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  • Peuples indigènes : quelques échos de l’actualité en Amazonie

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    Les informations en provenance de l’Amazonie au sujet du Covid-19 sont inquiétantes. De la Guyane à l’Équateur, en passant par le Brésil, les médias font état de situations alarmantes en raison de l’étendue des territoires à protéger, des déficiences des services de santé et/ou de sécurité. Mais aussi de la volonté de certains groupes de poursuivre leur activité illégale, l’orpaillage et la déforestation notamment. Sur ce blog, la note 22 mars 2010 signalait déjà les inquiétudes des organisations, indigènes. Voici quelques informations concernant surtout le Brésil.

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    Une demande à l’aide.

    Le 31 mars, la Coordination des Organisations Indigènes du Bassin Amazonien – COICA qui regroupe des organisations indigènes des neuf pays amazoniens* a publié une déclaration dans laquelle elle demande que les gouvernements de la région, le Haut-Commissariat pour les droits humains, l’ONU et la coopération internationale prennent des mesures pour éviter que la pandémie ne devienne un génocide pour les peuples indigènes. Le 24 avril, en collaboration avec Amnesty International, elle a renouvelé son appel à l’aide internationale qui n’arrive pas. « Maintenant, plus que jamais, il est urgent que les gouvernements nous protègent si réellement ils veulent protéger les forêts et la santé de toute l’espèce humaine ». […] « Ne nous voyez pas comme des victimes, sachez que nous sommes des alliés-clés pour guérir notre maison commune afin et d’y assurer l'équilibre planétaire ». La COICA annonce son intention de lancer un « Fonds d’urgence amazonien ».

    * Bolivie, Brésil, Colombie, Équateur, Guyana, Guyane, Pérou, Suriname et Venezuela.

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    Un Yanomami victime du Covid-19

    Le 9 avril, Alvanei Xirixana*, un étudiant Yanomami âgé de 15 ans est décédé du Covid-19 à l’Hôpital Général de Roraima – HGR, un établissement public situé à Boa Vista, la capitale de cet État du nord du Brésil. Alvanei était originaire de la communauté Helepe, un village du nord de la Terre Indigène Yanomami (TI-Y), proche du rio Uraricoera envahi par des milliers d’orpailleurs illégaux. Selon l’agence Amazônia Real, Alvanei avait déjà consulté des services de santé dès le 18 mars. Il avait séjourné dans sa communauté, puis était retourné à l’HGR le 3 avril. Testé négatif au Covid-19 une première fois, avant un deuxième test positif le 7 avril, faisant de lui le premier Yanomami atteint par la pandémie. Alvanei a été enterré dans un cimetière de Boa Vista sans que ses parents en soient informés Ceux-ci auraient souhaité que le corps de leur fils fasse l’objet d’une crémation selon le rituel funéraire traditionnel yanomami. Ce 2 mai, des nouveaux cas confirmés de Yanomami atteints du Covid-19 ont été annoncés.

    *Prononcer « Chirichana »

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    Des Yanomami vont s’isoler en forêt

    Plus concrètement et dans l’immédiat, les organisations autochtones ont très vite traduit l’alerte dans les différentes langues indigènes en donnant des consignes de confinement dans les communautés et en leur demandant d’interdire l’accès à leurs territoires. Elles recommandent d’annuler toutes les rencontres et regroupements qui pourraient faciliter l’extension de la pandémie. Le Service et Coopération avec le peuple Yanomami – SECOYA* signale que les Yanomami du rio Marauiá ont décidé d’appliquer un rituel appelé « wayumzi », soit de quitter pour deux mois leurs « xapono » (villages) et de s’isoler complétement en forêt avec quelques provisions et leur matériel de chasse. Confinement oblige, la SECOYA a suspendu ses activités de terrain et pratique le télétravail.

    *Le partenaire de AYA

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    Une victoire contre une mission évangélique.

    Les peuples vivant en état d’isolement volontaire sont particulièrement en danger. La Terre Indigène de la Vallée du Javari, tout à l’ouest de l’Amazonie brésilienne abrite plusieurs de ces groupes. Consciente d’un risque de génocide, l’Union des Peuples Indigènes de la Vallée du Javari – UNIVAJA a demandé à la justice d’empêcher des missionnaires évangéliques de « Mission Nouvelles Tribus du Brésil » d’aller à leur contact. Le 16 avril, un juge de Tabatinga a donné suite à la requête de l’UNIVAJA et leur a interdit tout contact avec l’un ou l’autre de ces groupes. Une victoire dont se réjouit l’organisation indigène.

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    Le président de la FUNAI s’en prend aux droits territoriaux des indigènes

    Le 22 avril, le président de la Fondation Nationale de l’Indien - FUNAI, Marcelo Augusto Xavier da Silva, a publié une « Instruction Normative (IN No 9/2020)» au Journal Officiel de l’Union qui, de fait, facilite la « régularisation » des invasions illégales opérées, notamment par des « grileiros* », dans les Terres Indigènes - TI dont le processus de démarcation n’est pas arrivé à terme. Il est à rappeler qu’en octobre 1988, lors de l’adoption de la Constitution, un délai de cinq ans avait été donné au gouvernement pour démarquer toutes les TI. Une disposition non-appliquée. Plusieurs centaines de TI sont concernées par cette IN. L’ONG « Indigénistes Associés » qui regroupe des fonctionnaires de la FUNAI a publié une analyse du document au terme de laquelle elle exprime son inquiétude devant ces obstacles à l’application des droits territoriaux : « Si rien n’est fait pour empêcher que la politique indigéniste suive cette voie, le scénario que l’on peut imaginer est le durcissement des conflits fonciers entre indigènes et non-indigènes avec une augmentation prévisible des épisodes violents, y compris des cas de morts. » Le 28 avril, le Ministère Public Fédéral a publié une « Recommandation » signée par 49 Procureurs de 23 États demandant au président de la Funai d’annuler cette IN. L’Articulation des Peuples Indigènes du Brésil – APIB aussi demande l’annulation immédiate de cette « Instruction ». Il en va de même pour le Conseil Indigéniste Missionnaire – CIMI. À suivre…

    *Grileiro : individu qui s’approprie des terres par de faux documents.

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    Le 16e Campement Terre Libre s’est déroulé « online »

    La pandémie du Covid-19, a mis l’Articulation des Peuples Indigènes du Brésil – APIB dans l’impossibilité de réunir comme prévu, à Brasilia du 27 au 30 avril, les représentants des peuples indigènes pour un 16e « Campement Terre Libre »*. L’Articulation a organisé la rencontre de manière virtuelle relayée sur trois réseaux sociaux**. Les débats, interventions et rencontres ont pu être suivis en direct. De nombreux thèmes ont été abordés : les actes de résistance dans les différentes régions, le changement climatique, le combat contre les attaques législatives et administratives, les peuples en situation d’isolement volontaire, l’exploitation minière, les actions contre le Covid-19, etc. Un « Document final » a été adopté. Sa conclusion : « À nos peuples et organisation, nous disons : résister toujours avec le savoir que nous avons reçu de nos ancêtres, pour les actuelles et futures générations de nos peuples. Et que la solidarité nationale et internationale s’intensifie dans ce moment de mort, renforcé par la négligence du gouvernement Bolsonaro, et dans le même temps de gestation d’un nouveau temps pour nos peuples, la société brésilienne et l’humanité entière ».

    *Voir sur ce blog, la note du 22 mars 2020. **Sur Facebook : Mídia NINJA, Mídia Índia et APIB

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    PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, permettent d'en "savoir plus".

    Cette note sera publiée dans le prochain « AYA Info » No 132, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 13, rue des Bossons - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

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  • Un ouvrage : L‘Amazonie, histoire, géographie, environnement

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    Brasil, Brésil, Amazonie, Brasilia, Amazônia, François-Michel Le Tourneau, Sophie Barluet, CNRS Editions, Centre National du Livre, Yanomami, Bolivie, Bolivia, Colombie, Colombia, Équateur, Ecuador, Guyana, Guyane française, Pérou, Perú, Surinam, Venezuela, PortugalSorti de presse il y a un an déjà, cet ouvrage consacré à l’Amazonie brésilienne* a vu son auteur, François-Michel Le Tourneau recevoir le prix Sophie Barluet en février 2020.

    Ce Prix, délivré par le Centre National (français) du Livre, est destiné à récompenser l’excellence d’un essai de sciences. Il est décerné par un jury composé de personnalités éminentes du monde intellectuel soucieuses de promouvoir une réflexion de qualité sur les questions de société contemporaine.

    « L’Amazonie » n’existe pas. C’est par cette affirmation que commence l’introduction de l’ouvrage dans laquelle l’auteur donne les motifs qui l’ont incité à rédiger ce livre : « Bien qu’il soit impossible de rendre justice à toutes les facettes de la complexité amazonienne en un seul ouvrage, ce livre souhaite atteindre deux objectifs simultanés. Le premier est de montrer en quoi les contresens ont guidé, et guident encore largement, le développement imposé par l’Europe (et l’occurrence le Portugal) puis par le Brésil devenu indépendant, à la région amazonienne. […] Le second est de proposer une synthèse la plus documentée possible des évolutions de la période précolombienne à nos jours, ainsi qu’un tableau des enjeux contemporains… […] J’espère que les lecteurs pourront trouver dans ces pages une information utile, non seulement de par les textes et les illustrations, mais également en poursuivant vers les thèmes qui les intéressent grâce aux nombreuses références bibliographiques. J’espère également que cet ouvrage et les concepts de contresens ou de malentendus amazoniens pourront aider à changer l’aspect exogène qui se trouve au cœur de la plupart des politiques appliquées à l’Amazonie, pour ouvrir la voie à des politiques définies de manière endogène et prenant en compte la connaissance que de nombreux segments de la population amazonienne continuent à avoir de leur environnement. Bien sûr, ce basculement ne devrait pas se produire uniquement dans cette région… »

    Dans la première partie, l’auteur fait une description de l’Amazonie et de son état avant l’arrivée des Européens. La deuxième partie traite de la période qui va de 1500 à 1950. La troisième est intitulée « Victime du « Développement » ? ». La quatrième et dernière partie aborde les enjeux contemporains. La conclusion de l’ouvrage est une interrogation : « Développer l’Amazonie ? Leçons et contresens ».

    Ce livre, pour reprendre la 4e de couverture, est « une lecture essentielle à l’heure où les annonces du gouvernement Bolsonaro viennent réveiller les inquiétudes. »

    Il serait intéressant d’avoir l’avis des organisations indigènes sur cet ouvrage, en particulier de celles qui ont élaboré un Plan de Gestion Territorial et Environnemental – PGTA comme celui des Yanomami présenté dans ce blog le 3 septembre 2019.

    Actuellement ces organisations se mobilisent pour protéger les communautés du Covid-19. On déplore déjà plusieurs décès parmi les autochtones dont un Yanomami de 15 ans.

                                                                             ***

    Références :  L‘Amazonie, histoire, géographie, environnement / François-Michel Le Tourneau / CNRS éditions / 15 rue Malbranche 75005 Paris / ISBN  978-2-271-11598-0 / 528 pages, 149 figures et 17 tableaux / 4 parties / 9 chapitres et une bibliographie (28 pages).

    Rappel : En 2010, François-Michel Le Tourneau a publié « Les Yanomami du Brésil – Géographie d’un territoire amérindien », Voir sur ce blog, la note du 11 février 2011.

                                                                              ***

    *L’Amazonie brésilienne représente 63% de ce territoire qui s’étend sur huit autres pays : la Bolivie 6%, la Colombie 7%, l’Équateur 1,5%, la Guyana 3%, la Guyane française 1,5%, le Pérou 10%, le Suriname 2% et le Venezuela 6%.

    Illustration : 1ère de couverture de l’ouvrage. Cliquer sur la vignette pour en agrandir la taille.

    PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, permettent d'en "savoir plus".

    Cette note sera publiée dans le prochain « AYA Info » No 132, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 13, rue des Bossons - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

     

  • François : Chère Amazonie

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    « Chère Amazonie ». C’est le titre donné par le pape François à l’« Exhortation apostolique post-synodale » publiée le 12 février dernier au Vatican. Un document qui est une réflexion sur le travail réalisé lors du synode des évêques des neuf pays amazoniens* réunis à Rome du 6 au 27 octobre 2019**. Une réunion au terme de laquelle a été adopté un texte « Amazonie : nouveaux chemins pour l’Église et pour une écologie intégrale » que François ne reprend pas, mais invite à lire dans son intégralité. Il adresse son message « Au peuple de Dieu et à toutes les personnes de bonne volonté ».

    Les cent onze paragraphes*** du texte sont répartis en quatre chapitres : un rêve social, un rêve culturel, un rêve écologique et un rêve ecclésial. Dans chacun d’eux, outre ses réflexions personnelles, François cite des passages de différents documents et auteurs comme c’est le cas dans de nombreux documents pontificaux. Il termine ainsi son introduction :  

    (§7) « Je rêve d’une Amazonie qui lutte pour les droits des plus pauvres, des peuples autochtones, des derniers, où leur voix soit écoutée et leur dignité soit promue.

    Je rêve d’une Amazonie qui préserve cette richesse culturelle qui la distingue, où la beauté humaine brille de diverses manières.

    Je rêve d’une Amazonie qui préserve jalousement l’irrésistible beauté naturelle qui la décore, la vie débordante qui remplit ses fleuves et ses forêts.

    Je rêve de communautés chrétiennes capables de se donner et de s’incarner en Amazonie, au point de donner à l’Église de nouveaux visages aux traits amazoniens ».

    Ci-dessous, quelques extraits de cette exhortation.

    Un rêve social

    (§8) Notre rêve est celui d’une Amazonie qui intègre et promeuve tous ses habitants pour qu’ils puissent renforcer un « bien-vivre ». […] Parce que même, si l’Amazonie se trouve devant un désastre écologique, il convient de souligner qu’« une vraie approche écologique se transforme toujours en approche sociale qui doit intégrer la justice dans les discussions sur l’environnement, pour écouter tant la clameur de la terre que la clameur des pauvres » . Un conservatisme « qui se préoccupe du biome mais qui ignore les peuples amazoniens » est inutile ».

    Et d’aborder ce qu’il considère comme injuste et criminel : (§12) […] de nombreux drames ont été mis en relation avec une fausse « mystique amazonienne ». Il est connu que, depuis les dernières décennies du siècle passé, l’Amazonie a été présentée comme un vide énorme dont il fallait s’occuper, comme une richesse brute à exploiter, comme une immensité sauvage à domestiquer. Tout cela avec un regard qui ne reconnaissait pas les droits des peuples autochtones, ou simplement les ignorait comme s’ils n’existaient pas, ou comme si ces terres qu’ils habitent ne leur appartenaient pas. Même dans les programmes éducatifs des enfants et des jeunes les indigènes ont été vus comme des intrus ou des usurpateurs. Leurs vies, leurs inquiétudes, leurs manières de lutter et de survivre n’importaient pas, et on les considérait plus comme un obstacle dont il fallait se débarrasser que comme des êtres humains ayant la même dignité que tout un chacun, et avec des droits acquis.

    (§14) Il faut donner aux entreprises, nationales ou internationales, qui détruisent l’Amazonie et ne respectent pas le droit des peuples autochtones au territoire avec ses frontières, à l’autodétermination et au consentement préalable, les noms qui leur correspondent : injustice et crime. Quand certaines entreprises, assoiffées de gain facile, s’approprient des terrains et vont jusqu’à privatiser même l’eau potable, ou bien quand les autorités donnent libre cours aux industries du bois, aux projets miniers et pétroliers, et à d’autres activités qui dévastent la forêt et polluent l’environnement, les relations économiques se transforment abusivement et deviennent un instrument qui tue…

    Plusieurs paragraphes de ce chapitre traitent encore de la nécessaire indignation et du devoir de demander pardon, du besoin de sens communautaire, de la dégradation des institutions et de l’importance du dialogue social.

    Un rêve culturel

    Pour François, (§28) « La question est de promouvoir l’Amazonie. C’est pourquoi il ne s’agit pas de la coloniser culturellement mais plutôt de faire en sorte qu’elle tire le meilleur d’elle-même. Voilà le sens de la meilleure œuvre éducative : cultiver sans déraciner, aider à croître sans affaiblir l’identité, promouvoir sans envahir. De même qu’il y a des potentialités dans la nature qui peuvent se perdre pour toujours, la même chose peut arriver avec les cultures qui portent un message non encore écouté, cultures plus que jamais menacées aujourd’hui ». François évoque la nécessaire conservation de ce qu’il appelle le polyèdre amazonien, soit la diversité culturelle des peuples amazoniens – y compris celle des groupes vivant en isolement volontaire - dont les racines sont est à préserver. Il plaide pour une rencontre interculturelle entre les cultures amazoniennes et les cultures urbaines de l’Occident. Il lance un avertissement : (§40) « Si les cultures ancestrales des peuples autochtones sont nées et se développent en étroite relation avec l’environnement naturel, elles peuvent difficilement rester intactes quand cet environnement se détériore ».

    Un rêve écologique

    (§ 41) « Dans une réalité culturelle comme l’Amazonie où existe une relation si étroite entre l’homme et la nature, l’existence quotidienne est toujours cosmique ». François commence par rappeler l’un des fondements de la foi chrétienne, à savoir un Dieu créateur de l’Univers. Il cite son prédécesseur Benoît XVI : « En plus de l’écologie de la nature, il y a donc une écologie que nous pourrions appeler « humaine », qui requiert parfois une « écologie sociale ». Et cela implique pour l’humanité […] d’avoir toujours plus présent à l’esprit les liens qui existent entre l’écologie naturelle, à savoir le respect de la nature et l’écologie humaine ». Cette insistance sur le fait que « tout est lié » vaut spécialement pour un territoire comme l’Amazonie. Il poursuit : (§ 42) « La protection des personnes et celle des écosystèmes sont inséparables… ». Ce rêve fait d’eau. François consacre plusieurs paragraphes à l’importance de l’eau et du fleuve Amazone : (§ 43) « L’eau est la reine en Amazonie. Les rivières et les ruisseaux sont comme des veines, elle est déterminante pour toute forme de vie… (§ 49) « L’eau, abondante en Amazonie est un bien essentiel pour la survie humaine, mais les sources de pollution sont toujours plus grandes ». Il rappelle (§ 48), sous le titre « Le cri de l’Amazonie », comment l’équilibre planétaire dépend aussi de la santé de l’Amazonie.  « Le cri de l’Amazonie parvient à tous car « la conquête et l’exploitation des ressources […] menacent aujourd’hui la capacité même d’accueil : l’environnement comme « ressource » met en danger l’environnement comme « maison ». L’intérêt d’un petit nombre d’entreprises puissantes ne devrait pas être mis au-dessus du bien de l’Amazonie et de l’humanité entière. » 

    Un rêve ecclésial

    Ce rêve, François désire le partager plus directement avec les pasteurs et les fidèles catholiques. Il y consacre la plus grande partie de son « Exhortation ». (§ 62) « Face à tant de besoins et d’angoisses qui crient du cœur de l’Amazonie, nous pouvons répondre par des organisations sociales, des ressources techniques, des espaces de discussion, des programmes politiques, et tout cela peut faire partie de la solution. Mais nous ne renonçons pas, en tant que chrétiens, à la proposition de la foi que nous recevons de l’Évangile… » Il insiste sur divers aspects d’une nécessaire inculturation**** : inculturation sociale et spirituelle. Inculturation de la liturgie et de la manière dont s’exerce le ministère. Il termine ce chapitre en parlant de la force et du don des femmes, de la cohabitation œcuménique et interreligieuse.

    Ce document du pape était attendu à propos de l’accès des femmes au diaconat et, surtout, sa décision au sujet de l’ordination d’hommes mariés dans cette partie du monde. Á propos des femmes, il s’en tient à un souhait : (§ 103) « Dans une Église synodale, les femmes qui jouent un rôle central dans les communautés amazoniennes devraient pouvoir accéder à des fonctions, y compris des services ecclésiaux qui ne requièrent pas l’Ordre sacré… ». Il passe sous silence l’accès d’hommes mariés à la prêtrise. Une demande que l’on retrouve dans le document final du synode, acceptée par 75% des 169 participants. Un sujet qui divise profondément l’Église romaine. Le courant conservateur hostile à cette ouverture semble indifférent au poids grandissant des Évangélistes en Amazonie… Á la publication de l’Exhortation, de nombreux médias ont surtout souligné cette « absence » tendant par là à faire oublier les autres chapitres du texte.

    Cependant, ce synode commence à développer des effets positifs. Ainsi, en Amazonie même, l’Église de Guyane a tenu un synode du 23 au 26 février au terme duquel ont été adoptées vingt-quatre « Propositions pour le temps qui vient ». Par exemple, sous le titre « Rêve social » : « Nous ferons en sorte de demander pardon, dans une célébration solennelle pour la complicité vécue avec la colonisation, la traite des noirs et autres crimes du passé. Nous soutenons la demande des peuples de la forêt pour la ratification de la Convention 169 de l’OIT sur les droits des peuples autochtones et la reconnaissance de zones de propriété collectives en application des accords de 2017 ».

    Qu’en sera-t-il dans les autres parties du monde ?

                                                                        ***

    *Brésil, Bolivie, Colombie, Équateur, Guyana, Guyane française, Pérou, Suriname et Venezuela.

    ** Voir sur ce blog, la note du 6 octobre 2019

    *** Entre parenthèses (§xx) le numéro des paragraphes particulièrement concernés.

    ****Inculturation : pour résumer, il s’agit de prendre en compte la spécificité des cultures locales au lieu d’imposer le modèle ecclésial des communautés « européennes ».

    Documentation utile :

    Encyclique Laudato Si’, cliquer > ICI  / Synode : Document préparatoire, cliquer > ICI , Document final, cliquer > ICI , Vote, cliquer > ICI , Exhortation apostolique post-synodale, cliquer > ICI , La présentation de l’Exhortation par la chaîne KTO sur Youtube, cliquer > ICI

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    Cette note sera publiée dans le prochain « AYA Info » No 132, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 13, rue des Bossons - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

  • Amazonie : Nouveaux Chemins pour l’Église et pour une Écologie intégrale

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    C’est l’intitulé de l’assemblée spéciale du synode des Évêques d’Amazonie convoqué au Vatican par le pape François. Une réunion commencée ce 6 octobre et qui se poursuivra jusqu’au 27 de ce même mois. Y participent les évêques et autres invités venant des neuf pays amazoniens*.

    Le nombre de sujets, l’importance des enjeux (qui débordent largement le seul territoire amazonien) sont tels que ce synode a fait l’objet de nombreuses consultations préalables et d’une intense préparation au terme de laquelle un document préparatoire a été publié dès la mi-juin 2019.

    Celui-ci comporte trois parties : 1.- La voix de l’Amazonie. 2.- Écologie intégrale : la clameur de la terre et des pauvres. 3.- Église prophétique en Amazonie : défis et espérances. À titre d’exemple dans la première partie, plusieurs paragraphes abordent les menaces qui pèsent sur la vie en Amazonie : «D’après ce qui ressort des multiples consultations effectuées dans de nombreuses régions amazoniennes, les communautés considèrent que la vie en Amazonie est surtout menacée par : a) la criminalisation et les assassinats de dirigeants et de défenseurs du territoire ; b) l’appropriation et la privatisation des biens naturels comme l’eau ; c) les concessions forestières légales et l’entrée d’exploitants illégaux, d) la chasse et la pêche prédatrices, principalement dans les fleuves ; e) les mégaprojets : hydroélectriques, concessions forestières pour la production de monocultures, la construction de routes, de voies ferrées, le développement de projets miniers et pétroliers ; f) la contamination provoquée par toute l’industrie extractive qui entraîne des problèmes et des maladies surtout chez les enfants et les jeunes ; g) le trafic de drogue ; h)les problèmes sociaux liés à ces dangers, comme l’alcoolisme, la violence envers les femmes, le travail sexuel, le trafic de personnes, la perte de leur culture d’origine et de leur identité (langue, pratiques spirituelles et coutumes, et toutes les conditions de pauvreté auxquelles sont condamnés les peuples d’Amazonie. »

    Les parties 2 et 3 comportent des suggestions. Ainsi, dans la deuxième partie - Écologie intégrale… -  cet extrait : « Le défi qui se présente est un grand défi : comment remettre en état le territoire amazonien, le sauver de la dégradation néocolonialiste et le restaurer sur des bases d’un bien-être sain et authentique ? Nous devons aux communautés aborigènes d’avoir sauvegardé et cultivé l’Amazonie depuis des milliers d’années. Dans leur sagesse ancestrale, elles ont perpétué la conviction que toute la création est liée, ce qui mérite notre respect et engage notre responsabilité. La culture de l’Amazonie, qui intègre les êtres humains à la nature, constitue la référence pour construire un nouveau paradigme de l’écologie intégrale. L’Église devrait intégrer dans sa mission la sauvegarde de la Maison commune : a) en proposant des lignes d’action institutionnelles qui favorisent l’environnement. b) En concevant des programmes de formation formels et informels pour la sauvegarde de la maison commune pour ses agents pastoraux et ses fidèles, ouverts à toute la communauté en vue d’ « un effort de conscientisation de la population sur la base des chap. V et VI de l’encyclique Laudato Si’. c) en dénonçant la violation des droits humains et la destruction extractiviste. »

    Dans la troisième partie - Église prophétique en Amazonie : défis et espérance - une des suggestions est particulièrement audacieuse : 2. « Tout en affirmant que le célibat est un don pour l’Église, on se pose la question de savoir si, pour les zones les plus reculées de la région, il ne serait pas possible de procéder à l’ordination de personnes aînées, préférablement autochtones, respectées et acceptées par leur communauté, dans le but de garantir la possibilité d’offrir les Sacrements qui accompagnent et soutiennent la vie chrétienne. ». En plus clair, il s’agit de la possibilité d’ordonner des femmes.

    Le déroulement des travaux est prévu en trois phases. Pour commencer, chaque membre du synode présente aux autres la situation particulière de son Église. Ensuite, à la lumière de ces présentations, le rapporteur général du synode établit un certain nombre de suggestions et questions à débattre. Dans les derniers jours, les membres du synode sont appelés à voter sur des propositions concrètes. Au terme de l’assemblée, un rapport final sera rédigé et soumis au Pape. Il appartiendra à François de décider quels seront les « Nouveaux chemins » !

    À diverses reprises, la presse brésilienne a fait état des « préoccupations » du gouvernement à l’égard de ce synode, mais une note récente de la Conférence Nationale des Évêques du Brésil - CNBB annonce que les divergences sont résolues entre Brasilia et l’organisation du synode.

                                                                           ***

    *Bolivie, Brésil, Colombie, Équateur, Guyana, Guyane française, Pérou, Suriname et Venezuela.

    PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, permettent d'en "savoir plus".

    Cette note sera publiée dans le prochain « AYA Info » No 129, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 13, rue des Bossons - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

  • Convention de Minamata : le mercure moins insaisissable ?

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    Brasil, Brésil, Amazonie, Bolivie, Brésil, Colombie, Equateur, France, Guyane, Guyana, Pérou, Suriname, Venezuela, Amérique u Sud, Suisse, Genève, Convention de Minamata, Mercure, vif-argent, Office fédéral de l'environnement, OFEV, Conseil fédéral, Programme des Nations Unies pour l'Environnement, PNUE, OMS, Lisa Mazzone, Conseil National, Doris Leuthard, Zero Mercury, FecohrsaSignée par 128 pays en 2013 et ratifiée par 83 pays et parties, la Convention de Minamata sur le mercure est entrée en vigueur le 16 août dernier*. Les gouvernements qui ont ratifié la Convention – la Suisse en mai 2016 - sont tenus de prendre une série de mesures pour protéger la santé humaine et l'environnement en traitant le mercure tout au long de son cycle de vie. Celles-ci incluent l'interdiction de nouvelles mines de mercure, l'élimination progressive de celles existantes et la réglementation de l'utilisation du mercure dans les mines d'or artisanales et à petite échelle**, les processus de fabrication et la production d'objets de tous les jours tels que les cosmétiques, les ampoules, les batteries et les garnitures dentaires.

    Pour l'OMS, le mercure est l'un des dix produits chimiques les plus dangereux qui mettent en danger la santé et l'environnement. L'exposition au mercure peut avoir des effets toxiques sur les systèmes nerveux, digestif et immunitaire, et sur les poumons, les reins, la peau et les yeux, en particulier chez les enfants à naître et les nourrissons.

    La première Conférence des Parties à cette Convention s'est tenue à Genève du 28 au 30 septembre. Les représentants des 150 États réunis à cette occasion ont décidé de baser le Secrétariat de la Convention dans cette ville qui abrite déjà de nombreuses organisations internationales.

    Souvent dans ce blog, il a été question de l'usage du mercure dans la pratique de l'orpaillage illégal en Amazonie que cela soit en Guyane, au Brésil ou au Pérou. Si la majorité des neuf pays du bassin amazonien*** sont Parties à la Convention, il faut relever que la Colombie et le Venezuela l'ont signée, mais pas ratifiée. Le Suriname ne l'a ni signée, ni ratifiée.

    Dans un rapport publié cette année, le Programme des Nations Unies pour l'Environnement – UNEP a dressé un état des lieux relatif à la production et au commerce du mercure dans le monde, notamment la situation en 2015. Dans ce rapport, il est dit qu'en 2015, près de 37% du mercure mis sur le marché mondial - 1'740 t sur 4'720 t, dont 680 t pour l'Amérique du Sud - est utilisé pour l'exploitation de l'or à petite échelle dont la totalité est dispersée dans l'environnement.

    On y voit aussi que la Suisse est active sur ce marché. En effet, selon la statistique de l'Administration fédérale des douanes, de 2010 à 2016, elle en a exporté 577 tonnes pour un montant de 10,2 millions de CHF. Pour les neuf premiers mois de 2017, elle en a exporté 16'649 kg pour un montant de 623'427 CHF. Des chiffres en baisse par rapport à la même période de 2016 (25'736 kg pour 1'203'280 CHF). Le mercure exporté par la Suisse est issu de l'importation et du recyclage de déchets.

    Le 25 octobre dernier, le Conseil Fédéral**** a adopté la modification de plusieurs Ordonnances en vue d'adapter la législation helvétique aux dispositions de la Convention. Elles entreront en vigueur le 1er janvier 2018. Une législation qui prévoit bien des interdictions, mais aussi des exceptions et des dérogations.

    Membre du Conseil National, la Genevoise Lisa Mazzone a déjà interpellé le Conseil Fédéral sur la manière dont il entend appliquer la nouvelle Convention en regard du commerce de l'or pratiqué par la Suisse. Elle a exprimé sa volonté de déposer une Motion selon la réponse qui lui sera donnée.

    Le 23 octobre, une cinquantaine de personnalités d'une trentaine de pays, regroupées au sein de "Zero Mercury" ont adressé une lettre à Doris Leuthard, la présidente de la Confédération et aux responsables de l'Office Fédéral de l'Environnement. Les signataires félicitent la Suisse d'avoir accueilli la première Conférence des Parties à la Convention. Mais ils expriment leur préoccupation en raison de ces exceptions et dérogations : "Au moins une partie du mercure exporté par la Suisse finira par se retrouver dans les pays en développement qui ne disposent pas d'infrastructure pour la gestion des déchets, d'allocations budgétaires ou d'installations de stockage pour traiter le mercure. En conséquence ce mercure est susceptible de continuer à polluer notre environnement… Nous sollicitons la reconsidération de la mise en œuvre d'une interdiction partielle des exportations".

    Le mercure est un métal liquide à température ambiante. Que l'on se rappelle la difficulté de saisir le mercure échappé de la colonne cassée d'un vieux baromètre. Le mercure fuit la prise, il se dérobe en se divisant… Il est parfois appelé "vif-argent". Sa nature est-elle symbolique ? Autre symbole : dans la mythologie romaine, Mercure est le dieu du commerce qui semble avoir encore de nombreux fidèles adorateurs en ce début du troisième millénaire. Parmi eux, les organisateurs des filières qui fournissent en mercure les orpailleurs illégaux qui polluent de nombreux sites et cours d'eau et empoisonnent les populations locales.

    La mise en vigueur de la convention est un progrès, mais il tarde que le commerce et les émissions de mercure soient complètement sous contrôle !

                                                                          ***

    * Voir dans ce blog, les notes des 15 février et 29 novembre 2013.

    ** Sujet abordé dans l'Article 7 et l'Annexe C de la Convention.

    *** Les pays amazoniens : Bolivie, Brésil, Colombie, Equateur, France (pour la Guyane), Guyana, Pérou, Suriname et Venezuela.

    **** Voir : https://www.bafu.admin.ch/bafu/fr/home/documentation/communique/anzeige-nsb-unter-medienmitteilungen.msg-id-68510.html

    Photo : © Fecohrsa (Pérou) - Fédération des Communautés Huambistes (Wampis) du Rio Santiago. Un site d'orpaillage illégal sur le rio Santiago en Amazonie péruvienne. Cliquer sur la vignette pour agrandir l'image.

    PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, permettent d'en "savoir plus".

    Cette note est une mise à jour de celle publiée dans le dernier "AYA Info" No 119, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 13, rue des Bossons - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

  • Les langues indigènes sont menacées de disparition

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    Brasil, Brésil, Amazônia, Amazonie, Amazonas, Autochtones, indigènes, povos indígenas, línguas indígenas, José Carlos Levino, Museu do Indio, Rio de Janeiro, José Ribamar Bessa Freire, Universidade federal do Rio de Janeiro, URFJ, Bonfim, Estado de Roraima, Macuxi, Wapichana, Serra da Lua, Insikiran, OPIRR, UFRR, São Gabriel da Cachoeira, Nheengatu, Tukano, Baniwa, Tacuru, Guarani, talian, Rio Grande do Sul, Santa Catarina, Asurini, Tocantins, Pará, Espírito Santo, Argentinne, Paraguay, Bolivie, INDL, IPHAN, Foz d'Iguaçu, CEEI, SEDUC, Depp, Secoya, Terre des Hommes Suisse, Terre des Hommes Luxembourg, rio Tacutu, Guyana, Boa Vista,Convention 169, OITAu Brésil, les langues indigènes sont en danger. Selon José Carlos Levino , le directeur du Musée de l'Indien de Rio de Janeiro, dans les 15 ans à venir, le pays court le risque de perdre jusqu'à 60 langues indigènes sur les 150 à 200 parlées actuellement. À l'occasion de la rencontre de Foz d'Iguaçu dont il est question ci-dessous, José Ribamar Bessa Freire, professeur à l'Université fédérale de l'État de Rio de Janeiro, a publié un article dans lequel il rappelle qu'en cinq siècles, soit depuis le début de la colonisation, plus de 1'100 langues indigènes ont disparu de la carte du Brésil… Des initiatives sont prises pour tenter de limiter la perte culturelle que constitue la mort de ces langues. En voici quelques exemples.

    Le 2 décembre 2014, le Conseil municipal de Bonfim * (dans l'État de Roraima) a approuvé une loi municipale (No 21/2014) qui reconnaît les langues Macuxi et Wapichana comme langues co-officielles de la municipalité au même titre que le portugais. La proposition de loi avait été discutée entre leaders et professeurs de langues indigènes de la région de Serra da Lua depuis 2012. Elle a été présentée au Conseil municipal en février 2013 par les élèves de l'Institut Insikiran et des représentants de l'Organisation des Professeurs Indigènes de Roraima – OPIRR. Tous les conseillers ont appuyé le projet. Le processus a été suivi par les membres de cet Institut de formation supérieure indigène rattaché à l'Université Fédérale de Roraima - UFRR. Celui-ci développe un programme de revitalisation et de valorisation des langues Wapichana et Macuxi. La municipalité a maintenant cinq ans pour mettre en œuvre la loi, engager des traducteurs et interprètes indigènes pour traduire des documents, les panneaux de signalisation et financer la publication de livres pour l'enseignement.

    Dans l'État d'Amazonas, en 2002 déjà, la municipalité de São Gabriel da Cachoeira a officialisé trois langues indigènes indigènes : le Nheengatu, le Tukano et Baniwa. En 2010, dans le Mato Grosso do Sul, la municipalité de Tacuru a reconnu le Guarani comme seconde langue officielle.

    En septembre 2014, trois langues ont reçu le titre de "Référence culturelle brésilienne": le Talian parlé par les descendants d'émigrés italiens dans le sud du Brésil, surtout dans les États du Rio Grande do Sul et de Santa Catarina; l'Asurini do Trocará ou Asurini du Tocantins, langue parlée par le peuple indigène Asurini qui vit sur les rives du rio Tocantins, dans la municipalité de Tucuruí (État du Pará) et le Guarani Mbya qui est une des trois variétés de la langue Guarani. Ce Guarani est parlé dans une bande du littoral qui va de l'État de l'Espírito Santo au Rio Grande do Sul, et au-delà de la frontière, en Argentine, au Paraguay et en Bolivie. Ces langues sont les premières à être inscrites à l'Inventaire National de la Diversité Linguistique - INDL par l'Institut du Patrimoine Historique et Artistique National – IPHAN. Cet "Inventaire" a été  créé par décret présidentiel (No 7.387) du 10 décembre 2010. La cérémonie officielle de certification a eu lieu lors du Séminaire Ibéro-Américain de Linguistique qui s'est tenu à Foz d'Iguaçu en novembre 2014.

    La reconnaissance officielle des langues indigènes est capitale pour leur sauvegarde. L'enseignement de ces langues, notamment dans les écoles indigènes du pays est un instrument essentiel pour leur préservation. Cela suppose la mise en œuvre de politiques publiques en faveur du développement et de la consolidation de l'éducation scolaire indigène différenciée bilingue. Une différenciation prenant en compte, notamment, la culture, l'organisation sociale, l'histoire, la philosophie, les croyances, les connaissances traditionnelles de chaque peuple dont la langue est porteuse. Quand cela n'a pas été fait, la consolidation demande le passage de la langue orale à la langue écrite. C'est un travail conséquent, généralement réalisé avec le concours de linguistes. La participation des représentants des peuples concernés est indispensable.

    Dans l'État d'Amazonas, le Conseil de l'Éducation Scolaire Indigène – CEEI rattaché au Secrétariat de l'Éducation – SEDUC travaille dans ce sens. En août 2014, sous l'égide du Département de politiques et programmes éducationnels - Deppe , il a publié un "Modèle de référence" pour les écoles de l'enseignement fondamental et moyen. Notre partenaire, le Service de Coopération avec le peuple Yanomami – SECOYA a participé à la démarche du CEEI. Au sein de son secteur "éducation", la SECOYA a développé un programme de formation de professeurs indigènes Yanomami soutenu par Terre des Hommes Suisse** et Luxembourg.

    Ces diverses initiatives seront-elles suffisantes pour enrayer la constante disparition des langues indigènes ? Sont-elles suffisantes en regard de l'application de l'article 28 de la Convention 169 de l'Organisation Internationale du Travail – OIT qui prévoit que "Des dispositions doivent être prises pour sauvegarder les langues indigènes des peuples intéressés et en promouvoir le développement et la pratique" ? Cette Convention a force de loi au Brésil.

    ***

    Illustration : Cliquer sur la vignette pour agrandir l'image. Il s'agit de la première page du bulletin bilingue "Wanowano" (No 32 mars 2014) édité par des Yanomami de l'État d'Amazonas. La colonne de gauche est en portugais et celle de droite est en langue yanomami. À remarquer les trémas et les i barrés. "Wano wano", ce sont les nouvelles qui se transmettent – souvent oralement - de villages en villages.

    * La municipalité de Bonfim, d'une superficie de 8'000 km2, compte environ 11'600 habitants dont 44 % sont des indigènes. Elle est située au nord est de l'État de Roraima à la frontière avec la Guyana dont elle est séparée par le Rio Tacutu. La localité de Bonfim est à 125 km de Boa Vista, la capitale de l'État.

    ** Voir sur ce blog, les notes des 24 février 2014, 20 septembre 2013 et 10 août 2012

    PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

    - Cette note sera publiée dans  le prochain "AYA Info" No 100, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2