lapetãnha

  • La COP26 donne la parole à une jeune indigène brésilienne

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    « Mon nom est Txai Suruí. Je n'ai que 24 ans, mais mon peuple (Suruí Paiter) vit dans la forêt amazonienne depuis au moins 6000 ans. Mon père, le grand chef Almir Suruí (1),connu au niveau international, m'a appris que nous devons écouter les étoiles, la lune, le vent, les animaux et les arbres...

    Aujourd'hui, le climat se réchauffe, les animaux disparaissent, les rivières meurent et nos plantations ne fleurissent plus comme avant. La terre parle. Elle nous dit que nous n'avons plus le temps.

    Une amie m'a demandé : continuerons-nous à penser que les blessures d'aujourd'hui peuvent être guéries avec des pommades et des analgésiques, même si nous savons que demain la blessure sera plus grande et plus profonde 

     Nous avons besoin de prendre un chemin différent avec des changements courageux et globaux. Ce n'est pas en 2030 ou 2050, c'est maintenant !...

    Alors que vous fermez les yeux sur la réalité, le gardien de la forêt Ari Uru-eu-wau-wau (2), mon ami d’enfance, a été assassiné pour avoir protégé la forêt. Les peuples autochtones sont au premier plan de l'urgence climatique et nous devons être au centre des décisions qui se prennent ici. Nous avons des idées pour ajourner la fin du monde...

    Arrêtons de proférer des promesses mensongères irresponsables. Mettons fin à la pollution des mots vides de sens et luttons pour avoir un futur et un présent vivables.

    Il faut toujours croire que le rêve est possible. Que notre utopie soit un futur pour la Terre.

    Merci. »

    Interviewée par Midia Ninja à propos de son discours, Txai s’est dite honorée d’y avoir pris la parole, ce qui était pour elle beaucoup de responsabilité. Elle parle de ses parents : sa mère, Ivaneide Cardozo, et son père, Almir Suruí, tous les deux engagés de longue date au sein des organisations indigènes. Txai est originaire de Lapetãnha, un village de la Terre Indigène Sete de Setembro dans l’État de Rondônia. La coiffe qu’elle porte a été confectionnée par ses oncles. Ceux-ci lui ont expliqué que chez les Suruí, cette forme de coiffe est portée à l’occasion d’une lutte, comme la lutte pour les droits des indigènes.

    Dans les jours qui ont suivi, la presse a rapporté les propos de Jair Bolsonaro qui dès, le 3 novembre, sans avoir expressément cité son nom, reproche à Txai d’avoir critiqué son propre pays : « Ils se plaignent que je n’étais pas à Glasgow. Pour attaquer le Brésil, ils y ont invité une indienne à la place de Raoni… »  

    Le 10 novembre, la Coordination des Organisations Indigènes du Brésil – COIAB a publié une note d’appui à l’indigène : … « Txai Surui, ta voix est notre voix ! Ta dénonciation est légitime ! L’espace que tu as occupé est aussi le nôtre, comme peuples originaires du Brésil. Tu n’es pas seule. Nous sommes nombreux ensemble dans cette lutte ! »

    Parmi les avancées de la COP 26 il y a l’annonce de la création d’un fonds de US$ 1,7 milliards pour aider les peuples indigènes à conserver leurs forêts. Et l’adoption, le 2 novembre, par les représentants de plus d’une centaine de pays – dont le Brésil et la Suisse - d’une « Déclaration » promettant de mettre fin à la déforestation d’ici à 2030. Á ce sujet, le 9 novembre, à son retour de Glasgow - où il était le chef de la délégation brésilienne - le Ministre de l’Environnement, Joaquim Leite, n’a pas répondu aux questions des journalistes sur le retrait des Projets de Lois en instance devant le Congrès national et qui sont susceptibles d’augmenter la déforestation…

    Les peuples indigènes brésiliens ont envoyé à Glasgow une délégation de 21 personnes, 5 hommes et 16 femmes, appartenant à trois organisations : l’Articulation des Peuples Indigènes du brésil – APIB (qui avait publié une déclaration affirmant qu’il n’y avait pas de solution à la crise climatique sans la participation des peuples indigènes), la Coordination des Organisations Indigènes de l’Amazonie Brésilienne – COIAB et l’Articulation Nationale des Femmes Indigènes Militantes de l’Ancestralité – ANMIGA. La délégation a participé à 47 « événements », dont une rencontre avec John Kerry, l’envoyé spécial des USA pour le climat.

    La présence, à Glasgow, de nombreux représentants autochtones des différentes parties du monde est l’expression de la volonté de ces peuples d’avoir plus de pouvoir sur leur propre destin et celui de la planète. Les médias ont largement abordé le déroulement et les résultats mitigés de cette COP26. Merci de s’y reporter.

    ***

    *Prononcer « Tchai »

    (1)En juin 2007, Almir Suruí était au Jardin botanique de Genève pour la plantation d’un palmier Açai lors de la fête du développement durable . En 2015, avec Corine Sombrun, il publie « Sauver la planète » aux éditions Albin Michel (Paris).

    (2)Ari Uru-eu-wau-wau, 33 ans, enseignant, a été retrouvé mort sur le bord d’une route, au matin du 18 avril 2020. La police a confirmé que la victime était décédée d’un traumatisme crânien. Il était actif au sein de l’association de défense de l’environnement de l’État de Rondônia dont la fonction consiste principalement à enregistrer et dénoncer les extractions illégales de bois. Un an après les faits, le crime n’avait pas été élucidé. Il n’est pas la première victime de ce type d’engagement.

    ***

    Photo : Txai Suruí - Capture d’écran de l’enregistrement de Mídia Ninja. Cliquer sur l’image pour en agrandir la taille.

    PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, permettent d'en "savoir plus".

    Cette note sera publiée dans le prochain "AYA Info" No 139, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 13, rue des Bossons - CH - 1213 Onex / Genève – CCP 15-728614-8 / IBAN : CH 26 0900 0000 1572 8614 8