amazoniens ont préparé Rio+20 à Manaus, en août 2011 déjà, lors d'une rencontre consacrée aux changements climatiques. Les participants avaient alors élaboré le "Mandat de Manaus" dont une partie, "Solutions pour la vie et non pour les Marchés", est consacrée à la conférence de Rio.

    Les organisations indigènes veulent notamment : que "l'Economie verte" soit :

    - Un changement profond du modèle de production, de consommation suscitant l'harmonie entre sociétés, cultures et nature.

    - La rénovation du protocole de Kyoto avec des engagements fermes de réduction des émissions de gaz à effets de serre.

    - La consolidation des Territoires des Peuples indigènes.

    - La création d'une Cour Environnementale Internationale.

    - La réorganisation des entités onusiennes traitant de l'environnement. Le tout avec des espaces de participation des représentants indigènes.

    L'APIB souhaite que le Campement et le Sommet des peuples soient des espaces de discussion sur la situation des droits indigènes, mais aussi sur les problèmes qu'affrontent l'humanité et la planète.

    De son côté, les 9 et 10 mai, l'Association Brésilienne des ONG - ABONG a organisé un séminaire à Rio de Janeiro qui a marqué le lancement, au Brésil, d'une campagne internationale voulue par le Groupe d'Articulation international du "Sommet des peuples" pour la justice sociale et environnementale. Cette articulation affirme son opposition à la marchandisation de la vie et de la nature qui sont des biens communs.

    Sur le fond, il y a convergence entre le mouvement indigène et la revendication du Sommet des peuples.

    ***

    Pour en savoir plus,

    En portugais :

    - L'appel de l'APIB : http://blogapib.blogspot.com/2012/04/chamado-aos-povos-indigenas-do-brasil-e.html

    - L'annonce du Campement "Terre Libre" par la Coordination des Organisations Indigènes de l'Amazonie Brésilienne - COIAB : http://coiab.org/site/nota/cupula-dos-povos-o-movimento-indigena-e-a-rio20/

    - Le "Mandat de Manaus" : http://www.coiab.com.br/coiab.php?dest=show&back=index&id=754&tipo=N

    - Le séminaire de l'ABONG : http://www.abong.org.br/informes.php?id=5173&it=5194

    En français :

    - Sur le "Sommet des peuples" (en français) : http://cupuladospovos.org.br/fr/

    - La campagne "Non à l'économie verte" (en français) : http://nogreeneconomy.org/

     

    Une version réduite de cette note a été publiée dans "AYA Info" No 71, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA - 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

     

  • Les peuples indigènes à la COP-17 de Durban

    Imprimer

    Au niveau international, les organisations indigènes sont bien conscientes des enjeux et des menaces que les changements climatiques font peser sur leur existence. Pour l'organisation Survival International, "Les peuples indigènes sont les premiers experts en changement climatique".

    De nombreuses organisations indigènes étaient présentes à la 17e Conférence des parties à la Convention de l'ONU sur les changements climatiques qui a eu lieu à Durban, en Afrique du Sud, du 28 novembre au 9 décembre 2011. Une réunion plus généralement désignée par le sigle COP-17.

    En prévision de cette rencontre, les organisations indigènes des neuf pays du bassin amazonien, groupées au sein de la Coordination des  Organisations Indigènes du Bassin Amazonien - COICA, avaient déjà fixé leur position lors d'une rencontre tenue à Manaus en août dernier*. La COICA recommandait la prudence vis-à-vis du mécanisme onusien de Réduction des Emissions de gaz à effets de serre en raison de la Déforestation et la Dégradation des forêts - REDD +. L'Alliance Globale des Peuples indigènes et Communautés locales a demandé l'instauration d'un moratoire sur ce mécanisme.

    De leur côté, les organisations indigènes du Brésil ont envoyé cinq représentants à Durban. Pendant la conférence, la délégation a tenu à rappeler ses préoccupations en rapport avec la politique indigéniste du gouvernement brésilien :

    1.- Les retards pris pour la démarcation des Terres Indigènes, en particulier celles des Guarani dans l'État du Mato Grosso do Sul; la mauvaise protection contre les envahisseurs, notamment dans la Vallée du Javari ou l'aire indigène Yanomami;  la volonté du Congrès de politiser le processus même de démarcation.

    2.- La construction programmée de nombreux ouvrages hydroélectriques dans la région amazonienne. 3.- La réduction de l'émission des gaz à effet de serre compromise par la réforme du Code forestier en cours de discussion devant le Congrès.

    La délégation a souligné le nécessaire respect des Conventions et Traités internationaux, la nécessité d'un plan de gestion des Terres Indigènes et le soutien aux initiatives des peuples indigènes pour la protection de leur environnement.

     

    ***

    * AYA Info No 63

    Pour en savoir plus (en français),

    - Le rapport de Survival International (2009) : http://www.survivalfrance.org/actu/7911 > Télécharger le rapport

    - L'appel au moratoire publié par Attac International :  http://www.france.attac.org/articles/les-indigenes-contre-le-business-de-la-protection-des-forets

    - L'appel de l'Alliance Globale des Peuples indigènes et Communautés locales (en anglais):

    http://climate-connections.org/2011/12/06/indigenous-peoples-and-allies-call-for-a-moratorium-on-redd/

    - La position de la délégation indigène brésilienne (n portugais) :

    http://blogapib.blogspot.com/2011/12/movimento-indigena-participa-da.html

     

    Cette note a été publiée  dans "AYA Info" No 67, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA - 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2