roraima

  • Brésil : les Indigènes sont plus nombreux dans les conseils municipaux

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    Dans la très grande majorité des 5'568 communes du Brésil, les citoyens ont eu connaissance de la composition de leurs autorités municipales au soir du 15 novembre. Il y a eu un second tour le 29 novembre dans 57 des 95 communes de plus de 200'000 habitants.

    À propos des résultats, une première remarque s’impose : les chiffres sont indicatifs, ils varient selon les sources et la date d’actualisation, y compris ceux - officiels - du Tribunal Supérieur Électoral – TSE. Ainsi, dans la ventilation selon le critère « Couleur ou Race » (1), celui-ci est « Sans information » pour 626 élus.

    Les élus indigènes

    Cette année, pour l’ensemble du Brésil, le Tribunal avait reçu 2'216 candidatures indigènes (2). 190 d’entre eux ont été élu-e-s, dont 8 dans la fonction de maires, 10 comme maires-adjoints et 172 comme conseillers municipaux.

    Pour rappel, en 2016 (3), le TSE avait reçu 1'715 candidatures indigènes, 184 avaient été élus, dont 6 comme maires, 10 maires-adjoints. Il y a vingt ans, aux élections municipales de l’an 2000 (4), environ 350 indigènes avaient été candidats. 83 avaient été élus, dont 1 comme maire, 6 comme maires-adjoints et 76 à la fonction de conseillers municipaux.

    Pour les élections de cette année l’Articulation des Peuples Indigènes du Brésil – APIB, dans un relevé partiel du 23 novembre, annonce avoir pointé 236 élu-e-s indigènes originaires de 71 peuples dont 214 conseillers municipaux, 10 comme maires et 12 maires-adjoints. La différence avec les chiffres du TSE est particulièrement marquée. Mais d’élections en élections, le nombre de candidats et d’élus indigènes a toujours progressé.

    En Amazonie

    Dans les neuf États de l’Amazonie légale (5), selon le TSE, nonante-trois indigènes ont été élus, dont 4 comme maires, sept comme maires-adjoints et quatre-vingt-deux comme conseillers municipaux. Ces élus se sont présentés sur des listes de 21 partis différents (6).

    Toujours pour cette partie du Brésil, daté du 20 novembre et à partir de diverses sources, la Coordination des Organisations Indigènes de l’Amazonie Brésilienne – COIAB a réalisé un pointage provisoire des élu(e)s indigènes. Elle en a compté 116 (dont 21 femmes) Et cela dans 55 des 808 communes de cette partie du pays. Ils, ou elles, représentent 45 peuples. Quatre ont été élus maires, neuf maires-adjoints, 103 conseiller-ère-s municipaux.

    Ces élu-e-s sont affiliés à une vingtaine de partis politiques différents, Seize sont inscrits au Mouvement Démocratique Brésilien – MDB, et autant au Parti Social Démocratique – PSD. Aucun élu n’est affilié au Parti Socialisme et Liberté – PSOL, étiquette sous laquelle Sônia Bone Guajajara s’est présentée à l’élection présidentielle de 2018. Dans l’État de Roraima, trois indigènes ont porté les couleurs du parti Rede Sustentabilidade – REDE (Réseau soutenable) sous lesquelles Joênia Wapichana a gagné son siège à la Chambre des Députés en 2018. Parmi eux, Mário Nicácio, membre de la Coordination Exécutive de la COIAB, a été élu maire-adjoint dans la commune de Bonfim.

    Dans la commune de São Gabriel da Cachoeira (État d’Amazonas) considérée comme la plus indigène du Brésil, 12 des 15 élus sont des indigènes. Clóvis Curubão a été réélu maire, et Eliane Falcão a été élue maire-adjointe. Déjà aux élections d’octobre 2008, un indigène avait été élu maire.

    Souvent minoritaires dans les exécutifs et législatifs communaux les élus indigènes ont un important défi à relever : celui de faire valoir les droits des peuples qu’ils représentent. Et maintenant dans un contexte plutôt hostile.

                                                                         ***

    (1)Il s’agit d’une auto-déclaration obligatoire - mais pas systématiquement contrôlée - des candidats qui se rangent dans l’une ou l’autre catégorie : Blanc, Métisse, Noir, Jaune, Indigène, ou ne donnent aucune indication et sont classés « Sans Information ».

    (2)Voir sur ce blog, la note du 2 novembre 2020

    (3)Voir sur ce blog, la note du 17 octobre 2016

    (4)«Povos Indígenas no Brasil 1996/2000» p. 215 / Instituto Socioambiental / ISA (São Paulo) / ISBN 85-994-09-6

    (5)L’Amazonie légale est composée de neuf États : Acre, Amazonas, Amapá, Mato Grosso, Pará, Rondônia, Roraima, Tocantins et une partie du Maranhão.

    (6)33 partis politiques sont enregistrés auprès du TSE au niveau national.

                                                                        ***

    PS 1 : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, permettent d'en "savoir plus".

    Cette note sera publiée dans le prochain « AYA Info » No 135, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 13, rue des Bossons - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

    PS 2 - Aux lecteurs de ce blog : un grand merci de votre intérêt pour la cause des peuples autochtones. AYA et l’auteur de ces notes souhaitent que chacune et chacun d’entre vous vive ces prochaines fêtes et la nouvelle année au plus près de ses vœux.

  • Brésil : Les Indigènes plus nombreux à se présenter aux élections municipales

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    Les 15 et 29 novembre prochains les citoyens brésiliens sont appelés à élire, pour les quatre ans à venir (2021-2025), les membres des conseils municipaux, les maires et adjoints des 5'568 communes du pays. Le Tribunal Supérieur Électoral – TSE a déjà publié un état des candidatures. Au 30 octobre, il a été saisi de 557’345 demandes de candidatures, contre 496'927 lors du dernier scrutin de 2016*, soit une augmentation de 12 %.

    Au Brésil, les postulants déclarent eux-mêmes appartenir à l’une des cinq catégories (couleur/race) utilisées par le très officiel Institut Brésilien de Géographie et de Statistique – IBGE : jaune, blanc, indigène, mulâtre ou noir. Dans le pays, lors du recensement de 2010, les indigènes représentaient environ 0,4 % de la population totale.

    Pour ces prochaines élections, le TSE a reçu 2'215 candidatures « Indigènes », soit 0,40 % du total. (En 2016, il y en avait eu 1’715 soit 0,35%). En nombre absolus (+ 500), l’augmentation du nombre de candidatures indigènes est de 29 %.

    Parmi celles-ci, 729, soit un tiers, sont des femmes. Les tranches d’âge les plus représentées sont les 30-39 ans (674 ou 30,5 %), les 40-49 ans (752 ou 33,9 %). La moitié des candidatures (1'113) concerne des municipalités de l’Amazonie légale**. La grande majorité (2'099), postule pour un poste de Conseiller municipal. Une quarantaine vise une place de maire et 76 de maire-adjoint. Les candidats indigènes se présentent sur des listes de 32 partis politiques différents. La plus grande partie, 835, appartiennent à des partis connus pour soutenir le gouvernement. Les partis d’opposition sont choisis par 489 candidats ; dont le plus grand nombre, 264, sous l’étiquette du Parti des Travailleurs – PT. Le parti REDE de Joênia Wapichana – la première femme indigène de l’histoire du Brésil à être élue députée - est choisi par 78 candidats. Et le Parti Socialisme et Liberté - PSOL, le parti sous lequel Sônia Guajajara avait présenté sa candidature à la Vice-présidence de la République est choisi par 46 candidats. À propos de cette diversité, dans le texte de lancement de la campagne, l’Articulation des Peuples Indigènes du Brésil – APIB fait remarquer que « La réalité de la politique partidaire, surtout dans les milliers de municipalités distantes des centres urbains, est bien distincte des contextes des grandes capitales. Beaucoup d’alliances locales peuvent relever de contextes différents des visions politiques au niveau national. » Dans le Manifeste qu’elle adresse aux peuples, organisations et leaders indigènes, l’APIB affirme vouloir renforcer la démocratie : « Nous avons, nous peuples indigènes, à occuper ces espaces pour développer une véritable démocratie représentative, participative et populaire… » Plusieurs sites*** appuient déjà les candidatures indigènes. À suivre !

                                                                                  ***

    *Voir sur ce blog, la note du 17 octobre 2016

    **L’Amazonie légale est composée de neuf États : Acre, Amazonas, Amapá, Mato Grosso, Pará, Rondônia, Roraima, Tocantins et une partie du Maranhão.

    ***Voir Campanha indígena, Mídia Ninja, Midia India et Candidate-se

     

    PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, permettent d'en "savoir plus".

    Cette note sera publiée dans « AYA Info » No 134, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 13, rue des Bossons - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

  • Amazonie : En plus de la déforestation, la canne à sucre.

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    Brasil, Brésil, Amazonie, Brasilia, Amazônia, Amazônia legal, Cerrado, Instituto Nacional de Pesquisas Espaciais, INPE, Desmatamento, déforestation, Pará, Roraima, Maranhão, Acre, Mato Grosso, Rondônia, ISA, Instituto Socioambiental, BR-364, BR-163, BR-319, PPCDAm, Plano de Ação para Prevenção e Controle do Desmatamento, Jair Bolsonaro, Cana-de-açúcar, Canne à sucre, Instituto Nacional de Pesquisas da Amazônia, INPA, Lucas Ferrante, Ministério Público Federal, Comissão Pastoral da Terra, CPT, CNBB, Public Eye, Association Européenne de Libre Échange, AELE, Initiative fédérale Entreprises responsablesÀ mi-novembre 2019, l’Institut National (brésilien) d’Enquêtes Spatiales (INPE) a diffusé l’estimation du taux de déforestation en Amazonie légale pour la période allant d’août 2018 à juillet 2019 : 9’762 km2, soit une augmentation de 29,54% par rapport aux douze mois précédents où la déforestation avait été 7'536 km2. C’est l’État du Pará qui a perdu le plus de forêt : 3'862 km2. L’État de Roraima a connu la plus forte différence entre les deux périodes : 617 km2 en 2019 pour 195 km2 en 2018, soit une variation de 216,4 %.

    Une étude de l’Institut Socio-environnemental – ISA de São Paulo, publiée en décembre dernier, montre que les taux les plus élevés de déforestation forment un « arc de déforestation » qui va d’Est en Ouest, des États du Maranhão et du Pará jusqu’à l’État d’Acre en passant par les États du Mato Grosso et Rondônia. ISA relève l’importance de la déforestation à proximité de plusieurs routes fédérales, notamment les BR-364, BR-163 et BR-319. Il a calculé que 75% de la déforestation est observé sur le territoire de 256 municipalités. Dix-neuf d’entre-elles ne sont pas sur la liste du Ministère de l’environnement comme étant prioritaires dans la lutte contre la déforestation. ISA relève également l’augmentation de la taille moyenne des aires détruites, signe pour l’Institut que les auteurs de cette déforestation ont un pouvoir d’achat important. Toujours selon ISA, cette expansion correspond aux municipalités où des représentants du gouvernement ont promis des mesures d’allègement de la surveillance de l’environnement. Il reproche au gouvernement d’avoir abandonné le Plan d’action pour la Prévention et le Contrôle de la Déforestation en Amazonie légale – PPCDAm créé en 2004 dont il demande la reprise. Il note que le recours aux forces armées, en août 2019, a permis la réduction des incendies et de la déforestation.

    Mais une autre source d’inquiétude concernant l’Amazonie est née avec l’annulation, par Jair Bolsonaro le 5 novembre dernier, d’un décret de septembre 2009 qui y empêchait la culture de la canne à sucre. En 2011 déjà, au Sénat fédéral, un projet de loi voulait autoriser cette culture dans une partie du Cerrado et de l’Amazonie. Un projet classé en 2018. Le 11 novembre, un scientifique, Lucas Ferrante, doctorant à l’Institut National de Recherche de l’Amazonie – INPA, a dénoncé la décision présidentielle au Ministère Public Fédéral. Pour le chercheur cette décision « Est un crime de lèse-patrie qui affecte non seulement la plus grande forêt tropicale du monde et sa biodiversité, mais aussi les services environnementaux essentiels pour le maintien de l’approvisionnement humain et l’agriculture des régions Sud et Sud-Est du Brésil. L’impact affectera la capacité agricole du pays ». Dans un communiqué du 14 novembre 2019, la Commission Pastorale de la Terre – CPT liée à la Conférence Nationale des Évêques du Brésil – CNBB, affirme que « Cette autorisation représente plus de violence, de mort et de destruction pour les peuples et les biomes atteints. Elle va aussi contribuer à la réduction des pluies fournies par les rivières volantes chargées de l’humidité du bassin amazonien vers les régions Ouest, Sud-est et Sud du Brésil ». Á suivre…

    La déforestation de l’Amazonie a trouvé un écho en Suisse. Notre pays est l’une des principales plateformes mondiales du négoce des matières premières. Plusieurs de ces acteurs ont des relations d’affaires importantes avec le Brésil et l’Amazonie. Une réalité que vient de rappeler « Public Eye » dans l’édition de janvier de son magazine (No 21). La Suisse, comme membre de l’Association Européenne de Libre Échange – AELE a négocié un accord de libre-échange avec les pays du Mercosur dont le Brésil fait partie. Une coalition d’ONG suisses demande que cet accord contienne des garanties en matière de protection des droits humains et environnementaux. Elles envisagent de lancer un référendum si le traité est insatisfaisant. Est également en cours de discussion l’initiative «Multinationales responsables». Il y a là deux moyens de réduire les dangers pesant sur la forêt amazonienne et les peuples qui veulent la protéger. A voir comment notre pays va répondre à l’appel des peuples autochtones brésiliens venus solliciter la solidarité des Suisses en novembre dernier.

                                                                                  ***

    Illustration © ISA / source Inpe : La nouvelle frontière de la destruction. Le nouvel arc de déforestation en Amazonie met en danger la plus grande forêt tropicale de la planète. Cliquer sur l’image pour en agrandir la taille.

    PS 1 : Sur ce blog, plusieurs billets ont déjà publié les statistiques de l’INPE sur la déforestation. Voir les notes du 30 novembre 2012, 17 avril 2014, 5 décembre 2014, 14 mai 2015 , 10 décembre 2016  

    PS 2 : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, permettent d'en "savoir plus".

    Cette note sera publiée dans le prochain « AYA Info » No 131, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 13, rue des Bossons - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

  • Brésil : Les violences contre les indigènes, des plaies institutionnalisées

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    Brasil, Brésil, Amazonie, Brasilia, Amazônia, indígenas, indigènes, CIMI, Conseil Indigéniste Missionnaire, Conselho Indígenista Missionário, CNBB, Conferência Nacional dos Bispos do Brasil, Relatório, Violência contra os Povos Indígenas no Brasil, Michel Temer, Dom Roque Paloschi, Karipuna, Rondônia, madeireiros, grileiros, Baía dos Guató, Roraima« Les violences contre les peuples indigènes deviennent des plaies institutionnalisées » C’est le titre que donne Dom Roque Paloschi*, à la présentation du Rapport annuel2019 du Conseil Indigéniste Missionnaire (CIMI)**, sur la « Violence contre les Peuples Indigènes au Brésil ». Il s’agit de données relevées en 2018. Comme les précédents rapports (voir PS 1), ces violences sont classées en plusieurs chapitres : Violence contre le patrimoine ; Violence contre la personne ; Violence par omission des pouvoirs publics (dans les domaines de l’éducation scolaire, de la santé, etc.) ; Violence contre les Peuples isolés ou de peu de contact. Chaque cas est documenté.

    Dans le domaine de la « Violence contre le patrimoine », les « Invasions de territoires, exploitation illégale de ressources naturelles et dommages au patrimoine », il a été noté 109 cas contre 96 en 2017. Et, pour les neuf premiers mois de 2019, des données partielles et provisoires font état de 160 cas. Pour illustrer ce type de violence, un article est consacré au peuple Karipuna occupant la Terre Indigène – TI du même nom, située dans l’État de Rondônia. Un peuple qui a été au bord de l’extinction. Dans les années 70, ils étaient huit, cinq adultes et trois enfants. Ils étaient 30 en 1994. Ils sont maintenant 55 ! Cette TI, de 1'530 km2, homologuée en 1998 « … se trouve au centre d’une région caractérisée par une grande et croissante pression exercée par des madeireiros, pêcheurs clandestins et grileiros.*** Cette lutte territoriale interdit aux Karipuna de se déplacer librement sur leur TI. Les envahisseurs entrent de tous les côtés sur leur territoire. […] Les constantes invasions et l’incapacité de l’État à garantir la protection de la terre et du peuple, met les Karipuna sous une réelle menace d’un imminent génocide. […] La destruction de la TI Karipuna est quatre fois supérieure à ce que disent les données officielles : 10'463 ha de forêt ont été dégradés et détruits depuis 1988. 80% de ces dommages se sont produits entre 2015 et 2018, période depuis laquelle il y a eu une intensification des invasions de madeireiros, garimpeiros*** et grileiros. […]  Les leaders Karipuna demandent avec insistance au gouvernement qu’il prenne des mesures pour le retrait du crime organisé qui agit à l’intérieur de leur terre.

    Un autre article aborde la non-réalisation d’opérations au bénéfice des communautés indigènes prévues au budget. Ainsi seulement 67% des 796'000 Reais - R$**** prévus pour le « Programme de conservation et usage de la biodiversité » ont été dépensés. Et 56% de l’enveloppe prévue (51,5 millions de reais) pour l’« Assainissement de base dans les villages indigènes » ont été utilisés. Il en va ainsi, dans des proportions variables pour la « Préservation Culturelle des Peuples Indigènes », la « Promotion des droits des peuples de récent contact ». Le budget pour la « Démarcation et Surveillance des Terres indigènes et la Protection des Peuples Isolés » n’a été dépensé qu’à 24,39% ou 12'123'215 R$. Pour le CIMI, la non utilisation des moyens budgétaires est une forme d’agression contre les droits des peuples originaires.

    À noter encore qu’au chapitre « Violence contre la personne », le rapport fait état d’une augmentation du nombre des assassinats : 135 en 2018 pour 110 en 2017. C’est dans l’État de Roraima qu’il en a été commis le plus : 62.

    Dans l’introduction même de son document, le CIMI affirme que « les violations deviennent la règle et non pas l’exception ». Il considère « qu’il est d’importance capitale, dans le contexte politique et économique actuel du Brésil, que les forces démocratiques, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays, mobilisent et coordonnent leurs actions de défense de la vie contre les politiques d’exclusion, de mort et de dévastation. » L’appel sera-t-il suivi d’effets ?

                                                                             ***

    *Président du Conseil Indigéniste Missionnaire – CIMI et archevêque de Porto Velho (État du Rondônia, en Amazonie brésilienne)

    **Une entité rattachée à la Conférence Nationale des Évêques du Brésil (CNBB)

    ***Madeireiros : forestiers voleurs de bois ; grileiros : individus qui cherchent à s’approprier des terres au moyen de fausses écritures ; garimpeiros : orpailleurs illégaux.

    ****Taux de change au 16 octobre 2019 : 1 real (pluriel : reais > sigle R$ ou BRL) = 0,24082 CHF

    Illustration : Première de couverture du rapport publié le 24 septembre 2019 par le CIMI. Il s’agit d’une photo de Christian Braga /Greenpeace/CIMI prise en juin 2018 au-dessus de la TI Karipuna qui montre la destruction de la forêt par des madeireiros. Cliquer sur l’image pour en agrandir la taille.

    PS 1 : Pour les années précédentes, voir sur ce blog les notes du 17 novembre 2018, 16 novembre 2017, 4 novembre 2016, 28 septembre 2015, 17 septembre 2014, 2 septembre 2013, 14 septembre 2012, 9 septembre 2011 et 3 août 2010      

    PS 2: L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, permettent d'en "savoir plus".

    Cette note sera publiée dans « AYA Info » No 129, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 13, rue des Bossons - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

  • Les Yanomami ont élaboré un plan de gestion territorial

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    Brasil, Brésil, Amazonie, Brasilia, Amazônia, Yanomami, Terra Indígena, PGTA, Service et Coopération avec le peuple Yanomami, Serviço e Cooperação com o povo Yanomami, SECOYA, yanomae, ye’kwana, PGTA, OIT, Convention 169, Convenção 169, Política Nacional de Gestão Ambiental e Territorial de Terras Indígenas, PNGATI, Fernando Collor, Dilma Rousseff, Luiz Inácio Lula da Silva, Amazonas, Roraima, Rio Mucajaí, Rio Uraricoera, Plano de Gestão Territorial e Ambiental, orpailleurs, ameaças, pescadores, caçadores, garimpeiros, madeireiros, piaçabeirosIls y ont travaillé pendant quatre ans ! Les Yanomami et Ye’kwana des différentes régions de la Terre Indigène Yanomami – TI-Y, regroupés au sein de sept associations, ont rédigé collectivement un Plan de Gestion Territorial et Environnemental* – PGTA. Ils ont pu compter sur la collaboration de plusieurs administrations publiques et d’organisations indigénistes, dont le Service et Coopération avec le peuple Yanomami – SECOYA**. Ils ont reçu l’appui financier de plusieurs entités. Ce document a été remis dès la mi-juillet à diverses administrations gouvernementales, judiciaires et autres.

    Pour en faciliter la diffusion, il a été rédigé dans trois des neuf langues autochtones en usage dans la TI-Y : yanomami, yanomae, ye’kwana et, chaque fois, en portugais. Il se compose de plusieurs parties : une présentation de la TI-Y, ce qu’est le PGTA et la manière dont il a été élaboré. Suivent sept thèmes : la manière de prendre les décisions, de renforcer la protection de l’aire yanomami, de générer des revenus ; le maintien et la protection des connaissances traditionnelles, la protection de la forêt ; l’amélioration de la santé et de l’éducation scolaire indigène. Des propositions sont formulées pour chacun de ces thèmes. Un glossaire permet de mieux comprendre le document qui se termine par un protocole de consultation. Il s’agit de la procédure selon laquelle les Yanomami veulent que les autorités les écoutent avant que des projets les concernant soient décidés.

    Le TI Yanomami a été homologuée par un décret du 25 mai 1992 signé par Fernando Collor. Elle s’étend sur 96'649,548 km2, avec un périmètre de 3'370 km. Environ 40% de son territoire se situent sur trois municipalités de l’État d’Amazonas et à 60% sur cinq municipalités de l’État de Roraima. Elle est à la frontière du Venezuela au nord-ouest du Brésil. Elle compte environ 26'000 habitants répartis dans plus de 330 communautés villageoises. La TI-Y est l’une des plus importantes aires forestières continues du pays avec peu de zones déboisées ou dégradées.

    Mais c’est aussi une aire menacée. Elle l’est par des demandes de recherche et d’exploitation minières. Elle l’est par des chasseurs, pêcheurs, marchands de bois et, surtout, par des orpailleurs illégaux. Ces derniers sont particulièrement nombreux (environ 20'000 disent les leaders yanomami) sur les rios Mucajaí et Uraricoera dans le nord de la TI***.

    Un PGTA est un outil permettant aux peuples indigènes de mieux maîtriser leur destin. Celui-ci arrive dans un moment difficile pour tous les peuples indigènes du Brésil. Mais il est aussi le signe de la volonté des Yanomami de résister aux menaces qui pèsent sur eux.

                                                                              ***

    *Un tel plan est élaboré sur la base d’un décret du 5 juin 2012 signé par Dilma Rousseff. Il s’agit d’un texte d’application de la Convention 169 de l’Organisation Internationale du Travail – OIT relative aux peuples indigènes. Convention ratifiée par le Brésil en 2002 et promulguée par un décret du 19 avril 2004 signé par Luiz Inácio Lula da Silva.

    **Le partenaire de AYA et du Mouvement pour la Coopération Internationale – MCI /Genève

    ***Voir la carte ci-dessous (p. 23 ou 101 du  document) :

    Brasil, Brésil, Amazonie, Brasilia, Amazônia, Yanomami, Terra Indígena, PGTA, Service et Coopération avec le peuple Yanomami, Serviço e Cooperação com o povo Yanomami, SECOYA, yanomae, ye’kwana, PGTA, OIT, Convention 169, Convenção 169, Política Nacional de Gestão Ambiental e Territorial de Terras Indígenas, PNGATI, Fernando Collor, Dilma Rousseff, Luiz Inácio Lula da Silva, Amazonas, Roraima, Rio Mucajaí, Rio Uraricoera, Plano de Gestão Territorial e Ambiental, orpailleurs, ameaças, pescadores, caçadores, garimpeiros, madeireiros, piaçabeiros

    PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, permettent d'en "savoir plus".

    Illustrations : Cliquer sur l'image pour en agrandir la taille.

    Cette note sera publiée dans le prochain « AYA Info » No 128, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 13, rue des Bossons - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

  • Brésil : Un « Front de défense des droits des peuples indigènes » est créé au parlement

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    Brasil, Brésil, Amazonie, Brasilia, Amazônia, Joênia Batista de Carvalho, Joênia Wapichana, Frente parlamentar mista em defesa dos direitos dos povos indígenas, FPMDDPI, Acre, AC, Amapá, AP, Amazonas, AM, Maranhão, MA, Mato Grosso, MT, Pará, PA, Rondônia, RO, Roraima, RR, Tocantins, TO, Distrito Federal, Câmara dos Deputados, Senado, Partido dos Trabalhadores, PT, Partido Socialista Brasileiro, PSB, Senador, senadora, deputado, deputada, agropecuáriaSous l’impulsion de la première femme indigène élue à la Chambre des députés, Joênia Wapichana (1) , un « Front Parlementaire Mixte (2) de Défense des Droits des Peuples Indigènes - FPMDDPI » a été créé le 28 mars, et lancé le 4 avril dernier à la Chambre des Députés à Brasilia (3).

    Il s’agit, pour son initiatrice, de défendre les droits des peuples indigènes garantis par la Constitution fédérale de 1988, d’améliorer la législation et les politiques publiques qui en découlent. Un véritable défi dans la conjoncture politique actuelle.

    Au parlement brésilien (4), la Chambre des Députés compte 513 membres et le Sénat 81 répartis dans une trentaine de partis politiques. Le Front pro-indigènes compte 210 Députés et Députées appartenant à 25 partis, représentant 26 États de l’Union et du District fédéral (Brasilia). Et les 27 Sénateurs et Sénatrices qui y ont adhéré sont de 12 partis différents et ils sont originaires de 16 États et du District fédéral.

    Minoritaire, le Front est cependant représentatif des différentes régions du Brésil. Mais il y a seulement 45 représentants des 9 États amazoniens (5). Le Parti des Travailleurs - PT, avec 51 députés et 3 sénateurs est le parti le plus représenté dans le Front. Il est suivi par le Parti Socialiste Brésilien – PSB avec 29 députés et 3 sénateurs.

    Les femmes y ont une place non négligeable. Parmi les 77 Députées élues en octobre dernier, 48 ont adhéré au « Front », dont 7 viennent d’Amazonie. Trois Sénatrices en sont membre, mais elles représentent d’autres États d’autres régions du pays que l’Amazonie.

    A titre indicatif, le Front parlementaire « Agropecuária – FPA » qui défend les intérêts de l’agrobusiness, souvent opposés à ceux des Indigènes, compte 225 Députés et 36 Sénateurs. À relever que des parlementaires s’inscrivent dans plusieurs « Fronts » dont les objectifs ne sont manifestement pas convergents.

    Dans les deux législatures précédentes 2011- 2015 et 2015 - 2019, il y a déjà eu un « Front parlementaire d’appui aux Peuples Indigènes » à la Chambre des Députés, mais leurs membres ont travaillé dans un contexte moins tendu qu’actuellement…

                                                                                     ***

    (1) Voir sur de blog les notes du 21 octobre et du 31 décembre 2018.

    (2) Mixte, parce qu’il est composé de membres de la Chambre des Députés et du Sénat

    (3) Il y a plus d’une centaine de ces « Fronts » constitués à la Chambre des Députés au début avril 2019.

    (4) La Chambre des Députés compte 513 élus pour 4 ans, et le Sénat 81 élus pour 8 ans.

    (5) États de l’Amazonie légale brésilienne : Acre – AC, Amapá – AP, Amazonas – AM, Maranhão – MA (partiellement), Mato Grosso – MT, Pará – PA, Rondônia – RO, Roraima – RR, Tocantins - TO

    Photo © Adilvane Spezia / CIMI : À gauche, Joênia Wapichana lors du lancement du « Front de défense des Droits des Peuples Indigènes ». Cliquer sur la vignette pour agrandir l’image.

    PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, permettent d'en "savoir plus".

    Cette note sera publiée dans le prochain « AYA Info » No 126, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 13, rue des Bossons - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

  • Voix et visions autochtones du Brésil

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    Brasil, Brésil, Amazonie, Voix et visions autochtones du Brésil, Daiara Tukano, Fernanda Kaingang, Jaider Esbell, Alto Rio Negro, Amazonas, Kaingang, Raposa Serra do Sol, Roraima, MacuxiElle fera étape à Genève du 1er au 5 avril. Une délégation indigène brésilienne est en tournée européenne ces mois de mars et avril. Ses trois membres, Daiara Tukano, Fernanda Kaingang et Jaider Esbell ont un engagement couvrant divers domaines. « Nous portons un éventail d’alternatives, d’activités et de propositions. Elles permettent de voir les violations des droits humains contre nos peuples au Brésil dans le contexte actuel du gouvernement de Jair Bolsonaro et cela dans une perspective historique longue. »

    Daiara Tukano vient du Haut Rio Negro dans l’État d’Amazonas, au nord-ouest du Brésil. Elle porte le nom de son peuple. Entre autres activités elle anime une radio indigène. Lucia Fernanda Inácio Belfort Sales, plus connue sous le nom de Fernanda Kaingang, elle aussi, porte le nom de son peuple qui est dans plusieurs États du sud du Brésil. Avocate, elle est notamment compétente en matière de propriété intellectuelle. Jaider Esbell est un artiste Macuxi*, un peuple de l’État de Roraima, dans le nord du Brésil. C’est l’un des groupes vivant dans l’emblématique Terre Indigène Raposa Serra do Sol, dont la démarcation, par Lula en 2005, a été obtenue après des années de lutte et non sans avoir été contestée jusque devant le Tribunal Suprême Fédéral.

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    *Prononcer « Macouchi »

    Les lecteurs de cette note trouveront programme et l’objectif de leur voyage en Europe en cliquant > ICI

    Pour leur étape genevoise, qui comporte une exposition et des rencontres, voir ci-dessous :

    Brasil, Brésil, Amazonie, Voix et visions autochtones du Brésil, Daiara Tukano, Fernanda Kaingang, Jaider Esbell, Alto Rio Negro, Amazonas, Kaingang, Raposa Serra do Sol, Roraima, Macuxi

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Image du haut : Cliquer sur la vignette pour en agrandir la taille.

    PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources permettent d'en "savoir plus".

  • Joênia Wapichana, prix 2018 des Droits de l’homme de l’ONU

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    Brasil, Brésil, Amazonie, Brasilia, Amazônia, Joênia Batista de Carvalho, Joênia Wapichana, ONU, Prix Droits de l’homme 2018, Nations Unies, New York, António Guterres, Michelle Bachelet, Maria Fernanda Espinosa, Rebeca Guymi, Asma Jahangir, Front Line Defenders, Martin Luther King, Nelson Mandela, Commission Interaméricaine des Droits Humains, CIDH, STF, Raposa Serra do Sol, Roraima, Conselho Indígena de Roraima, CIR, Genebra, Genève, MEDPA, Câmara dos Deputados Le 18 décembre, une indigène brésilienne, Joênia Batista de Carvalho, plus connue comme Joênia Wapichana, (du nom de son peuple), était à New York pour y recevoir le prix Droits de l’homme des mains du Secrétaire Général de l’ONU, António Guterres. Cela en présence de Maria Fernanda Espinosa, la présidente de l’Assemblée générale et de Michelle Bachelet, Haut-Commissaire des Nations Unies aux Droits de l’homme.

    Ce prix est remis tous les cinq ans à plusieurs personnalités ou institutions. Cette dernière édition a vu deux autres femmes être distinguées : Rebeca Guymi, de Tanzanie, militante pour le droit des filles à l’éducation. À titre posthume, Asma Jahangir, avocate des droits humains au Pakistan. Et à une institution, la Fondation irlandaise « Front Line Defender » qui a pour objectif la protection des défenseurs des droits humains en danger. Parmi les anciens lauréats – le prix a été créé en 1968 - il y a, en 1978, Martin Luther King (à titre posthume) ; et Nelson Mandela en 1988.

    Interviewée par ONU News, Joênia dit que ce prix signifie la reconnaissance des peuples indigènes dans le système des droits humains : « Le prix est justement pour dire que nous ici, dans ce monde, nous faisons partie de la société, avec une culture différente, une forme de vie différente… Alors, être reconnue comme défenseure des droits humains signifie que j’ai une cause à défendre. Cette cause doit être visible dans le contexte de l’ONU ».

    L’engagement de Joênia en faveur de la cause indigène n’est pas récent. Ainsi, en mars 2004, elle a déposé une pétition devant la Commission Interaméricaine des Droits Humains - CIDH pour demander son intervention auprès du Gouvernement brésilien pour que celui-ci protège les communautés indigènes de la Terre Indigène Raposa Serra do Sol. En août 2008, Joênia a été la première femme avocate indigène à plaider une cause devant le Tribunal Suprême Fédéral. La Cour était alors appelée à juger de la validité de la démarcation de la Terre Indigène Raposa Serra do Sol en aire continue. Une Terre Indigène de l’État de Roraima sur laquelle vivent les Wapichana. En juillet 2013, alors conseillère juridique du Conseil Indigène de Roraima – CIR, Joênia était à Genève pour participer à une session du Mécanisme d’Experts sur les Droits des Peuples Autochtones – MEDPA. Réunion consacrée à l’accès à la justice dans la promotion et la protection des droits des peuples autochtones.

    Plus récemment, le 7 octobre dernier, Joênia a été élue à la Chambre des Députés pour représenter l’État de Roraima. C’est là une autre « première » à son actif : jamais dans l’histoire du Brésil une femme indigène n’a occupé un tel poste. Son mandat va commencer le 1er février 2019, avec le début de la 56e législature qui se terminera le 31 janvier 2023.

    La distinction qui lui a été accordée arrive au moment où les droits des peuples indigènes du Brésil sont menacés. Faut-il y voir un signe de l’ONU au futur gouvernement brésilien ?

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    Photo : Charles Resplande - ONU News. Cliquer sur la vignette pour agrandir l’image

    PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, permettent d'en "savoir plus".

    Cette note sera publiée dans « AYA Info » No 125, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 13, rue des Bossons - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

  • Brésil : Les médecins cubains rentrent chez eux

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    Huit mille trois cent trente-deux médecins cubains engagés au Brésil dans le programme « Mais Médicos » (Plus de médecins) vont retourner sur leur île. En effet, le 14 novembre, le Ministère de la Santé Publique cubain a fait connaître sa volonté de cesser sa participation* à ce programme de coopération avec le Brésil. La Havane explique son geste par le fait que « Le président élu du Brésil, Jair Bolsonaro, à travers des commentaires directs, désobligeants et menaçants concernant la présence de nos médecins, a déclaré à plusieurs reprises qu’il allait modifier les termes et conditions du Programme « Plus de Médecins » au mépris de l’Organisation panaméricaine de la santé et ce qui avait été convenu avec Cuba. En remettant en question la formation de nos médecins et en conditionnant leur maintien dans le programme à l’homologation de leur diplôme et, comme seule modalité, le recrutement individuel. »

    Le programme « Plus de médecins » est le fruit d’un accord à trois : le Brésil, l’Organisation Panaméricaine de Santé – OPS et Cuba. Il a été créé en 2013 pour lutter contre les nombreux déserts médicaux existant dans les zones rurales, les quartiers pauvres des agglomérations et les aires indigènes du pays.

    Pour les autochtones, au niveau national, le service de santé est chapeauté par le Secrétariat Spécial de Santé Indigène – SESAI qui comprend trente-quatre « Districts Sanitaires Spéciaux Indigènes – DSEI » où exerçaient 301 médecins cubains. Une grande partie d’entre eux – 223 - pratiquait dans les vingt-cinq DSEI de l’Amazonie, dont le District Sanitaire Yanomami qui a son siège à Boa Vista, la capitale de l’État de Roraima. Selon plusieurs témoignages, dans leur pratique, les médecins cubains mettent l’accent sur la prévention et sont très à l’écoute de leurs patients.

    La contestation de ce programme est ancienne. En juillet 2013, la Chambre des députés débattait de la « Mesure provisoire » présentée par Dilma Rousseff. Jair Bolsonaro, député de Rio de Janeiro, alors membre du Parti Progressiste, y est intervenu pour exprimer son opposition à ce dispositif : « Cette mesure provisoire qui traite des médecins, MP 651, est une chose typique des pays dictatoriaux… ». La loi du 22 octobre 2013 qui a remplacé la « Mesure provisoire » a été contestée en justice par une association de médecins peu après son adoption. Mais le Tribunal Suprême Fédéral – STF l’a jugée constitutionnelle en 2017.

    Pour remplacer les partants, le Ministère brésilien de la santé a lancé un appel à candidature qu’il annonce avoir été entendu. Reste à savoir si cette transition ne va pas encore fragiliser le Système Unique de Santé déjà affaibli par des restrictions budgétaires. Quelles en seront les conséquences pour le service de santé dans les communautés indigènes ? À suivre…

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    *Longue note en français.

    PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, permettent d'en "savoir plus".

    Cette note sera publiée dans « AYA Info » No 124, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 13, rue des Bossons - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

  • Elections brésiliennes : des femmes indigènes marquent des points

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    Sônia Guajajara, a été la première indigène de l’histoire du Brésil à briguer le poste de Vice-présidente de la République*. Elle s’est présentée aux cotés de Guilherme Boulos, candidat, lui, à la Présidence de la République sous l’étiquette du Parti Socialisme et Liberté – PSOL. Ils n’ont obtenu « que » 617'115 voix (0,58% des suffrages) lors du premier tour des élections le 7 octobre dernier. Cependant, sur sa page Facebook, Sônia tire un bilan positif de son engagement, notamment pour avoir brisé une barrière historique qui faisait croire aux indigènes qu’ils ne pouvaient participer à une telle campagne. Selon elle, un moment qui a permis de créer des alliances, de mettre sur le devant de la scène les thèmes propres aux indigènes et à l’environnement : « Comment ne pas considérer cela comme une victoire ! » Elle est consciente de la période critique que traverse le Brésil : « Le moment exige de nous trois attitudes fondamentales : courage, résistance et réaction ! Allons-nous garantir un futur de liberté pour les prochaines générations ?» Sônia remercie spécialement Midia Ninja, un média qui a couvert sa campagne. Elle félicite deux autres femmes indigènes : Chirley Maria Pankará qui a été élue à l’Assemblée Législative de l’État de São Paulo (ALESP) et Joênia Wapichana élue à la Chambre des Députés.

    La particularité de Chirley Maria Pankará, est de faire partie, sous l’étiquette du PSOL, d’une « Bancada Ativista » un groupe comprenant huit autres personnes qui a obtenu 149'844 voix. La tête de liste est une journaliste, Mônica Seixas. C’est seulement le nom de celle-ci qui apparaissait aux électeurs. La « Bancada » a gagné un mandat collectif, mais elle n’a droit qu’à un seul siège, une seule voix lors des votes de l’ALESP. C’est la première fois qu’une telle candidature collective est élue à São Paulo. Chirley est pédagogue. Elle a un engagement dans le cadre des Centres d’Éducation et Culture Indigène – CECI de l’État de São Paulo. Une organisation qui accueille des enfants des communautés indigènes pour leur donner une éducation différenciée respectant leur culture.

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    Une première historique a été réalisée par Joênia Wapichana*. Cette avocate a été élue avec 8'491 voix pour représenter l’État de Roraima à la Chambre des Députés. Un État globalement pas acquis à la cause indigène. C’est la première fois, depuis la création de la Chambre en 1824, qu’une femme indigène y occupe un siège. Dans le passé, entre 1983 et 1987, Mário Juruna a été le seul indigène à y occuper une place. Interviewée par « Agência Brasil » Joênia dit que ce qui lui arrive est le résultat d’une lutte menée pendant des années par les communautés autochtones de la Terre Indigène Raposa Serra do Sol d’abord pour en obtenir la démarcation en 2005 et, ensuite, la gestion. La Fondation Nationale de l’Indien - FUNAI lui a demandé quelles sont ses principales propositions : « La défense des droits collectifs indigènes est un point prioritaire. Défendre la conclusion de la régularisation des terres, leur apporter une protection. Combattre les propositions anti-indigènes. Obtenir l’application de la consultation des peuples indigènes sur les projets de loi présentés à la Chambre les concernant… » Sa tâche sera ardue.

    À part ces deux élues, les autres candidates et candidats indigènes – ils étaient près de 130 - ont échoué dans leur tentative…

    Le nouveau parlement entrera en fonction en février 2019. La Chambre des Députés comptera une trentaine de partis contre 25 dans la législature qui se termine. Joênia y retrouvera 76 autres femmes, elles étaient 51 ces quatre dernières années. Les groupes de pression qui se constitueront vont traduire des rapports de forces plus ou moins favorables aux indigènes. Le rôle du nouveau Président de la République ne sera pas négligeable non plus ! Le deuxième tour de l’élection présidentielle aura lieu le 28 octobre. Le favori des sondages, Jair Bolsonaro, inquiète par ses propositions… Voir les médias !

                                                                         ***

    *Voir dans ce blog la note du 4 octobre 2018.

    Image : « Félicitations Joêna Wapichana – Élue - Première femme indigène députée fédérale ». Cliquer sur l’image pour en agrandir la taille.

    PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, permettent d'en "savoir plus".

    Cette note sera publiée dans « AYA Info » No 123, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 13, rue des Bossons - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

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