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  • Brésil : face au Covid-19 les peuples indigènes ne désarment pas

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    Le Ministère brésilien de la santé, l’Articulation des Peuples Indigènes du Brésil – APIB, la Coordination des Organisation Indigènes de l’Amazonie Brésilienne – COIAB et d’autres organismes et entités publient régulièrement des chiffres sur l’inquiétante évolution de la pandémie du Covid-19. Pour plusieurs raisons, ces statistiques ont une valeur toute relative. Les spécialistes s’accordent à affirmer qu’elles sont inférieures à la réalité. La comparaison de l’évolution de la pandémie pour l’ensemble de la population brésilienne et dans les communautés indigènes s’avère très délicate. L’essentiel à retenir est la gravité de la situation, en particulier pour les peuples indigènes.

    La presse a rapporté la situation tragique des Xikrin du Cateté dans l’État du Pará qui, entre le 22 mai et le 17 juin, ont connu 270 cas positifs et la mort de 7 indigènes pour une population de moins de 2'000 personnes. En 24 heures, ces 28 et 29 juin, le peuple Xavante du Mato Grosso a eu à déplorer le décès de neuf de ses membres. Le cas de trois femmesYanomami a ému l’opinion publique. En mai, l’enfant de chacune d’elles présentant des symptômes de pneumonie, elles ont été conduites de leur communauté de Auaris à l’hôpital de Boa Vista la capitale de l’État de Roraima où les enfants sont décédés et ont été enterrés. Les mamans n’ont pas pu rentrer dans leur village avec le corps des enfants pour procéder au rite funéraire, – une incinération - en vigueur chez les Yanomami. L’incompréhension ajoute à leur souffrance. Le procureur de la République de Boa Vista a demandé des explications au District Sanitaire Spécial Indigène Yanomami.

    Le 26 juin, le Conseil Indigène de Roraima – CIR annonce que le Covid-19 a touché plusieurs communautés indigènes de l’État de Roraima (l’État brésilien qui compte la plus forte proportion d’indigènes dans sa population). En trois mois, plus de 440 autochtones ont été infectés par la maladie et 41 en sont morts. Parmi ces derniers, plusieurs leaders historiques connus pour être la mémoire vivante de leur communauté. Le CIR a renouvelé l’appel à l’aide lancé le 27 mars déjà pour combattre la pandémie… L’Articulation des Peuples Indigènes du Brésil – APIB et ses partenaires vient, elle aussi, de lancer un plan « Urgence Indigène » pour combattre la propagation de la pandémie dans les communautés indigènes.

    La lutte se conduit aussi au parlement. Lors des élections législatives de 2018, les indigènes de Roraima ont réussi à élire une des leurs à la Chambre des Députés : Joênia Wapichana. Au début de la législature elle est devenue la coordinatrice du Front parlementaire mixte de défense des droits des peuples indigènes. Dès le mois de mars, plusieurs membres de ce Front ont rédigé un projet de loi (No 1142/2020) portant sur la mise en œuvre d’un programme de lutte d’urgence contre le Covid-19. Le projet a été accepté par le Chambre le 21 mai et par le Sénat le 16 juin. Il est maintenant soumis à l’approbation - ou au veto - du Président de la république qui a jusqu’au 7 juillet pour se prononcer. Quelle sera l’attitude de Jair Bolsonaro ?

    Ce 30 juin, l’APIB et diverses entités s’est adressée au Tribunal Suprême Fédéral pour que celui-ci demande au gouvernement de mettre en œuvre un plan d’urgence pour protéger les peuples indigènes, spécialement les groupes en isolement volontaires. À suivre…

                                                                            ***

    *Voir sur ce blog, la note du 13 juin 2020

    PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, permettent d'en "savoir plus".

    Cette note sera publiée dans le prochain « AYA Info » No 133, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 13, rue des Bossons - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

  • Le Brésil, le Covid-19 et la protection des peuples indigènes

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    Le Brésil, le plus vaste et le plus peuplé des pays d’Amérique du Sud, est devenu en quelques semaines l’un des épicentres mondiaux de la pandémie du Covid-19. L’ensemble du pays est atteint*. Au 12 juin, le Ministère de la Santé annonçait 828’810 cas confirmés et 41’828 décès. Chiffres sous-évalués selon l’avis de spécialistes. Compte tenu de la position du Président Jair Bolsonaro - il minimise la gravité de la maladie et menace de quitter l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), alors que de nombreux Gouverneurs d’États et Maires de grandes villes appliquent les mesures préconisées par celle-ci - la vie politique brésilienne connaît de vives tensions. Les médias s’en font régulièrement l’écho.

    La progression au sein de la population indigène

    Les peuples indigènes ne sont pas épargnés par la maladie. Au 12 juin, l’organe gouvernemental en charge du service de santé pour cette partie de la population, le Secrétariat Spécial de Santé Indigène -SESAI annonçait 2’749 cas confirmés et 97 décès dus au Covid-19 dans les 34 Districts Sanitaires Spéciaux Indigènes dont il a la responsabilité. Et ce Secrétariat ne prend pas en compte ce qui se passe pour les indigènes habitant dans les agglomérations. À partir de son propre réseau, l’Articulation des Peuples Indigènes du Brésil - APIB établit sa propre statistique. Le 12 juin, elle dénombrait 3'166 indigènes contaminés, 269 décès dans 98 peuples. Au 8 juin, le Réseau Pró-Yanomami et Ye’kwana, créé récemment, annonce 82 cas confirmés et 4 décès chez ces deux peuples,.

    Une grande vulnérabilité

    Le dangereux Covid-19, de par sa nouveauté, semble mettre sur pied d’égalité indigènes et non-indigènes. Cependant, à y regarder de plus près, les autochtones sont plus vulnérables à l’épidémie en raison des conditions sociales, économiques et sanitaires dans lesquelles ils vivent. Par exemple les difficultés d’accès aux services de santé en raison des distances, de l’indisponibilité ou de l’insuffisance du personnel et du matériel pour répondre aux besoins. Le mode de vie est un autre facteur de risques : habiter des maisons collectives, le partage des ustensiles ; parfois l’absence d’eau potable en raison de la pollution de celle-ci par des métaux lourds dans les zones minières qui se retrouvent dans les organismes. Autre source de contamination, la présence d’envahisseurs comme les 20’000 garimpeiros (orpailleurs illégaux) qui sont présents sur plusieurs rivières de la Terre Indigène Yanomami – TI-Y ou des madeireiros (marchands de bois illégaux) responsables de la déforestation qui a repris de l’ampleur.

    Autre danger, la pression exercée par les lobbys de l’agrobusiness, des évangéliques et de l’armée qui se manifeste par la présence de nombreux de leurs représentants au sein des administrations. À cela s’ajoute l’adoption de mesures législatives, ou réglementaires, qui vont à l’encontre des droits des peuples indigènes. Un sens voulu par le gouvernement. Ainsi, dans le cadre d’une enquête, la Cour Suprême a imposé la publication de l’enregistrement d’une réunion ministérielle tenue le 22 avril. On apprend, à cette occasion, que le Ministre de l’environnement, Ricardo Salles, est d’avis de profiter du temps pendant lequel la société et les médias sont préoccupés par le Covid-19 pour alléger les règles de protection de l’environnement (dont on sait l’importance pour les peuples indigènes). Lors de la même réunion, le Ministre de l’Éducation, Abraham Weintraub, a affirmé détester le terme « Peuples indigènes ». Un reflet de l’état d’esprit régnant dans les hautes sphères de l’État.

    Cette situation fait dire à Arthur Virgilio Neto, Maire de Manaus : « Je crains un génocide dans notre [État d’] Amazonas car nous avons un président qui ne se soucie pas des peuples indigènes et ne valorise pas cette culture. Je veux signaler ce crime contre l’humanité qui se produit dans ma région ».

    Il n’y a pas que les peuples du Brésil qui sont en danger. Le 4 juin 2020, les Secrétariats des Droits humains de l’ONU pour l’Amérique du Sud et de la Commission Interaméricaine des Droits Humains – CIDH, ont adressé une note aux gouvernements de la région soulignant le besoin urgent de protéger les peuples autochtones du Covid-19. Pandémie qui met en cause leur existence même, dit le communiqué.

    Les organisations indigènes réagissent

    Les peuples indigènes et les organisations indigènes et indigénistes ne restent pas sans réagir. Parmi les réactions, il convient de citer l’action du Front Parlementaire Mixte de Défense des Droits des Peuples Indigènes de la Chambre des Députés dont la Coordinatrice est une indigène, Joênia Wapichana. À la fin mars déjà, il a déposé un Projet de Loi (No 1142/2020) pour la mise en œuvre, en urgence, de mesures de protection sociale pour lutter contre la dissémination du Covid-19 dans les territoires indigènes. La Chambre l’a adopté le 21 mai et l’a transmis au Sénat. Au cours de la discussion, concernant les peuples isolés ou de récent contact, une disposition a été introduite dans le projet permettant aux missions religieuses déjà présentes dans ces communautés de pouvoir y rester avec l’aval du médecin responsable. Il s’agit - là d’une faveur faite aux missions évangéliques. La COIAB a très vite réagi à ce qu’elle considère comme une menace : « L’invasion des missionnaires a toujours apporté la tragédie et la mort de nos parents qui ont été forcés au contact et ce n’est pas maintenant que ce sera différent ». Elle demande la suppression de cette partie du texte et le retrait immédiat des missions religieuses des Terres Indigènes dans lesquelles se trouvent des peuples isolés. « Nous sommes en faveur de la création de ce plan d’urgence pour les peuples indigènes, mais nous n’accepterons jamais de négocier les droits de nos parents isolés et de récent contact. Nos vies et nos droits ne sont pas négociables ». À voir ce qui se passera au Sénat fédéral qui doit se prononcer le 16 juin sur ce projet.

    Appel à l’OMS

    Le 4 mai dernier, le même Front a été à l’initiative d’une « Lettre ouverte » adressée au Directeur Général de l’Organisation Mondiale de la Santé – OMS lui demandant d’intervenir auprès des pays de l’Amérique Latine pour qu’ils prennent rapidement des mesures spécifiques afin de garantir la protection des peuples indigènes qui sont parmi les groupes les plus vulnérables au Covid-19. Le document, signé par près de 200 entités et personnalités, évoque la situation dans plusieurs pays. Il est demandé que l’OMS favorise la création d’un Fonds d’urgence pour répondre aux demandes des communautés face à la pandémie. Les auteurs de la lettre n’ont pas indiqué s’ils avaient reçu une réponse particulière. Mais, lors de la 73e Assemblée Mondiale de la Santé, tenue en mode virtuel a minima, à Genève, du 17 au 21 mai, le Directeur Général aborde la question du Covid-19 : … « Il n’y a pas de solution miracle… Cependant, il existe de nombreux éléments que toute stratégie nationale devrait intégrer : une riposte mobilisant l’ensemble des pouvoirs publics et toute la société, consistant à appeler les personnes et les communautés à se protéger et à protéger les autres en leur en donnant les moyens… enfin, une attention particulière aux groupes vulnérables… ». Et le 19 mai, l’Assemblée a adopté une Résolution (WHA73.1) intitulée « Riposte à la COVID-19 ». Le point 7 appelle les États membres… 2) à appliquer des plans nationaux... en prêtant une attention particulière aux besoins des personnes vulnérables, en encourageant la cohésion sociale, en prenant les mesures nécessaires pour assurer la protection sociale et la protection contre les difficultés financières et en s’attachant à prévenir l’insécurité, la violence, la discrimination, la stigmatisation et la marginalisation. ».

    A signaler encore que des organisations nationales et internationales et des personnalités - dont Lélia et Sebastião Salgado - ont déjà apporté leur soutien aux peuples indigènes. Ces derniers par le biais d’une pétition.

    Appel des Yanomami

    On l’a vu, les Yanomami sont particulièrement en danger. Au début juin, le Forum des leaders Yanomami et Ye’kwana de la TI-Y a lancé une pétition sur les réseaux sociaux pour demander aux autorités d’agir sans tarder pour évacuer les garimpeiros présents dans leur territoire. Ce 9 juin, le texte a déjà reçu plus de 220'000 signatures. AYA vous invite à vous y associer.

    Ce paragraphe est l’occasion de rappeler la solidarité avec les Yanomami pratiquée par deux ONG genevoises, celle qui édite ce bulletin : Appui aux Yanomami d’Amazonie – AYA, et le Mouvement pour la Coopération Internationale – MCI. Elles apportent, avec le soutien de plusieurs collectivités publiques genevoises, une aide concrète à travers les programmes du « Service et Coopération avec le Peuple Yanomami – SECOYA » dont le siège est à Manaus. Les actions sur le terrain sont momentanément suspendues en raison de la pandémie. Cette solidarité est certainement modeste, mais elle a le mérite d’exister dans la durée.

                                                                              ***

    *Voir sur ce blog la note du 22 mars 2020.

    PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, permettent d'en "savoir plus".

    Cette note sera publiée dans le prochain « AYA Info » No 133, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 13, rue des Bossons - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

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  • Brésil : le coronavirus, un danger supplémentaire pour les peuples indigènes

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    La pandémie du coronavirus n’épargne pas le Brésil. Au soir du 21 mars, le Ministère de la santé annonçait 1'128 cas confirmés dans 26 États de l’Union et 18 morts dans ceux de São Paulo (15) et Rio de Janeiro (3). Pour ce qui est des indigènes, un premier cas suspect d’infection par le Covid-19 concerne une indigène Pataxó qui est à l’isolement dans son village du sud de l’État de la Bahia. Employée dans un hôtel de la région, elle est en attente du résultat du test. Trois indigènes (un adulte - guide touristique - et deux enfants) du peuple Marubo de la région d’Atalaia do Norte, dans l’État d’Amazonas, présentent également des symptômes d’infection.

    Les organisations indigènes et indigénistes sont inquiètes. Elles redoutent qu’un nouveau « choc microbien », comme il y en a déjà eu dans le passé, vienne décimer les peuples premiers du pays. Aussi la réaction a été rapide. La première mesure, prise le 12 mars déjà, par l’Articulation des Peuples Indigènes du Brésil – APIB a été le report, à une date ultérieure, pas encore fixée, du seizième « Campement Terre Libre », le grand rassemblement annuel des peuples indigènes de l’ensemble du pays. Une réunion initialement prévue du 27 au 30 avril à Brasilia. L’Articulation rappelle la nécessité de développer le service de santé indigène. Elle s’inquiète également des risques non seulement d’un ethnocide, mais aussi d’un douloureux génocide qu’une politique de contact avec les peuples isolés et de contact récent ferait courir à ces derniers. Sur sa page Facebook elle rappelle que les peuples indigènes, en raison de leur mode de vie communautaire, sont spécialement vulnérables à ces maladies introduites par les non-indigènes et contre lesquelles les méthodes traditionnelles de soins n’ont pas d’effet. Elle détaille la conduite à tenir face à cette pandémie. Plusieurs organisations indigènes ont déjà décidé de restreindre ou d’interdire l’entrée dans leur Terre Indigène (TI), de suspendre toutes les activités prévues à l’intérieur de celles-ci et les voyages de leurs membres à l’extérieur.

    La Fondation Nationale de l’Indien – FUNAI s’est également manifestée. Un arrêté du 17 mars, signé par son président, établit des mesures temporaires exceptionnelles pour lutter contre la propagation du Covid-19. Mais l’art. 4 de ce texte inquiète. Il permet aux Coordinations régionales de pouvoir autoriser le contact avec des communautés indigènes isolées. Une prérogative jusque-là réservée à la Coordination Générale des Indigènes Isolés et de Récent Contact – CGIIRC*. Nara Baré, la responsable de la Coordination des Organisations Indigènes de l’Amazonie Brésilienne – COIAB trouve ce texte « confus et tendancieux ». Le 19 mars, le Ministère Public Fédéral a adressé une « Recommandation » au président de la FUNAI lui demandant de s’abstenir de promouvoir des actions et/ou des activités laïques ou religieuses, terrestres, fluviales et/ou aériennes dans les zones proches des peuples isolés. Il lui recommande également de révoquer cet article 4.

    Au début de ce mois de mars, une délégation brésilienne constituée de représentants de trois ONGs** et du leader yanomami Davi Kopenawa était à Genève pour la 43e session du Conseil des droits de l’homme. Il s’agissait de faire connaître à ce dernier, et à l’opinion publique au niveau international, les risques pesant sur les peuples indigènes isolés. Un rapport a été publié pour l’occasion.

    Les risques de propagation du covid-19 parmi les peuples indigènes est particulièrement marqué quand les TI sont envahies par des non-indigènes, notamment par des garimpeiros (des orpailleurs illégaux) comme c’est le cas pour la TI Yanomami. Récemment, la chaîne de télévision « France 24 » a publié un reportage montrant la détermination de ceux-ci à exercer librement leur activité maintenant que le Président de la République s’est déclaré favorable à l’exploitation minière dans les TI…

    Les menaces s’accumulent sur les peuples indigènes, en particulier sur les groupes isolés.

                                                                            ***

    *Mis sous la responsabilité d’un évangéliste en février dernier ce qui a provoqué de nombreuses réactions négatives. Voir sur ce blog la note du 9 février 2019.

    **Les trois ONG sont : Conectas Direitos Humanos, Comissão Arns et l’Instituto Socioambiental

    PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, permettent d'en "savoir plus".

    Cette note sera publiée dans le prochain « AYA Info » No 132, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 13, rue des Bossons - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

  • Brésil : Les médecins cubains rentrent chez eux

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    Huit mille trois cent trente-deux médecins cubains engagés au Brésil dans le programme « Mais Médicos » (Plus de médecins) vont retourner sur leur île. En effet, le 14 novembre, le Ministère de la Santé Publique cubain a fait connaître sa volonté de cesser sa participation* à ce programme de coopération avec le Brésil. La Havane explique son geste par le fait que « Le président élu du Brésil, Jair Bolsonaro, à travers des commentaires directs, désobligeants et menaçants concernant la présence de nos médecins, a déclaré à plusieurs reprises qu’il allait modifier les termes et conditions du Programme « Plus de Médecins » au mépris de l’Organisation panaméricaine de la santé et ce qui avait été convenu avec Cuba. En remettant en question la formation de nos médecins et en conditionnant leur maintien dans le programme à l’homologation de leur diplôme et, comme seule modalité, le recrutement individuel. »

    Le programme « Plus de médecins » est le fruit d’un accord à trois : le Brésil, l’Organisation Panaméricaine de Santé – OPS et Cuba. Il a été créé en 2013 pour lutter contre les nombreux déserts médicaux existant dans les zones rurales, les quartiers pauvres des agglomérations et les aires indigènes du pays.

    Pour les autochtones, au niveau national, le service de santé est chapeauté par le Secrétariat Spécial de Santé Indigène – SESAI qui comprend trente-quatre « Districts Sanitaires Spéciaux Indigènes – DSEI » où exerçaient 301 médecins cubains. Une grande partie d’entre eux – 223 - pratiquait dans les vingt-cinq DSEI de l’Amazonie, dont le District Sanitaire Yanomami qui a son siège à Boa Vista, la capitale de l’État de Roraima. Selon plusieurs témoignages, dans leur pratique, les médecins cubains mettent l’accent sur la prévention et sont très à l’écoute de leurs patients.

    La contestation de ce programme est ancienne. En juillet 2013, la Chambre des députés débattait de la « Mesure provisoire » présentée par Dilma Rousseff. Jair Bolsonaro, député de Rio de Janeiro, alors membre du Parti Progressiste, y est intervenu pour exprimer son opposition à ce dispositif : « Cette mesure provisoire qui traite des médecins, MP 651, est une chose typique des pays dictatoriaux… ». La loi du 22 octobre 2013 qui a remplacé la « Mesure provisoire » a été contestée en justice par une association de médecins peu après son adoption. Mais le Tribunal Suprême Fédéral – STF l’a jugée constitutionnelle en 2017.

    Pour remplacer les partants, le Ministère brésilien de la santé a lancé un appel à candidature qu’il annonce avoir été entendu. Reste à savoir si cette transition ne va pas encore fragiliser le Système Unique de Santé déjà affaibli par des restrictions budgétaires. Quelles en seront les conséquences pour le service de santé dans les communautés indigènes ? À suivre…

                                                                               ***

    *Longue note en français.

    PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, permettent d'en "savoir plus".

    Cette note sera publiée dans « AYA Info » No 124, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 13, rue des Bossons - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

  • Brésil : Un projet d’article additionnel au « Statut de l’Indien » fait controverse

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    Le 14 novembre, la Commission des "Droits Humains et Législation participative" du Sénat brésilien a commencé l'examen d'un projet loi - PL (PLC 119/2015) qui introduit un nouvel article dans le "Statut de l'Indien" de 1973. Ce texte concerne les communautés indigènes. Il veut établir un devoir pour l'Union, les États, les municipalités et les autorités responsables de la politique indigéniste d'assurer la dignité de la personne humaine et de mener des actions en vue de garantir le droit à la vie, à la santé et à l'intégrité physique et psychique des enfants, des adolescents, des femmes, des personnes porteuses de déficiences et des indigènes âgés. Cela en préférence aux pratiques traditionnelles indigènes. Les citoyens et les entités qui ne dénonceraient pas les pratiques contraires aux doits énoncés dans cet article seraient passibles de poursuites. En fait, il s'agit surtout de criminaliser les peuples indigènes qui pratiqueraient l'infanticide de nouveau-nés et leurs alliés.

    Dans la culture de certains peuples, la reconnaissance de l'existence d'un nouveau-né n'intervient pas au moment de la naissance, mais quand la communauté lui donne une identité. Compte tenu des conditions dans lesquelles vivent ces groupes, il peut y avoir des cas où ces derniers n'acceptent pas le nouveau-né pour des raisons diverses : un état physique ne lui permettant pas d'avoir une existence heureuse ou que sa communauté ne soit pas en mesure de le protéger en toutes circonstances.

    Un projet controversé, critiqué par les entités de soutien à la cause indigène. Pour la Fondation Nationale de l'Indien – FUNAI, ce projet de loi part du présupposé que l'État brésilien a totalement omis de légiférer sur le sujet qui existe chez les indiens et les non-indiens, un projet qui ne prend pas en compte la législation déjà existante : "il n'est pas nécessaire de créer une autre loi".

    Le texte original (PL-1057/2007) présenté en mai 2007 à la Chambre des Députés a été rédigé par Henrique Afonso, un député de l'État d'Acre connu pour son appartenance à l'Église Presbytérienne. La Chambre des Députés, alors présidée par Eduardo Cunha*, l'a adopté le 26 août 2015 par 361 oui, 81 non et 9 abstentions avant d'être envoyé au Sénat. Avant le vote, une controverse avait déjà opposé les députés.

    Il est pour le moins significatif que le Parlement veuille modifier le "Statut de l'Indien" de 1973 adopté sous la dictature militaire qui prévoit toujours un régime de tutelle de l'État sur les "sylvicoles" non intégrés à la communauté nationale. Un Statut rendu obsolète par la Constitution de 1988 qui reconnaît aux Peuples indigènes leur organisation sociale, leurs coutumes, croyances et traditions et qui a supprimé la tutelle.

    Pour remplacer ce texte de 1973, un projet de "Statut des Peuples Indigènes", fruit d'une large consultation des Peuples indigènes du pays, a été adopté par leurs représentants, à Brasilia, lors du campement "Terre libre" d'avril 2009. Ce document été déposé le 5 août de la même année à la Chambre des Députés, alors présidée par Michel Temer. Il contient plus d'une dizaine d'articles consacrés à la protection de l'enfant et de l'adolescent indigènes et aux normes pénales et procédurales. Mais ce texte est toujours dans les tiroirs du parlement !

    De l'avis des professionnels de santé intervenant auprès des populations indigènes, l'infanticide que veut réprimer ce projet de loi serait une pratique très rare. Le nombre de cas n'aurait rien à voir avec le taux de mortalité infantile indigène dû aux maladies, à la malnutrition et aux carences du Service de santé. Selon le Ministère de la Santé, ce taux était de 74,61 morts (dans la première année de vie) pour mille naissances en 2000. Il est descendu à 31,28 en 2015. Mais il est encore 2,3 fois au dessus de la moyenne nationale qui est à 13,8 décès pour mille bébés nés vivants.

    Plusieurs entités ont eu l'occasion de débattre du sujet et de se positionner. Le 10 février 2010 déjà, la Commission de Politique Indigéniste – CNPI qui regroupe des représentants des institutions publiques en charge des questions indigènes, dont la FUNAI, des associations indigénistes et des organisations et peuples indigènes a adopté une résolution adressée au Président de la Chambre des Députés, dans laquelle elle demande le classement définitif du PL.

    Le rapport présenté, en octobre 2009, lors de la XVIIIe Assemblée générale du Conseil Indigéniste Missionnaire – CIMI, l'organe de la Conférence Nationale des Evêques du Brésil - CNBB en charge des questions indigènes, évoque ce projet de loi : "...l'infanticide est présenté comme étant le problème central qui menace la vie des peuples indigènes… Le CIMI défend la vie intégrale de tous, en toutes circonstances… La vie des peuples indigènes n'est pas menacée seulement par quelques cas isolés, mais systématiquement par les conflits en rapport avec la question agraire, par le modèle hégémonique de développement, la dégradation sociale et la destruction de la nature… Leurs vies ne sont pas menacées par un infanticide interne à une culture, mais par l'ethnocide de type néocolonial".

    Le 6 mars 2015, l'Association Brésilienne d'Anthropologie – ABA a adressé une lettre au président de la Chambre des Députés dans laquelle elle demande le classement de ce projet de loi. Son argumentation aborde plusieurs points. Par exemple, elle reproche au texte ne pas être une campagne pour la vie, mais "une tentative de criminalisation mettant les collectivités indigènes en état permanent d'accusées, une rhétorique déjà utilisée par les colonisateurs de l'Amérique."

    Le 8 octobre 2015, dans une recommandation, le Conseil National de Santé, après avoir rappelé que le Code pénal brésilien s'applique indistinctement à tous les brésiliens, y compris aux indigènes, demande au Sénat de rejeter ce projet de loi qui viole plusieurs principes constitutionnels, notamment l'égalité de traitement et la non discrimination.

    Inspiré par des fondamentalistes, ce texte est soutenu par de nombreux lobbyistes anti-indigènes présents au Parlement. Ils ont vu dans ce projet un moyen supplémentaire de criminaliser les peuples indigènes et leurs alliés sous prétexte de promouvoir les droits humains.

    À suivre…

    * "Tombeur" de Dilma Rousseff, lui aussi membre de la "Bancada evangélica" avant son éviction du Parlement.

                                                                       ***

    PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

    Cette note a été publiée dans "AYA Info" No 113, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2