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  • Brésil : la guerre en Ukraine, raison supplémentaire de Bolsonaro pour ouvrir les Terres Indigènes à l’exploitation minière !

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    Brésil, Brasil, Brasilia, Jair Bolsonaro, decreto, N° 10.996, de 11 de fevereiro de 2022, mineração, programa de Apoio ao desenvolvimento da mineração Artesanal e em Pequena Escala, Pró-Mape, Ministério de Minas e Energia, Secretaria-Geral da Presidência da República, Câmara, Deputados, Projeto de Decreto Legislativo, Joênia Wapichana, Portaria N° 667, de 9 de fevereiro de 2022, Ukraine, Ucrania, fertilizantes, engrais, PL 91/2020, Ciro Nogueira Lima Filho, Ricardo Barros, Ato pela Terra, MPF, Quem e Quem, Cumplicidade na destruição, Arthur Lira, Acampamento Terra LivreAvant même le déclenchement de la guerre en Ukraine, le 11 février dernier, le Président brésilien a signé un décret instituant un programme d’appui au développement de l’exploitation minière artisanale et à petite échelle. L’Amazonie légale* est désignée région prioritaire pour la mise en œuvre de cette action. Il est prévu de simplifier et d’accélérer les procédures d’autorisations d’ouverture des chantiers.

    Les premières réactions hostiles à ce décret sont venues de l’opposition au sein de la Chambre des Députés. Une demi-douzaine de Projets de Décrets Législatifs** (PDL) ont été déposés par des Députés. Ils ont tous pour objet de suspendre les effets du décret présidentiel. Joênia Wapichana – première femme indigène élue députée de l’histoire du Brésil – a déposé l’un de ces PDL. Elle y relève l’absence de définition de la notion « d’exploitation minière artisanale et à petite échelle. » Pour elle : « Ce Décret va renforcer les activités extractives tant à l’intérieur des Terres Indigènes de l’Amazonie que dans leur voisinage. Il pourra avoir des impacts irréversibles pour l’environnement et pour la vie des communautés traditionnelles. En résumé il pourra indirectement légaliser l’exploitation minière illégale ! » Ces textes doivent être discutés et adoptés par le parlement majoritairement défavorable aux peuples indigènes…

    La pression du gouvernement pour favoriser l’exploitation minière en Terres Indigènes s’était déjà manifestée dans un Arrêté du 9 février, signé par le chef de la Maison civile de la Présidence de la République, Ciro Nogueira Lima Filho. Ce dernier y a dressé une liste de 45 projets de lois à être traités prioritairement par le parlement en 2022, dernière année de la législature. Parmi ceux-ci, le Projet de Loi N° 191/2020 qui ouvre les Terres Indigènes à l’exploitation minière. Un texte à propos duquel les organisations indigènes*** ont maintes fois manifesté leur hostilité, notamment à cause de la déforestation, de la pollution des rivières et de la violence accompagnant cette activité.

    En raison de la guerre en Ukraine, les – peut-être – nécessaires changements de fournisseurs en engrais des agriculteurs brésiliens, ont donné l’occasion au Président Bolsonaro (par deux fois, le 2 mars, sur son compte Twitter) d’affirmer que l’approbation de ce Projet de Loi résoudra le problème. Le député Ricardo Barros, de la base gouvernementale à la Chambre des Députés a réuni le nombre de soutiens nécessaire pour engager le vote de cette loi en procédure d’urgence. Ce vote a eu lieu ce 9 mars par 279 oui, 180 non et 3 abstentions. Le président de la Chambre, Arthur Lira, annonce la création d’un groupe de travail avant que le projet soit traité en plénière dans la première quinzaine d’avril.

    Le Ministère Public Fédéral a publié une note le 8 mars rappelant, une fois de plus, l’inconstitutionnalité du projet de loi.

    L’Articulation des Peuples Indigènes du Brésil – APIB (faîtière des organisations indigènes du pays) demande la fin du programme anti-indigène au Congrès national : « L’actuelle crise en Europe ne peut être utilisés comme excuse pour massacrer les droits des peuples indigènes et menacer le futur de la planète ».

    Á Brasilia, ce 9 mars après-midi, de nombreux artistes, en collaboration avec de nombreuses entités de la société civile, ont organisé un « Acte pour la Terre » auquel ont assisté des milliers de personnes. Il s’agissait de protester contre les projets de lois qui mettent en danger l’environnement et les droits des minorités.

    Une autre manifestation, le « Campement Terre Libre » est convoquée à Brasilia par l’APIB du 4 – 8 avril. Y sont attendus des délégations de tous les peuples et organisations indigènes du pays.

    Récemment, le « Comité National de Défense des Territoires face à l’exploitation Minière », en lien avec l’APIB a publié un rapport « QUI EST QUI dans le débat sur l’exploitation minière dans les Terres Indigènes ». Il s’agit d’une étude détaillant les forces en faveur ou opposées au PL 191/2020. Sont passées en revue la position du Gouvernement, des fronts parlementaires au Congrès, des associations économiques, des organisations indigènes, du Ministère Public Fédéral et de la presse.

    Toujours concernant l’exploitation minière, en collaboration avec Amazon Watch, l’APIB a publié en février dernier une quatrième version du rapport « Complicité dans la destruction » sur les entreprises minières et les investisseurs internationaux impliqués dans l’exploitation de l’Amazonie. Le Crédit Suisse, l’Union de Banques Suisses, Glencore, Vale, sont des noms qui apparaissent dans cette étude…

    Les ressources minières du Brésil sont l’objet de nombreuses convoitises !

    ***

    *L’Amazonie légale comprend neuf États : Acre, Amapá, Amazonas, Mato Grosso, Pará, Rondônia, Roraima, Tocantins et une partie du Maranhão.

    **Un Projet de Décret Législatif - PDL peut être présenté par un député ou un sénateur, une Commission de la Chambre des députés, du Sénat ou du Congrès et par un message présidentiel. Il suit l’habituelle procédure parlementaire.

    ***Voir sur ce blog, la note du 17 février 2020.

    Photo : © Tiago Miotto /CIMI Des représentants des organisations indigènes du Sud du Brésil manifestent contre le projet de loi à Brasilia le 12 février 2020. Cliquer sur l’image pour en agrandir la taille.

    PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

    Cette note sera publiée dans le prochain "AYA Info" No 140, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 13, rue des Bossons - CH - 1213 Onex / Genève –CCP 15-728614-8 / IBAN : CH 26 0900 0000 1572 8614 8

     

  • Brésil : le Peuples indigènes défendent le service de santé

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    Brasil, Brésil, Brasilia, Amazônia, Amazonie, Amazonas, Autochtones, indigènes, povos indígenas, Ricardo Barros, SESAI, DSEI, MPF, FUNAI, APIB, CIMI, Terras Indígenas, barragens, hidrelétricas, Campo Grande, Mato Grosso do Sul, Saúde, santé indigèneLe 17 octobre, le Ministre d'État de la Santé, Ricardo Barros a signé un arrêté qui enlevait au Secrétariat Spécial de Santé Indigène – SESAI et, à travers lui, les 34 Districts Sanitaires Spéciaux Indigènes - DSEI du pays, leurs compétences en matière de gestion budgétaire et financière. Celles-ci devant être reprises et centralisées par le Ministère à Brasilia. C'est l'autonomie de ces instances qui était supprimée. Dans une note technique, le Ministère Public Fédéral considère que cette décision est illégale et contraire à la Constitution.

    La réaction des organisations indigènes a été rapide et conséquente. Elles y ont vu une dangereuse aggravation du fonctionnement du service de santé indigène qui, déjà, ne donne pas satisfaction. Le 23 octobre, l'Articulation des Peuples Indigènes du Brésil – APIB a appelé les peuples et organisations indigènes à se mobiliser entre le 24 et le 28 octobre pour demander la révocation immédiate de cet arrêté en occupant les bureaux du SESAI dans les différentes parties du pays. L'appel a été entendu. Des manifestations ont effectivement eu lieu un peu partout dans le pays : occupation des bureaux du SESAI, barrages sur des routes, etc. Le Conseil Indigéniste Missionnaire - CIMI a estimé qu'environ onze mille indigènes ont participé au mouvement. Le 26 octobre, l'APIB pouvait annoncer qu'après une rencontre avec le ministre, celui-ci était revenu sur sa décision.

    Dans une note publiée le 14 novembre, l'Articulation s'est adressée aux leaders et aux Peuples indigènes pour manifester sa satisfaction. Mais elle rappelle qu'il y a d'autres sujets préoccupants : la déforestation qui atteint des Terres Indigènes; les projets d'exploitation minière et de construction d'infrastructures (usines hydroélectriques); la réduction des activités de la Fondation Nationale de l'Indien – FUNAI et sa "militarisation" (un colonel a été nommé coordinateur de la Fondation à Campo Grande, dans l'État du Mato Grosso do Sul), etc.

    Elle termine sa note par un appel : "Malgré ce contexte difficile, nos peuples ont déjà démontré qu'ils restaient unis et déterminés à ne pas relâcher leur lutte pour assurer leurs droits consacrés par la Constitution fédérale et les traités internationaux signés par le Brésil. Aucun droit en moins. Résister unis pour continuer d'exister!"

                                                                         ***

    PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

    - Cette note a été publiée dans le dernier "AYA Info" No 112, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2