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  • Amazonie : Complicité dans la destruction, deux banques suisses sont citées

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    Brasil, Brésil, Amazonie, Amazônia brasileira, Articulation des Peuples Indigènes du Brésil, Articulação dos Povos Indígenas do Brasil, APIB, Amazon Watch, Cumplicidade, Destruição, complicité, destruction, Corporações, globales, globais, direitos, France, Japon, Angleterre, Espagne, Chine, Canada, Hollande, Norvège, Allemagne, Australie, Suisse, Zurich, Crédit Suisse, CS, Union de banques suisses, UBS, Vale, Saint-Prex, Genève, Minas Gerais, Fundão, Mariana, 5 novembre 2015, 5 de novembro de 2015, rio Ferro-Carvão, Brumadinho, Xikrin, rio Cateté, rio Itacaiúnas, MPF, Ministério Público FederalLe 27 octobre, l’Articulation des Peuples Indigènes du Brésil – APIB en partenariat avec l’ONG Amazon Watch, a publié une nouvelle édition du rapport « Complicité dans la destruction III ». En sous-titre : « Comment des corporations mondiales contribuent aux violations des droits des peuples indigènes en Amazonie brésilienne ». Le document montre comment les grandes banques internationales apportent leur appui à d’importantes entreprises brésiliennes, exportatrices de matières premières des secteurs minier et agricole, mais aussi productrices d’énergie. Activités déployées au détriment des droits territoriaux des peuples indigènes.

    Le rapport souligne la part prépondérante prise par six grandes corporations financières nord-américaines ayant investi plus de 18 milliards de US$ (18'162,9) entre 2017 et 2020. Dans une moindre part, des banques et fonds d’investissement de France, du Japon, d’Angleterre, d’Espagne, de Chine, du Canada, de Hollande, de Norvège, d’Allemagne, d’Australie ont également été identifiés.

    Les deux grandes banques helvétiques, le Crédit Suisse – CS et l’Union de banques suisses – UBS figurent dans la liste des trente-cinq investisseurs les plus souvent cités. Elles sont en lien avec huit entreprises. La première pour un total de 934,6 Mios de US$ et la deuxième à hauteur de 535,7 Mios de US$.

    Les deux sont présentes dans la multinationale Vale dont le siège international est à Saint-Prex, à quelques kilomètres de Genève. Le CS et l’UBS y ont investi respectivement 139,1 et 189,1 Mios de US$. Le nom de Vale est lié à deux désastres écologiques survenus dans l’État du Minas Gerais : la rupture d’un barrage de rejets miniers, le 5 novembre 2015, dans la commune de Mariana et celle d’un autre barrage, sur le rio Ferro-Carvão à Brumadinho, le 25 janvier 2019. Catastrophes qui se sont soldées par de nombreux morts et disparus et des dégâts environnementaux considérables.

    Moins connus sont les rapports conflictuels que Vale a depuis plusieurs années avec le peuple Xikrin* de la Terre Indigène Xikrin do Cateté dans l’État du Pará. En cause, les rejets de sites miniers qui polluent de métaux lourds les rios Cateté et Itacaiúnas, essentiels à l’existence des villages indigènes. Le 10 novembre dernier, le Ministère Public Fédéral est intervenu pour faire cesser la pollution.

    Le rapport publié par l’APIB et Amazon Watch fait dix-huit recommandations adressées aux entreprises qui agissent au Brésil, aux importateurs de produits brésiliens, aux législateurs et gouvernements du monde entier et aux institutions financières. Par exemple, à ces dernières, elles demandent d’« Exclure de leur portefeuille les entreprises qui violent systématiquement les droits humains, sociaux et environnementaux et celles qui refusent de mettre en œuvre des politiques de « zéro déforestation » et de respect des droits des indigènes. » 

    Il s’agit pour tous ces acteurs de prendre des mesures susceptibles de respecter les droits des peuples indigènes de l’Amazonie brésilienne et par là conserver un biome indispensable à l’humanité toute entière. L’appel des peuples indigènes seront-ils entendus à Zurich ?

                                                                               ***

    *Prononcer « Chikrine ». L’hebdomadaire « Écho magazine » a consacré sept pages à ce peuple dans sa récente édition du 12 novembre dernier (No 46).

    Illustration : Page de couverture du rapport. Cliquer sur la vignette pour en agrandir la taille.

    PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, permettent d'en "savoir plus".

    Cette note sera publiée dans « AYA Info » No 135, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 13, rue des Bossons - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

  • Raoni ou la lutte du pot de terre contre le béton des barrages

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    Datant de 1975, le projet d'ouvrages hydroélectriques sur le Xingu est resté longtemps dans les tiroirs de l'administration brésilienne. À la fin des années 90, Fernando Henrique Cardoso l'avait inscrit dans son programme "Avança Brasil", mais sans autre suite. En 2007, Lula a repris le projet de construction du barrage de Belo Monte dans  son "Programme d'Accélération de la Croissance – PAC". Les travaux ont commencé sous l'ère de Dilma Rousseff malgré l'absence de consultation préalable des peuples indigènes concernés, comme le voudrait la Convention 169 de l'Organisation Internationale du Travail – OIT, ratifiée par le Brésil.

    Depuis 1989, constatant qu'il n'était pas entendu des autorités brésiliennes, Raoni a multiplié les voyages en Europe pour demander l'appui de nombreuses personnalités, notamment les anciens présidents français, Mitterrand, Chirac et Sarkozy.  Le 29 novembre, il a été reçu par F. Hollande au palais de l'Elysée. Pour le président français : "Ce qui se passe dans la forêt amazonienne nous concerne directement. Si la déforestation continue, si la forêt amazonienne est progressivement amputée, ce n'est pas un problème seulement pour les peuples autochtones, c'est un enjeu pour le monde !" Selon le communiqué publié par l'Elysée, le président "a souligné l'importance d'une participation des peuples autochtones aux débats et négociations qui engagent leur avenir." Raoni a remis au président la "Déclaration des peuples indigènes", adoptée en juin 2012, lors du campement "Terre Libre" tenu en parallèle à la Conférence Rio+20. Déclaration destinée aux chefs d'États. Raoni a demandé à F. Hollande de transmettre ce texte à Dilma Rousseff, la présidente brésilienne, en visite officielle à Paris les 11 et 12 décembre.

    Pour les observateurs, Dilma est évidemment bien informée de la position des organisations indigènes sur les infrastructures susceptibles d'avoir un impact sur leurs Terres et l'Amazonie en général. Pour mémoire rappelons que les indigènes représentent moins de 0,5% de la population brésilienne. Le taux de popularité de Dilma est à un niveau élevé : près de 76% d'avis favorables en août dernier.

    Ce 10 décembre, Journée des Droits de l'homme, Le leader Kayapó était de nouveau à Genève pour demander l'aide de l'ONU. Après avoir été invité au Club suisse de la presse pour une rencontre avec les journalistes, il est allé au Palais Wilson où il a été reçu par Navi Pillay, la Haut-Commissaire aux Droits de l'Homme. Le Haut Commissariat, comme l'OIT, comme James Anaya, le Rapporteur spécial des Nations Unies sur la situation de droits de l’homme et des libertés fondamentales des populations autochtones, tous connaissent la situation précaire des peuples indigènes au Brésil. Raoni est venu le leur rappeler.

    Il s'est ensuite rendu à Strasbourg pour solliciter l'appui du Parlement européen.

    Pour ce voyage en Europe, Raoni est accompagné de deux autres membres de sa famille, son neveu, le cacique Megaron Txucarramae, et de son petit-neveu, Bemoro Metuktire. Une nouvelle génération de leaders, une relève peut-être moins médiatisée (ils ne portent pas de labret), mais tout aussi engagée dans la défense des droits des indigènes.

    Les associations – Planète Amazone et la Société pour les Peuples Menacés - qui ont organisé le séjour en Europe et en Suisse de la délégation Kayapó veulent également mettre la pression sur les entreprises européennes qui participent, ou qui sont susceptibles de participer, à "l'invasion industrielle" et à l'exploitation des matières premières de l'Amazonie. Une stratégie peu utilisée jusqu'à présent…

    Raoni, comme Davi Yanomami, a largement contribué à faire connaître les dangers qui pèsent sur la forêt amazonienne. Son message mérite d'être entendu. À l'avenir, si ces menaces se renforcent, il ne sera pas possible de dire : On ne savait pas !

    ***

    Photo © B.Comoli / De gauche à droite : Bemoro, Raoni et Megaron

    Une version réduite de cette note sera publiée dans le prochain "AYA Info" No 78, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2