são felix do araguaia

  • Dom Pedro Casaldáliga, un allié des indigènes brésiliens est décédé

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    Brasil, Brésil, Amazonie, Brasilia, Amazônia, Pedro Casaldáliga, bispo emérito, São Felix do Araguaia, Mato Grosso, MT, APIB, TI Marãiwastsédé, Direitos humanos, Dilma Rousseff, Tomas Balduino, Paul VI, Catalogne, Théologie de la LibérationDom Pedro Casaldáliga, évêque émérite de la Prélature de São Felix do Araguaia, (État brésilien du Mato Grosso - MT) est décédé à São Paulo le 8 août à l’âge de 92 ans. Au cours de sa vie, il s’est beaucoup engagé en faveur des peuples indigènes du Brésil.

    Sur sa page Facebook, le 8 août, l’Articulation des Peuples Indigènes du Brésil – APIB lui rend cet hommage : « L’Articulation des Peuples Indigènes du Brésil déplore le décès de Dom Pedro Casaldáliga, grand défenseur des Droits humains, allié des peuples indigènes. Connu pour la simplicité de son mode de vie, l’évêque émérite de la Prélature de São Felix do Araguaia (MT) a affronté les latifundistes pour défendre les droits des travailleurs ruraux et des indigènes. Pour avoir dénoncé l’esclavage, la marginalisation… il a souffert de beaucoup d’attaques et de tentatives d’assassinat. Il ne s’est pas tu, ni laissé intimider. Il a continué son engagement pour la justice sociale par ses écrits et ses livres. En ces temps difficiles nous sommes irrémédiablement consternés de perdre un allié comme Pedro ».

    À titre d’exemple (1), Dom Pedro était déjà évêque émérite quand, en 2012, il a soutenu les indigènes Xavante (2) engagés dans une opération de récupération de leur Terre Indigène Marãiwatsédé occupée par des fazendeiros. Son engagement lui a valu des menaces de mort. Pour le protéger, la police l’avait invité à quitter sa résidence pour un lieu tenu secret. Lors de la 18e édition de la remise du « Prix droits humains 2012», Dilma Rousseff, alors Présidente de la République, lui avait rendu hommage alors qu’il souffrait déjà de la maladie de Parkinson. Il était représenté à la cérémonie par Dom Tomas Balduino (3), lui aussi distingué pour ses engagements en faveur des droits humains.

    Dom Pedro est né en Catalogne en 1928. Il a été ordonné prêtre en 1952. Il part au Brésil en 1968 alors que la dictature militaire était au pouvoir. Le pape Paul VI le nomme évêque en 1971 à la tête de la prélature São Felix do Araguaia. En 1993, il publie un livre « Spiritualidade da libertação » (Spiritualité de la libération) très lu dans les Communautés Ecclésiales de Base. Il a été un adepte de la Théologie de la Libération.

    Dans la notice que lui consacre le Dictionnaire historique de la théologie de la libération (4), il est rapporté qu’en 1988 : « la Nonciature [la représentation du Vatican au Brésil] lui envoie un document de mise en demeure qu’il est prié de signer : il ne devra ni voyager dans un autre diocèse sans l’accord explicite de l’évêque du lieu, ni s’exprimer au sujet de la Théologie de la Libération, ni autoriser la publication de catéchismes que le Vatican juge « hétérodoxes ». Une fuite dans la presse venue de Rome rend le fait public. Il s’en suit un important mouvement de solidarité et Casaldáliga ne signe pas le document ».

    Plus récemment, en février 2020, dans son exhortation apostolique post-synodale « Chère Amazonie » le pape François, à propos de la nécessité de valoriser la mystique autochtone de l’interconnexion et l’interdépendance de toute la création, cite (§ 73) un passage d’un poème de Dom Casaldáliga.

    Sa sépulture eu lieu ce 10 août à São Felix do Araguaia. Dom Pedro a marqué l’histoire de l’Église catholique au Brésil et en Amérique latine.

                                                                               ***

    (1)Voir sur ce blog, la note du 28 décembre 2012

    (2) Prononcer « Chavante »

    (3) Voir sur ce blog, la note du 9 mai 2014

    (4) Éditions jésuites / 2017 / ISBN 978-2-87299-313-0

    Photo : Dom Pedro Casaldáliga / Prélature de São Felix do Araguaia.

    PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, permettent d'en "savoir plus".

    Cette note sera publiée dans le prochain « AYA Info » No 133, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 13, rue des Bossons - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

  • Les Xavante Marãiwatsédé retrouvent leur terre, un évêque est menacé de mort !

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    En août 1966, pour permettre l'avancée de la colonisation agricole la dictature déporte, par avion militaire, cette communauté d'environ 400 personnes à 400 km plus au sud, à la Mission salésienne de São Marcos. Une épidémie de rougeole a causé la mort de 150 de ses membres. Le peuple de Marãiwatsédé tente alors de retourner sur son aire d'origine.

    Leur Terre était devenue propriété d'une immense fazenda, rachetée dans les années 80 par AGIP Petrol, la société italienne. À l'approche de la Conférence de Rio de 1992, sous la pression d'une campagne internationale, le président d'AGIP promet de remettre leur Terre aux Xavante. C'était sans compter sans l'opposition de politiciens et fazendeiros locaux opposés au retour des indigènes.

    Les opposants ont envahi les lieux. La Fondation Nationale de l'Indien – FUNAI a "identifié" la TI en 1992. Délimitée en 1993, elle a une superficie de 1'650 km2. Elle s'étend sur trois municipalités : Alto Boa Vista, Bom Jésus de l'Araguaia et São Felix de l'Araguaia. Son homologation par Fernando Henrique Cardoso date du 11 décembre 1998. Mais les occupants illégaux n'ont jamais abandonné le terrain.

    En août 2004 des Xavante ont occupé environ 10% de leur Terre. Ils sont maintenant 928 à y habiter. Des moments de vive tension ont marqué toutes ces vingt dernières années. En juin 2011, l'Assemblée législative du Mato Grosso a adopté une loi demandant la transformation du Parc National d'Araguaia en Terre Indigène pour y installer les Xavante. Une bataille juridique a conclu à l'inconstitutionnalité de cette loi. Le 19 octobre dernier, le Tribunal Suprême Fédéral a fini par confirmer l'évacuation des non - indiens.

    La FUNAI (voir dès le 11/12/12) a coordonné l'opération qui a commencé le 10 décembre. Même si l'occupation par les fazendeiros a été jugée comme étant de "mauvaise foi" par la justice, le gouvernement s'est engagé à réinstaller les familles répondant aux normes de la réforme agraire. Ce sont 455 personnes qui ont reçu un avis leur accordant un délai de 30 jours pour quitter les lieux avant le 17 décembre.

    Les vingt-deux plus grandes fazendas s'étendent sur un tiers de l'aire indigène. Elles sont les principales responsables de la déforestation. En 1992, la FUNAI avait constaté qu'environ 66% de la TI était recouverte de forêt et 11% de "cerrado" (savane). Actuellement, 61,5% de la surface est utilisée pour l'agriculture et l'élevage.

    L'évacuation a été marquée par des incidents : barrages sur les routes, confrontations avec les forces de l'ordre. Un fazendeiro a accusé publiquement Paulo Maldos, chargé de l'articulation sociale au Secrétariat de la présidence de la république, et à ce titre chargé de suivre les opérations, d'avoir sollicité le versement d'un "pot-de-vin" pour permettre aux occupants illégaux de rester sur place. Le Secrétaire général de la présidence de la république, Gilberto Carvalho, a publié un communiqué de presse pour redire sa confiance en son subordonné. Plus grave, des opposants ont adressé des menaces au cacique  Xavante Damião Paradzine et à Wanderley Perin, le maire de Alto Boa Vista.

    Des menaces de mort ont également visé Dom Pedro Casaldáliga, 84 ans, évêque émérite de São Felix do Araguaia où il a exercé son ministère de 1970 à 2005. Pour le protéger, la police l'a invité à quitter sa résidence pour un lieu tenu secret. Plusieurs organisations ont tenu à manifester leur solidarité envers celui qui est connu pour son engagement en faveur du respect des droits des indigènes. Dom Leonardo Ulrich Steiner, Secrétaire de la Conférence Nationale des Evêques du Brésil - CNBB s'est adressé aux évêques du pays pour expliquer la situation des Xavante et sa solidarité envers Dom Pedro. À Brasilia, le 17 décembre, lors de la 18e édition de la remise des prix des "Droits humains 2012", la Présidente de la république lui a décerné le prix dans la catégorie "Hommage spécial". C'est Dom Tomás Balduíno, l'un de ses confrères qui l'a représenté à la cérémonie. Dans son discours, Dilma Rousseff a rendu hommage aux deux évêques. Au sujet propos de Dom Pedro, elle a assuré que "l'État brésilien, avec tous les moyens, les forces policières et civiles disponibles, veillera à garantir sa sécurité et sa protection".

    Au nom de sa communauté, le 8 décembre, le cacique Damião a signé une lettre, adressée à la société brésilienne, dans laquelle il remercie les autorités et toutes les entités qui ont appuyé leur lutte pour la vérité contre le mensonge. Il rappelle le nom des Xavante qui ont payé de leur vie leur engagement pour la défense de leurs droits territoriaux. Faisant allusion à la destruction de la forêt, il conclut ainsi sa lettre : "Les animaux ne peuvent souffrir davantage avec une telle destruction de la nature. Quand la terre sera rendue à notre peuple, la forêt va vivre à nouveau. Les animaux et les plantes vont revenir. Notre mère va rester plus forte et plus belle comme elle l'a toujours été. C'est ainsi que nous voulons que ce soit".

    * Prononcer "Chavante"

    Photo : Daniel Santini / À Rio+20 les Xavante demandent l'évacuation de leur territoire.

    La vidéo ci-dessous - 12'38" - retrace l'histoire des Xavante de Marãiwatsédé (en portugais)

     

    PS : L'activation des liens hypertextes renvoie aux sources utilisées pour la rédaction de cette note. Elles sont souvent en portugais, sauf quand il s'agit d'anciens "AYA Info".

    Cette note a été publiée dans le dernier "AYA Info" No 78, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2