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  • Brésil : L’action violente de garimpeiros contre les indigènes Yanomami et Mundurucu

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    Brasil, Brésil, Amazonie, Amazônia, Yanomami, Hutukara Associação Yanomami, HAY, garimpeiros, orpailleurs, rio Uraricoeira, Palimiú, Terra Indígena Yanomami, Terra Indígena Mundurucu, Terra Indígena Sai Cinza, Fondation Nationale de l’Indien, FUNAI, Fundação Nacional do Índio, Frente de Proteção Etnoambiental Yanomami, Polícia Federal, Armée, Exército, Ministério Público Federal, Roraima, Elayne Rodigues Maciel, Boa Vista, Front parlementaire mixte de défense des droits des peuples indigènes, FPMDDPI, Frente Parlamentar Mista em Defesa dos Direitos dos Povos Indígenas, Comissão de Direitos Humanos e Minorias, Câmara dos Deputados, ADPF 709 TPI /DF, Supremo Tribunal Federal, STF, Amazônia Real, Articulation des Peuples Indigènes du Brésil, Articulação dos Povos Indígenas do Brasil, APIB, Premier Commando de la Capitale, Primeiro Comando da Capital, PCC, São Paulo, Operação Mundurukânia, Maria Leusa Kaba Munduruku, Coordenação das Organizações Indígenas da Amazônia Brasileira, COIAB, Joênia Wapichana, FantásticoLe 10 mai, l’Hutukara Associação Yanomami – HAY annonce que, vers 11h30, des garimpeiros (orpailleurs illégaux), arrivés par le rio Uraricoeira sur sept barques, ont accosté à proximité de la communauté Yanomami de Palimiú* située dans le nord de la Terre Indigène Yanomami – TI-Y. Ils ont attaqué les indigènes qui ont riposté. La fusillade aurait duré une demi-heure. L’HAY signale cinq blessés : quatre garimpeiros et un indigène. Elle demande l’intervention urgente de la Fondation Nationale de l’Indien – FUNAI, de la Police Fédérale, de l’Armée et du Ministère Public Fédéral de Roraima pour empêcher la poursuite de la violence et garantir la sécurité de la communauté. Les garimpeiros ont également tirés en direction d’agents de la Police Fédérale venus enquêter sur les événements.

    Le même jour, la Coordinatrice du Front de protection ethno-environnemental Yanomami – Ye’kwana de la FUNAI, Elayne Rodigues Maciel publie un rapport rappelant les faits qui lui ont été transmis par un indigène. Le 11 mai, par un communiqué de presse, le service de communication de la FUNAI informe, qu’avec les autorités policières, elle va suivre l’enquête sur le « supposé conflit » survenu le 10 mai. Elle indique également que le rapport dont il est question ci-dessus « ne reflète pas la position officielle de la Fondation… ».

    Le 15 mai, une délégation de leaders Yanomami a tenu une conférence de presse à Boa Vista, la capitale de l’État de Roraima. Dans une note, elle a rappelé comment, pour se protéger des tirs, les membres de la communauté, et parmi eux beaucoup d’enfants, se sont enfuis dans la forêt. Le 11 mai au matin, les adultes sont partis à leur recherche et les ont retrouvés sains et saufs. Mais deux fillettes, âgées d’un an et de 5 ans, ont été retrouvées sans vie dans le rio Uraricoeira. Dans la nuit du 14 mai les garimpeiros sont à nouveau entrés dans la communauté désertée par ses habitants partis se cacher dans la forêt.

    Les incidents se sont poursuivis les jours suivants. Le 17 mai l’HAY signale que la veille au soir, les garimpeiros sont revenus à bord de 15 barques. Ils ont tiré en direction de la communauté et lancé des gaz lacrymogènes. Elle réitère sa demande de protection. Une autre tentative d’invasion a eu lieu au soir du 19 mai, mais les garimpeiros seraient repartis quand ils ont vu les indigènes monter la garde.

    Les incidents survenus dans la communauté de Palimiú ont suscité l’intérêt de plusieurs médias. L’agence Amazônia Real a révélé que des garimpeiros seraient liés à un groupe de trafiquants de drogue, le Premier Commando de la Capitale – PCC de São Paulo. L’agence G1.globo a consacré une émission de Fantastico sur les événements.

    Plusieurs institutions demandent l’intervention des forces de sécurité. Le Ministère Public Fédéral, le 12 mai déjà, demande l’évacuation des garimpeiros dans un rayon de 100 km.

    Le 18 mai, la Commission des Droits Humains et des Minorités de la Chambre des Députés demande à se rendre sur place : « Nous sommes devant une situation extrême avec une grande possibilité d’extermination du peuple Yanomami. Devant ce cas tragique, nous proposons l’institution d’une délégation parlementaire pour tenter résoudre le conflit survenu dans cette Terre Indigène ». Avec le Front parlementaire mixte de défense des droits des peuples indigènes – FPMDDPI, la Commission a demandé au Tribunal Suprême Fédéral -STF de retirer les garimpeiros illégaux de la TI-Y et de protéger le peuple Yanomami.

    Ces incidents ont eu un écho au niveau international. Le 19 mai, la Commission Interaméricaine des Droits Humains - CIDH de l’Organisation des États américains et le Secrétariat d’Amérique du Sud du Haut-Commissariat de l’ONU des Droits humains exhortent l’État brésilien de protéger la vie, l’intégrité personnelle, les territoires et les ressources naturelles des peuples Yanomami et Munduruku.

    Le 19 mai, l’Articulation des Peuples Indigènes du Brésil – APIB et plusieurs entités ont également adressé une nouvelle demande au STF pour que ce dernier ordonne au Gouvernement de prendre immédiatement des mesures pour de mettre fin à l’orpaillage illégal et à la déforestation dans les TI-Y, TI-Mundurucu et plusieurs autres. Le 24 mai, Luis Roberto Barroso, ministre du STF a répondu favorablement à cette demande.

    Une première réponse au STF est venue de la Police Fédérale. Le 25 mai, elle a déclenché l’ « Opération Mundurukânia » dans la municipalité de Jacareacanga (État du Pará) pour mettre un terme à l’activité des garimpeiros dans les TI Munduruku et Sai Cinza. Le lendemain, elle a dû faire front aux manifestants garimpeiros décidés à occuper le siège de l’opération. Mais cela n’a pas empêché ceux-ci d’incendier la maison de Maria Leusa Kaba Munduruku, coordinatrice de l’Association des femmes Munduruku Wakoborün, organisation opposée à l’orpaillage. L’APIB, la Coordination des Organisations Indigènes de l’Amazonie Brésilienne – COIAB, plusieurs organisations locales et la députée Joênia Wapichana ont dénoncé cette violence et demandé la protection des peuples indigènes.

    ***

    *Le Centre de santé indigène (le Polo base) de Palimiu est au service d’environ 850 Yanomami.

    Illustration : cliquer sur la vignette pour agrandir l’image.

    PS 1: Sur e blog, la note du 6 avril dernier a déjà traité du recours à la justice.

    PS 2 : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, permettent d'en "savoir plus".

    Cette note sera publiée dans « AYA Info » No 138, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 13, rue des Bossons - CH - 1213 Onex / Genève

     

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  • Brésil : La justice et la progression de l’orpaillage illégal chez les Yanomami

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    La justice semble avoir entendu l’appel au secours des Yanomami qui, en juin 2020 déjà, ont lancé la campagne « Fora Garimpo, Fora Covid »* demandant l’adoption immédiate d’un plan d’urgence pour contenir l’avance de la pandémie de la Covid-19 dans la Terre Indigène Yanomami – TI-Y. Un plan comprenant l’expulsion de la vingtaine de milliers de garimpeiros (orpailleurs illégaux) qui y sont quasiment aussi nombreux que les Yanomami. Leur présence et leur activité mettent cause l’existence même de ce peuple. La justice évoque la possibilité d’un génocide. Un crime relevant de la compétence de la Cour Pénale Internationale – CPI créée par le « Statut de Rome » ; approuvé et signé par le Brésil en 2002. Le crime de génocide y est traité à l’Art. 6 : un acte défini entre autres, par une « atteinte grave à l’intégrité physique ou mentale de membres du groupe … soumission intentionnelle du groupe à des conditions d’existence devant entraîner sa destruction physique totale ou partielle… ». La préoccupation de la justice est fondée. Ce n’est pas la première fois qu’elle intervient à ce sujet.

    Le 3 juillet 2020 déjà le Tribunal Régional Fédéral de la 1ère Région (TRF1/Brasilia) avait demandé le retrait des garimpeiros de la TI-Y, mais différents recours ont ajourné l’application de la décision. Á nouveau, le 16 mars dernier, considérant que la négligence de l’État pouvait aboutir à un génocide des peuples indigènes de la région, la justice est revenue à la charge. Elle a donné un délai de dix jours, au gouvernement et aux administrations concernées** pour présenter un chronogramme de retrait des garimpeiros de l’aire yanomami. Elle en a fixé les principales mesures : la création d’équipes interinstitutionnelles ; des effectifs suffisants, la mise à disposition des moyens matériels nécessaires ; la présentation d’un rapport tous les quinze jours ; le retrait de tous les garimpeiros non-indigènes et empêcher leur retour et l’application de mesures pour ne pas aggraver le risque de contamination des indigènes. Il est prévu une amende d’un million de Reais (env. 164'000 CHF) par jour de retard dans l’application des mesures. Á ce jour (6 avril) la réponse se fait attendre. Cependant, un communiqué de la police fédérale du 23 mars annonce qu’elle a déclenché « l’Opération Yanomami 709 », un numéro en référence à celui attribué par le Tribunal Suprême Fédéral - STF à une demande déposée par l’Articulation des Peuples Indigènes du Brésil - APIB (et six partis politiques) en juin 2020 et à laquelle il a répondu le 5 août suivant. Le STF demandait alors au gouvernement qu’il prenne des mesures pour protéger de la Covid-19 les peuples indigènes, en particulier les groupes vivant état d’isolement volontaire***. Des opérations de ce type ont déjà eu lieu en 2011, 2012, en février et novembre 2014 et en 2015. Mais les garimpeiros ont toujours repris leur activité peu de temps après…

    Autre intervention récente de la Justice : le 20 février 2021, le STF a suspendu la loi votée le 13 janvier précédent par l’Assemblée Législative de l’État de Roraima**** rendant possible l’autorisation de l’orpaillage et l’usage du mercure. Une partie de la TIY se situe dans cet État.

    Pour illustrer la progression de l’orpaillage dans le territoire Yanomami, ce 25 mars, l’Hutukara Associação Yanomami - HAY, l’Associação Wanasseduume Ye’kwana – Seduume et l’Institut Socio-environnemental - ISA ont publié un rapport d’une cinquantaine de pages sur les « Cicatrices dans la forêt – Évolution du garimpo illégal dans la Terre Indigène Yanomami en 2020 ». Il s’agit du résultat d’un relevé inédit pointant la prolifération des nouveaux lieux d’invasion proches des communautés indigènes et des groupes isolés. Un document montrant comment l’orpaillage illégal est passé d’une activité individuelle artisanale à une activité de dimension entrepreneuriale de vaste échelle, se donnant des moyens logistiques conséquents (ouverture de routes, de 35 pistes d’atterrissage) dont l’impact social et environnemental est très important. Ainsi, de janvier à décembre 2020 l’orpaillage illégal est responsable de la destruction de 500 hectares de forêt. La vidéo ci-dessous (2’46’’) est un résumé du rapport.

    Á suivre !

     

    * « Dehors l’orpaillage, Dehors la Covid »

    **La Fondation Nationale de l’Indien – FUNAI, l’Institut Brésilien de l’Environnement et des Ressources naturelles renouvelables – IBAMA et l’Institut Chico Mendes de Conservation de la Biodiversité - IMCBio

    ***Voir les notes des 8 août et 27 août 2020.

    ****Voir note du 21 février 2021

    PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, permettent d'en "savoir plus".

    Cette note sera publiée dans « AYA Info » No 137, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 13, rue des Bossons - CH - 1213 Onex / Genève

  • Amazonie brésilienne : deux Peuples Indigènes isolés en danger

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    Dans l'État du Maranhão

    Depuis le début septembre, jusqu'à ces derniers jours, l'État brésilien du Maranhão a connu des milliers d'incendies de forêts. La Terre Indigène - TI Araribóia a été particulièrement touchée. Le 23 octobre, l'IBAMA* a annoncé que 45 % de ses 4'130 Km2 ont été réduits en cendres. L'aire indigène est occupée par environ 10'000 indiens Guajá et Guajajara, mais aussi par un groupe en situation d'isolement volontaire, les Awá-Guajá. Des indices de leur présence ont été trouvés par les soldats du feu sur des lieux incendiés. La situation de ce groupe a inquiété. Le risque était grand qu'il soit victime des incendies, ou alors, qu'il soit en situation de contact obligé avec la société environnante sans la protection sanitaire nécessaire. L'expérience montre que, sans mesures adéquates, ce contact peut se révéler dangereux, voire fatal. À la fin octobre, l'IBAMA annonce que les brigadistes engagés pour lutter contre l'incendie ont heureusement pu empêcher l'avance des feux dans la direction des ces groupes isolés. Début novembre, ces brigadistes étaient parvenus à éteindre la majorité des incendies et à mettre sous contrôle tous les autres. Il semble bien qu'il n'y a pas de victimes humaines à déplorer. La lutte contre ces feux a nécessité la mise en œuvre d'importants moyens.

    Le 5 octobre déjà, Sônia Guajajara, membre de l'Articulation des Peuples Indigènes du Brésil – APIB est en contact avec le président de la Fondation Nationale de l'Indien – FUNAI pour traiter des mesures à prendre pour venir à bout de l'incendie. La Fondation a débloqué un crédit pour financer une partie des opérations de lutte contre l'incendie. Un groupe d'indiens Guajajara était à Brasilia le 9 octobre pour demander une meilleure organisation de la part des entités qui luttent contre l'incendie.

    Le 16 octobre une équipe de surveillance de l'IBAMA a été attaquée par des voleurs de bois présents dans la TI Araribóia. L'agent qui coordonnait l'opération a été blessé au bras droit par un tir de fusil. L'équipe survolait par hélicoptère l'aire indigène quand elle a vu trois camions et un tracteur utilisés pour l'extraction illégale de bois. Poursuivis par les contrôleurs, les employés des "madeireiros" (commerçants de bois, ici illégaux) ont abandonné les véhicules pour se cacher dans la forêt. Les agents de l'IBAMA ont posé leur hélicoptère pour s'approcher des lieux quand ils ont été attaqués. Il y a eu un échange de tirs. La police fédérale a ouvert une enquête. Les madeireiros sont suspectés d'avoir bouté le feu à la forêt en représailles à une surveillance plus intense.

    Ce 6 novembre, la FUNAI a annoncé une série de mesures pour les communautés qui ont perdu leurs cultures, leurs maisons, mais aussi pour améliorer la surveillance du territoire.

    Le peuple Awá-Guajá est l'un des derniers peuples chasseurs-cueilleurs. Survival International a fait campagne en leur faveur. Un film réalisé par Laurent Richard – Le dernier combat des Indiens d'Amazonie – mis en ligne en janvier 2014 sur YouTube montre le quotidien de ce peuple et comment son existence est mise en cause par les madeireiros.

    Dans l'État de Roraima

    Un autre peuple isolé est potentiellement en danger : les Yanomami Moxi Hatëtëa, un groupe qui vit à l'intérieur de la Terre Indigène Yanomami – TI-Y. Le 25 septembre, l'Hutukara Associação Yanomami – HAY a dénoncé, au Ministère Public Fédéral et à la régionale de la FUNAI de Roraima, la présence de garimpeiros (orpailleurs illégaux) qui ont occupé le poste de surveillance de la FUNAI dans la Serra da Estrutura. Un poste abandonné depuis mars dernier. La FUNAI en a retiré ses agents alléguant le manque de moyens. Selon l'HAY, les garimpeiros utilisent le matériel laissé sur place. Ils ont réaménagé la piste d'atterrissage. Leur présence est une menace pour l'existence même de ce groupe d'isolés.

    Cette dénonciation a reçu l'appui du Conseil Indigéniste Missionnaire – CIMI et du diocèse de Roraima. Le 8 octobre, les deux entités ont exprimé leur préoccupation devant l'invasion par les garimpeiros de cette partie de la TI-Y. Elles rappellent le "Massacre de Haximu" perpétré par des garimpeiros en 1993 qui avait fait 16 morts dans cette communauté yanomami. Elles demandent le retrait immédiat des garimpeiros et la réactivation de la base de protection de la FUNAI.

    À mi-octobre, le Ministère Public Fédéral de Roraima a adressé une recommandation à la FUNAI pour que, dans les deux mois, soient prises les mesures nécessaires au fonctionnement adéquat des bases de protection.

    Des opérations de lutte contre l'orpaillage illégal dans la TI-Y sont lancées régulièrement – la dernière en mai dernier - sans que les autorités parviennent à y mettre un terme définitif.**

    ***

    * Institut Brésilien de l'Environnement et des ressources naturelles renouvelables - IBAMA

    ** Voir sur ce blog les notes des 5 juin et 10 janvier 2015, 29 août et 28 mars 2014 et des 2 et 30 mars 2012.

    PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

    - Cette note est une mise à jour de la "brève" publiée dans "AYA Info" No 106, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

  • Service de santé : des Yanomami manifestent leur mécontentement

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    Le 19 janvier, une cinquantaine d'Indiens Yanomami, Xirixana et Xiriana ont occupé l'immeuble du Secrétariat spécial de santé indigène – SESAI dans le centre de Boa Vista, la capitale de l'Etat de Roraima. Les Indiens se plaignent du manque de médicaments et plus généralement des lacunes du service de santé dans la Terre Indigène Yanomami. Ils demandent le départ de Maria de Nascimento, la coordinatrice du District Sanitaire Yanomami – DSEI-Y. Selon le leader Júnior Yanomami, "… l'état de santé dans l'aire Yanomami a empiré ces quatre dernières années. Nous sommes ici pour revendiquer des améliorations pour nos enfants". Le 27 janvier, les premiers manifestants ont été rejoints par d'autres Yanomami. Ils ont quitté les lieux onze jours plus tard sans avoir obtenu satisfaction.

    Selon Davi Kopenawa, le président de l'Hutukara Associação Yanomami, cette occupation n'a pas fait l'objet d'une concertation préalable avec les leaders des autres régions couvertes par le DSEI-Y : "Nous sommes en faveur du maintien de Maria Nascimento parce qu'elle n'a pas terminé son travail". Davi reproche aux leaders qui ont initié la protestation d'avoir agi pour des motifs personnels. Selon la "Folha de Boa Vista", l'association Kurikama qui rassemble les Yanomami de l'État d'Amazonas, elle aussi, n'est pas favorable au départ de la responsable. Elle regrette également de ne pas avoir été consultée au sujet de cette opération. Pour ces organisations indigènes, le problème de la santé dans les communautés indigènes est davantage lié au manque de moyens mis à disposition qu'à la personnalité des responsables du service de santé.

    Les déficiences du service de santé ont maintes fois été dénoncées. La "Folha de Boa Vista" a eu connaissance d'un rapport interne au Sesai faisant état, pour les huit derniers mois de 2014, de la mort de 117 Yanomami dans les unités de soins coordonnées par le Dsei-Y.

    En décembre 2013*, une manifestation organisée par les associations indigènes avait eu lieu pour demander le départ de Claudete Schuertz, qui était la titulaire du poste. Les manifestants avaient obtenu gain de cause en janvier 2014.

    ***

    * Voir sur ce blog, la note du 24 février 2014

     - PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

    - Cette note est une version mise à jour de la brève a été publiée dans  "AYA Info" No 100, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

  • Une nouvelle opération contre l'orpaillage illégal en Terre Yanomami*

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    Brasil, Brésil, Amazônia, Amazonie, Amazonas, Autochtones, indigènes, povos indígenas, FUNAI, Hutukara Associação Yanomami, Roraima, rio Auaris, garimpo, Amajari, garimpeiro, Korekorema, Ye'kuana, Polícia Federal, João Catalano, Front de protection Yanomami et Ye'kuana, Frente de proteção Yanomami e Ye'kuna, Boa Vista, Praça do Centro Cívico, Moxihatetea, Suiça, Ouro, or, No Dirty Gold, Société pour les Peuples MenacésElle a pour nom "Korekorema II" la récente opération contre l'orpaillage illégal en Terre Indigène Yanomami conduite par la Fondation Nationale de l'Indien – FUNAI et la police militaire. Elle a été menée fin novembre - début décembre dans les régions du rio Auaris, sur la municipalité de Amajari, dans le nord ouest de l'État de Roraima (la phase précédente de l'opération avait été réalisée en févier 2014)**. Ce sont 260 garimpeiros qui ont été retirés de l'aire indigène; près d'une centaine ont été présentées à la police fédérale. Ce sont 38 radeaux et autres équipements qui ont été détruits.

    Au cours de l'opération, le 29 novembre, un sergent a été blessé par balle. Le lendemain, il a été transporté par avion à l'hôpital de Boa Vista où il a reçu des soins. Son état est jugé sans gravité.

    Une controverse est née à propos du monument érigé sur le Place du Centre Civique de Boa Vista. Il s'agit d'une statue représentant un garimpeiro au travail. Le 9 décembre, João Catalano, le coordinateur général du "Front de protection ethno-environnemental Yanomami et Ye'kuana" de la Fondation Nationale de l'Indien - FUNAI, a critiqué cette statue qui est l'un des symboles de l'État de Roraima : "Nous ne pouvons pas accepter qu'un symbole qui fait l'apologie d'un crime représente un peuple. Le garimpeiro est l'auteur d'infractions à plusieurs lois, principalement environnementales… Des centaines de garimpeiros criminels usurpent l'or du peuple brésilien, détruisent l'environnement, polluent les rivières et coupent la forêt, ce qui met en danger la vie de tous". Le 11 décembre, l'Assemblée législative de l'État de Roraima a adopté une motion dénonçant la FUNAI et le Coordinateur pour les déclarations faites à la presse concernant le monument : "Les actes de l'Institution et du représentant cité, sont un affront à la mémoire, à l'histoire et à l'identité du peuple de Roraima". En réponse, le coordinateur a précisé sa pensée. Il affirme n'avoir pas parlé au nom de la Funai, mais en tant qu'historien et indigéniste. Pour lui, sa proposition de démolition de la statue, qui ne fait de mal à personne, relève du champ idéologique. Il maintient sa position à l'égard de l'orpaillage illégal : "Je sais le mal que fait l'orpaillage à cette terre. Il est nécessaire de débattre de la dégradation environnementale et le manque de respect à l'égard des peuples indigènes. Nous devons penser en termes d'alternatives économiques et non défendre l'orpaillage illégal et ses criminels."

    Fin décembre, la presse a fait état de l'inquiétude de la FUNAI au sujet de la communauté Moxihatetea, un groupe isolé de la TI Yanomami. Pour la seconde fois en un mois, lors d'un survol, elle n'a observé aucun signe de vie dans le village. Pour João Catalano, il y a la possibilité que les indiens se soient enfuis, mais il se peut également qu'ils aient été décimés par l'action des garimpeiros. Une expédition sur le terrain est envisagée pour en savoir davantage.

    Les informations concernant le commerce de l'or brésilien pour 2012 ne sont guères différentes des chiffres de 2011: le Brésil reste le treizième producteur d'or. La production estimée pour 2012 est de l'ordre de 70 tonnes, dont 12 % sont issues des "garimpos", de sites d'orpaillage. La Suisse est le deuxième pays importateur d'or brésilien après la Grande-Bretagne. De janvier à novembre 2014, elle a importé 22'382 kg d'or du Brésil pour un montant de 683'670'426 CHF. La part de l'orpaillage illégal dans ce commerce reste inconnue faute d'un véritable contrôle de la production. La mise en place d'un système de traçabilité des produits est également nécessaire.

    ***

    * Alors qu'à juste titre, chacun est touché par les événements qui ont endeuillé Paris et sa proche région, était-ce bien le moment de publier une information concernant un peuple menacé de mort lente, perdu dans sa forêt primaire, à des milliers de kilomètres de la Suisse et de la France ? Le respect dû aux droits humains - objets d'une déclaration universelle – n'est pas à géométrie variable. Il n'a pas de priorité dans le temps. Alors oui, cette actualité doit aussi être connue ! La diffuser est une manière de rendre hommage à toutes les victimes des violences meurtrières.

    ** Voir sur ce blog la note du 28 mars 2013

    Photo Wikipedia : La statue objet de la controverse. Cliquer sur la vignette pour agrandir l'image.

    PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

    - Cette note sera publiée dans le prochain "AYA Info" (No 99), le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

  • Le Yanomami Davi Kopenawa est menacé de mort

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    Brasil, Brésil, Amazônia, Amazonie, Amazonas, Autochtones, indigènes, povos indígenas, índios, Davi Kopenawa, Hutukara Associação Yanomami, HAY, São Gabriel da Cachoeira, Armindo Góes, Terre Indigène Yanomami, Terra Indígena Yanomami, Boa Vista, Roraima, orpaillage illégal, garimpo, garimpeiro, ISA, Instituto Socioambiental, Polícia Federal, Ministério Público Federal, Festa Literária Internacional de Paraty, FLIP, La Chute du Ciel, The Falling SkyLe 28 juillet, Davi Kopenawa, le président de l'Hutukara Associação Yanomami - HAY a rencontré le délégué adjoint de la Police Fédérale à Boa Vista (la capitale de l'État de Roraima) pour l'informer des menaces de mort dont il est l'objet. L'HAY a remis un rapport dans lequel elle fait état du climat d'insécurité dans lequel vivent les responsables de l'association, son président étant particulièrement visé. En mai, à São Gabriel da Cachoeira (AM), le directeur de l'HAY, Armindo Góes a été abordé par des garimpeiros. Ceux-ci lui ont déclaré que des personnes, qui avaient subi des préjudices lors des opérations de lutte contre l'orpaillage illégal dans la Terre Indigène Yanomami – TI-Y, recherchaient Davi, affirmant que celui-ci n'arriverait pas vivant à la fin de l'année.

    En juin, à Boa Vista (la capitale de l'État de Roraima), le siège local de l'Institut Socio-environnemental – ISA (une organisation indigéniste) a été victime d'un "assalto" au cours duquel du matériel a été volé.

    L'HAY a pris des mesures pour augmenter la sécurité de son siège à Boa Vista. Elle a restreint les activités et les déplacements de son président. Elle demande à la Police Fédérale d'enquêter sur toute la chaîne de l'or dans la Terre Indigène Yanomami pour savoir qui finance les opérations d'orpaillage, qui achète l'or ? "Malheureusement ceux qui financent l'exploitation illégale du minerai sont rarement identifiés et les garimpeiros sont rapidement libérés et retournent à leur activité illégale". L'HAY demande à l'État brésilien, non seulement la protection et la surveillance du territoire du peuple Yanomami, mais aussi d'assurer l'intégrité physique de Davi Kopenawa.

    Ces faits ont conduit la Police Fédérale et le Ministère Public Fédéral de Roraima à ouvrir une enquête et prendre une série de mesures. Entre autres, elle a demandé au Secrétariat des Droits humains de la présidence de la république d'envisager l'inclusion de Davi Kopenawa dans le Programme de protection des défenseurs des droits humains.

    Présent à la Fête Littéraire Internationale de Paraty (RJ) qui s'est tenue du 30 juillet au 3 août, Davi a sollicité de l'aide : "Si vous n'aidez pas le peuple indigène, le monde ne va pas bien fonctionner… La forêt c'est ce qui nous protège…"

    Survival International propose l'envoi, à la Présidente du Brésil Dilma Rousseff, d'un courrier de soutien aux Yanomami.

    Pour rappel, Davi était en Suisse en mars 2012*, lors de la présentation, à Genève, du film de Daniel Schweizer  "Indiens d'Amazonie en sursis" dans le cadre du Festival du film et forum International sur les Droits Humains – FIFDH. Il est coauteur avec Bruce Albert du livre "La chute du Ciel - Paroles d'un chaman yanomami", publié dans la Collection  "Terre Humaine" aux éditions Plon (Paris). Une version en anglais : "The Falling Sky", a été publiée en novembre 2013 aux éditions Harvard University Press. La version portugaise est attendue pour la fin 2014, début 2015.

    ***

    *Voir sur ce blog, les notes des 11/01/2013, 02/03/2012, 23/03/2012, 07/10/2011 et 21/10/2011

    Photo Fernando Frazão / Agência Brasil : Davi Kopenawa lors de la Festa Literária Internacional de Paraty. Cliquer sur la vignette pour agrandir l'image.

    PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des  sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

    - Cette note a été publiée dans le "AYA Info" (No 95), le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

  • Baselworld et l'orpaillage illégal en Amazonie, une liaison cachée ?

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    Brasil, Brésil, Amazônia, Amazonie, Amazonas, Autochtones, indigènes, povos indígenas, Pérou, Perú, FUNAI, Hutukara Associação Yanomami, Roraima, rio Uraricuera, rio Branco, rio Tacutu, rio Santiago, OMS, Instituto brasileiro de mineração, Mouvement pour la Coopération Internationale, No Dirty Gold, Baselworld, Société pour les Peuples Menacés, Hurleurs de Guyane, WWF France Le rendez-vous bâlois est l'occasion de rappeler les conditions et les conséquences d'une partie de la production de l'or, en particulier l'orpaillage illégal pratiqué loin des regards, dans des zones difficiles d'accès, mais dont le produit final est accessible à tout un chacun dans les commerces de luxe de la plupart des villes. Un sujet préoccupant, en notamment pour les populations indigènes…

    Le 7 février, dans le nord du Brésil, la Fondation Nationale de l'Indien – FUNAI, en collaboration avec les polices militaire et fédérale, a organisé une opération – une de plus* - contre les garimpeiros (orpailleurs) qui agissent illégalement dans la Terre Indigène Yanomami. Est particulièrement visée la région du rio Uraricuera, un affluent du rio Branco, dans l'État de Roraima. C'est une région difficile d'accès, mais riche en or. Des Yanomami apportent leur aide comme guides ou pilotes de pirogues. Selon les informations diffusées à mi-mars par G1-Globo, l'opération a permis le retrait de 60 garimpeiros, la destruction d'une piste d'atterrissage et d'une trentaine de "balsas", ces radeaux sur lesquels est installé le matériel utilisé pour l'extraction de l'or.

    La pollution des eaux par le mercure n'affecte pas seulement les indiens : avec le rio Tacutu, le rio Uraricuera forme le rio Branco qui, avec ses affluents, fournit en eau une bonne partie de la population du Roraima. Selon la "Folha de Boa Vista" il n'y a pas d'étude sur les effets de la pollution par le mercure dans cette région. Mais, l'Organisation Mondiale de la Santé – OMS le rappelle : "L’utilisation du mercure pour extraire l’or de manière artisanale ou à petite échelle est particulièrement dangereuse et l’impact sanitaire sur les populations vulnérables est important."

    En août 2013, l'Hutukara Associação Yanomami – HAY a publié un rapport selon lequel 80% des garimpeiros expulsés à l'occasion de l'une ou l'autre opération retournent sur les lieux d'orpaillage un mois après en avoir été chassés. Effectivement, des opérations d'expulsion des garimpeiros de l'aire indigène Yanomami sont organisées plus ou moins régulièrement, sans jamais arriver à mettre un terme à cette activité illégale. Les réseaux continuent d'exister…

    Selon l'Institut Brésilien d'exploitation Minière – IBRAM, le Brésil est le treizième producteur mondial d'or avec une production de 66 tonnes en 2011, dont 12% (env. 8 t) sont issus des "garimpos". Cette année-là, il en a exporté 44,6 t dont 32 %, soit un peu plus de 14 t, vers la Suisse qui est le deuxième pays importateur d'or brésilien. La première place est occupée par le Royaume-Uni : 45 % des exportations, soit environ 20 t.

    La Suisse commence seulement à publier la statistique détaillée du commerce de l'or.

    Pour les deux premiers mois de 2014, la Confédération helvétique a acheté 4'103 kg d'or au Brésil pour un montant de près de 112 millions de CHF.

    Elle en importe davantage du Pérou. Selon les mêmes sources fédérales, et pour la même période, notre pays en a acheté 13'897 kg pour un montant de 250 millions de CHF. Au Pérou, comme au Brésil, des chercheurs d'or illégaux polluent les rivières de l'Amazonie péruvienne, y compris dans les terres indigènes. Invité par une organisation indigène péruvienne, le secrétaire du Mouvement pour la Coopération Internationale – MCI (une ONG genevoise), a tout récemment pu constater l'action de nombreuses barges qui draguent et polluent le rio Santiago, mettant en danger la vie des populations riveraines et causant de graves dégâts à l'environnement. Les indigènes de la région ont décidé de lutter contre cette pratique. Dans le même temps, ils constatent l'opacité du commerce de l'or…

    À l'autre extrémité de l'Amazonie, en Guyane française, l'orpaillage illégal fait également des ravages parmi les populations amérindiennes**. À l'occasion du Carnaval de Cayenne, les membres du collectif "Les Hurleurs de Guyane" ont exprimé leur hostilité à ce fléau. En février dernier, le WWF France a publié un dossier "Or illégal : le filon de la misère" consacré à l'or illégal en Guyane. Entre autres, l'organisation veut accompagner et promouvoir une meilleure traçabilité de l'or.

    En Suisse, la "Société pour les peuples menacés" – SPM fait campagne pour que le commerce de l'or devienne propre.

    Comment, à l'occasion de l'exposition bâloise, ne pas poser la question de la provenance de l'or utilisé pour la confection des montres et bijoux présentés par les 1'400 exposants ? Comment ne pas appeler clients et fabricants à se responsabiliser pour assainir le commerce de l'or ?

    ***

    *Voir "AYA Info" Nos 64, 65 et 66.

    ** Voir sur ce blog, la note du 30/12/2013

    © Photo Aurélien Stoll – Cliquer sur l'image pour l'agrandir - Une barge d'orpaillage illégal sur le rio Santiago en Amazonie péruvienne / mars 2014.

    PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des  sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

    - Une version réduite de cette note a été publiée dans AYA Info (No 91), le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

  • Les Yanomami obtiennent un changement à la tête du Service de santé de leur territoire

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    Le 3 janvier, le Ministre de la santé, Alexandre Padilha* a mis un terme à l'activité de Joana Claudete Schuertz, la Coordinatrice du District Sanitaire Spécial Indigène Yanomami – DSEI-Y**. Cette mise à l'écart répond partiellement à une pétition du 2 octobre 2013, signée par Davi Kopenawa et 70 représentants des communautés Yanomami, essentiellement de l'État de Roraima. Ils demandent également la démission du Conseiller de planification du DSEI-Y, Antônio Gonçalves. Deux jours plus tard, le 4 octobre, l'Hutukara Associação Yanomami – HAY reprend cette demande. Elle fait état d'indices de liens et d'influence d'un politicien local et des gestionnaires du DSEI-Y visant au maintien de la Mission Évangélique Caiuá*** comme sous-traitante pour le service de santé dans l'aire indigène Yanomami. L'HAY dénonce les dysfonctionnements du service de santé dans les communautés, le manque de médicaments et le mauvais état des infrastructures. Elle met en question le fait que le service de santé ne s'est pas amélioré malgré une augmentation du budget. En cette fin d'année 2013, le ministère de la santé doit publier un appel d'offre en vue de sélectionner les entités auxquelles il sous-traitera le service de santé dans les communautés indigènes. L'appel de candidatures a effectivement été publié le 18 octobre au Journal Officiel de l'Union - DOU. Au terme de la procédure, c'est à nouveau la Mission Évangélique Caiuá qui aura en charge le service de santé dans l'aire indigène Yanomami. Le Conseil indigéniste missionnaire – CIMI signale que cette sélection s'est faite sans la consultation des indigènes.

    Le 30 décembre 2013, de nombreux Yanomami ont occupé le siège du Secrétariat Spécial de Santé Indigène – SESAI de Boa Vista, la capitale de l'État de Roraima. Ils demandaient le départ de la coordinatrice. Le 3 janvier, après plusieurs heures de réunion avec les représentants du ministère de la santé, ils obtiennent gain de cause : la coordinatrice doit quitter sa fonction. Elle avait été nommée à ce poste en juin 2011 avec l'assentiment des leaders Yanomami. À l'époque, ils redoutaient déjà la nomination d'une personne sous influence de politiciens locaux hostiles aux indigènes.

    ***

    * Alexandre Padilha a quitté ses fonctions pour se présenter aux élections qui auront lieu les 5 et 26 octobre prochains. Il vise le poste de gouverneur de l'État de São Paulo. Le 31 janvier, Dilma Rousseff a nommé Arthur Chioro dos Reis au poste de Ministre de la santé. Jusque-là, il était Secrétaire municipal de la Santé de São Bernardo do Campo, une commune de l'État de São Paulo. Le 20 février, il a démissionné, le temps d'être nommé professeur à la faculté de médecine de l'Université fédérale de São Paulo – Unifesp. Il est revenu à la tête du Ministère le 21 février. Pour assurer un bref intérim, la présidence de la république avait nommé Mozart Júlio Tabosa Sales, Secrétaire de gestion du travail et de l'éducation en santé.

    ** Le DSEI-Y couvre également les communautés Yanomami de l'État d'Amazonas où intervient notre partenaire, le Service et Coopération avec le peuple Yanomami – SECOYA. Il existe 34 DSEI dans l'ensemble du Brésil.

    *** La Mission Évangélique Caiuá a son siège à Dourados, dans le Mato Grosso do Sul. Elle est rattachée à l'Église presbytérienne du Brésil. Selon l'ONG "Contas Abertas", c'est l'une des Organisations de la Société Civile d'Intérêt Public – OSCIP qui reçoit le plus de subventions de l'État fédéral pour ses conventions de sous-traitance. Ces deux dernières années 2012 et 2013, ses diverses conventions – elle est présente dans près d'une vingtaine de DSEI - ont totalisé un montant supérieur à 200 millions de Réais (soit un peu plus de 61 millions d'Euros ou près de 75 millions de Francs suisses).

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    PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des  sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

    - Cette note est une version actualisée de celle publiée dans le dernier AYA Info (No 90), le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

  • 2012 n'a pas été une année de progrès pour les peuples indigènes du Brésil

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    Pour les peuples indigènes du Brésil, 2012 n'aura pas été une année de progrès. S'il est vrai qu'il est difficile de retenir tout ce qui a fait l'actualité indigène au cours de ces douze mois, il reste que c'est bien la conclusion à laquelle conduit l'examen de quelques domaines-clés de la politique indigéniste du pays.

    Pour les droits territoriaux, seulement sept Terres Indigènes – TI ont été démarquées le 5 juin, pour la journée mondiale de l'environnement. Et, en octobre, il y a eu la publication du rapport d'identification d'une TI dans l'État d'Amazonas. Au début décembre, les Xavante ont retrouvé leur terre ancestrale de Marãiwatsédé. Le lobby anti-indigène a été particulièrement actif au parlement. Au Sénat et à la Chambre des Députés, des élus ont mis à l'ordre du jour des Projets d'amendements constitutionnels visant à enlever au Gouvernement la responsabilité finale de la démarcation des TI. En juillet, l'Avocat général de l'Union a signé un arrêté relatif à la démarcation des TI qui a soulevé de nombreuses protestations de la part des organisations indigènes et indigénistes. L'application de ce texte a été suspendue. Le Conseil Indigéniste Missionnaire – CIMI a relevé que seulement 37,66 % du budget alloué pour la "Délimitation, la Démarcation et la Régularisation des TI" a été utilisé, alors qu'il reste de nombreuses terres à protéger.

    Du point de vue institutionnel, en avril, la Présidente de la république, Dilma Rousseff a nommé Marta Maria do Amaral Azevedo à la présidence de la Fondation Nationale de l'Indien – FUNAI, un poste jusque - là toujours assumé par des hommes. À l'initiative de la nouvelle présidente, après une année d'inactivité, la Commission Nationale de Politique Indigéniste - CNPI a repris ses travaux en juin. Elle a tenu deux autres réunions en août et décembre 2012. Des rencontres sont déjà programmées en 2013.

    L'accès aux services de santé reste problématique pour de nombreux peuples indigènes, notamment dans les zones difficiles d'accès comme la Vallée du Javari et la TI Yanomami. En décembre 2012, les carences du service de santé indigène ont amené le Ministère Public Fédéral à lancer un programme pour obliger divers services de santé à prendre des mesures concrètes en faveur des peuples indigènes dans une quinzaine d'États. Le CIMI a relevé qu'en 2012, seulement 8,17% (2,176 millions de R$ sur 26,650 millions de R$) du budget fédéral destiné à la "Structuration d'unités de santé pour le service à la population indigène" ont été utilisés.

    Des leaders indigènes brésiliens sont venus à Genève en 2012. Tout d'abord, au début mars, Davi Kopenawa, président de l'Hutukara Association Yanomami – HAY, était présent au Festival du film et forum International sur les Droits Humains - FIFDH. Il a eu des contacts avec les organisations internationales. À mi-novembre, Manoel Uilton dos Santos de l'Articulation des Peuples Indigènes du Brésil – APIB a rendu visite au Haut Commissariat aux Droits de l'Homme pour demander l'appui de cette organisation pour le respect, par le gouvernement brésilien, des droits des peuples indigènes conformément aux textes internationaux ratifiés par ce pays. Le 10 décembre, journée internationale des droits de l'homme, c'est Raoni, le leader Kayapó qui a aussi été reçu au Palais Wilson, le siège du Haut - Commissariat. Les effets de cette pression internationale semblent limités. Le Brésil peine à reconnaître les droits des indigènes.

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    PS : L'activation des liens hypertextes renvoie à une partie des  sources utilisées pour la rédaction de cette note. Elles sont souvent en portugais, sauf quand il s'agit d'anciens "AYA Info".

    Cette note a été publiée dans le dernier "AYA Info" (No 80), le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

  • Les Yanomami s'opposent à l'exploitation minière sur leur territoire

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    Davi Kopenawa,Yanomami, Marta Maria Azevedo,Paulo Maldos,Antonio Alves de Souza,FUNAI,HAY,Hutukara Associação Yanomami,Watoriki,rio Demini,Ye'kuana,SESAI,demarcação,Terra Indígena,mineraçãoDepuis 20 ans, la Terre Indigène Yanomami (TI-Y) est démarquée par un décret présidentiel du 25 mai 1992*. L'événement a été marqué à l'occasion de la VIIe Assemblée générale de l'association Hutukara Associação Yanomami – HAY présidée par Davi Kopenawa. Cette réunion, à laquelle ont participé plusieurs centaines d'indigènes a eu lieu du 15 au 20 octobre, dans la communauté de Watoriki, un village situé dans le bassin du Rio Demini.

    À l'ordre du jour, les sujets d'ordre institutionnels : Davi a été reconduit à la présidence de l'association pour une période de quatre ans (2013 – 2016). L'assemblée a traité des principales préoccupations des Yanomami et  Ye'kuana : rôle des organisations indigènes, le retrait des orpailleurs et les fermiers qui envahissent le territoire; l'avenir des écoles indigènes; les déficiences du service de santé et surtout leur opposition aux projets d'exploitation minière dont on connaît les répercussions sur la vie des communautés indigènes, notamment dans le domaine de la santé.

    Étaient également présents des membres de communautés Yanomami du Venezuela et des représentants des ONG qui appuient l'HAY. Le gouvernement était représenté par Marta Maria Azevedo, présidente de la Fondation Nationale de l'Indien (FUNAI), Paulo Maldos du Secrétariat de la présidence de la république et Antonio Alves de Souza, responsable du Secrétariat Spécial de Santé Indigène (SESAI).

    Les sujets traités lors de cette assemblée montrent bien qu'à elle seule la signature d'un décret, même présidentiel, ne suffit pas à protéger définitivement une Terre Indigène. Une protection effective, durable dans le temps, appelle la vigilance de ses habitants.

    Une telle réunion permet également aux membres des communautés Yanomami dispersées sur la TI-Y de faire connaissance et d'avoir une vision d'ensemble des problèmes auxquels ils sont confrontés. La vidéo ci-dessous retrace quelques séquences de l'assemblée.

    * Voir AYA Info No 72

     

    Photo : Marcos Wesley/ISA. De gauche à droite : Antonio Alves de Souza, Marta Maria Azevedo, et Davi Kopenawa.

    PS : L'activation des liens hypertextes renvoie aux sources utilisées pour la rédaction de cette note. Elles sont souvent en portugais, sauf quand il s'agit d'anciens "AYA Info".

    Cette note a été publiée dans le dernier "AYA Info" No 76, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2