secretaria especial de saúde indígena

  • Brésil : en 2021 la violence contre les peuples indigènes a augmenté

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    Brésil, Brasil, Amazônia, Amazonie, CNBB, Conferência Nacional dos Bispos do Brasil, CIMI, Conselho Indigenista Missionário, Conseil Indigéniste Missionnaire, Terre Indigène, Yanomami, Terra Indígena, Système d’Information sur la Mortalité, SIM, Sistema de Informação sobre Mortalidae, Secrétariat Spécial de Santé Indigène, SESAI, Secretaria Especial de Saúde Indígena, Districts Sanitaires Spéciaux Indigènes, Distrito Sanitário Especial Indígena, Coronavirus-19, Antônio Eduardo Cerqueira de Oliveira, Acampamento Terra Livre, Campement Terre Libre, Antônio Eduardo Cerqueira de Oliveira, Marcha das Mulheres Indígenas, ANMIGA, Marche des Femmes IndigènesLe 17 août, le Conseil Indigéniste Missionnaire – CIMI* a publié son rapport relatif aux violences commises au Brésil contre les peuples indigènes en 2021**. Il a recensé 2’762 situations classées en trois chapitres principaux : I.- Violence contre le patrimoine : 1’294 / II.- Violence contre les personnes : 355 (dont 176 assassinats) / III.- Violence par omission des pouvoirs publics : 221. Il ajoute à cela la mortalité infantile : 744 cas). Et les suicides : 148. En 2020, il avait recensé un total de 2’558 cas et 2’621 en 2019.

    L’année dernière, les cas d’invasion de Terres Indigènes, d’exploitation illégale des ressources naturelles et les dommages divers au patrimoine ont encore augmenté : 305 qui ont touché 226 Terres Indigènes dans 22 États. Une progression sensible remarquée déjà ces dernières années : 263 en 2020, 256 en 2019. Cela sous la présidence de Jair Bolsonaro. Mais seulement 96 en 2017 et 109 en 2018 sous la présidence de Michel Temer. Le CIMI rappelle l’estimation selon laquelle il y aurait plus de 20’000 garimpeiros (chercheurs d’or illégaux) dans la TI Yanomami, le climat de violence qu’ils y créent et comment leur présence est vectrice de maladies, de pollution des eaux notamment.

    Une annexe de trois pages du rapport est consacrée à la pandémie de la Covid-19 parmi les peuples indigènes en 2021. Le CIMI a eu recours à deux sources. La première concerne les chiffres du Système d’Information sur la Mortalité (SIM) qui prend en compte la totalité de la population indigène du pays au sein de laquelle il a été dénombré 847 décès (972 en 2020). La deuxième est le Secrétariat Spécial de Santé Indigène – SESAI qui ne prend en compte que la population indigène prise en charge par les 34 Districts Sanitaires Spéciaux Indigènes : il y a été dénombré 315 décès dus à la Coronavirus-19 en 2021 (564 en 2020).

    Dans une première introduction du rapport, le secrétaire exécutif du CIMI, Antônio Eduardo Cerqueira de Oliveira, rappelle que malgré la progression de la crise qui touche le Brésil, et particulièrement les peuples indigènes, ceux-ci ont donné des signes d’espoir, par exemple en se mobilisant comme cela s’est fait à Brasilia lors de la 18ème édition du « Campement Terre Libre » qui a réuni - en avril 2021- près de huit mille participants venus de tout le Brésil. Et la Deuxième Marche des femmes indigènes qui a eu lieu également à Brasilia, en septembre 2021, où elles étaient plusieurs milliers à manifester contre les violences faites aux femmes. Et de conclure : « Les peuples indigènes sont résilients. Ils ont des exemples de courage et d’incitation à la lutte pour que toute la société brésilienne se lève pour défendre ses droits et la démocratie. »

    ***

    *Organisme de la Conférence Nationale des Évêques du Brésil – CNBB en charge des questions indigènes.

    **Une synthèse a été publiée en français

    Illustration, 1ère de couverture du rapport : photo Giulianne Martins prise lors du Campement Terre Libre / Brasilia/ Avril 2022. Cliquer sur l’image pour en agrandir la taille.

    PS 1 : Pour les années précédentes, voir sur ce blog les notes du 29 novembre 2021, 9 octobre 2020, 17 octobre 2019, 17 novembre 2018, 16 novembre 2017, 4 novembre 2016, 28 septembre 2015, 17 septembre 2014, 2 septembre 2013, 14 septembre 2012, 9 septembre 2011 et 3 août 2010

    PS 2 : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

    Cette note sera publiée dans le prochain "AYA Info" No 141, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 13, rue des Bossons - CH - 1213 Onex / Genève –CCP 15-728614-8 / IBAN : CH 26 0900 0000 1572 8614 8

  • Brésil : L’annonce du viol et de l’assassinat d’une Yanomami de 12 ans par des garimpeiros suscite de nombreuses réactions

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    Le 25 avril, Júnior Hekurari Yanomami, président du Conseil du District de Santé Indigène Yanomami et Ye’kuana (Condisi YY) a annoncé avoir reçu une information de la communauté d’Arakaçá, dans la région de Waikás, dans la partie de l’État de Roraima de la Terre Indigène Yanomami (TIY) : celle-ci fait état du viol et de l’assassinat d’une jeune Yanomami de 12 ans par des orpailleurs illégaux. Des membres de la Police Fédérale, du Ministère Public Fédéral - MPF, de la Fondation Nationale de l’Indien - FUNAI et du Secrétariat Spécial de Santé Indigène – SESAI se sont rendus sur les lieux les 27 et 28 avril. Ils affirment ne pas avoir trouvé d’indices de pratiques de crimes d’homicide et de viol ou de décès par noyade. Interviewé le 29 avril par l’agence Amazônia Real, Júnior Hekurari dit être allé sur place avec son équipe. Les villageois auraient respecté le rite funèbre des Yanomami en incinérant le corps de la jeune fille, puis ils auraient bouté le feu à leur maison avant d’aller vers un autre lieu de résidence. Quelques habitants revenus rencontrer l’équipe de Júnior ont dit que les garimpeiros leur ont donné de l’or en échange de leur silence…

    Cet événement a suscité des réactions. D’abord au sein des organisations indigènes, mais aussi à la Chambre des Députés et au Tribunal Suprême Fédéral- STF. Dans un communiqué de presse du 27 avril, l‘Hutukara Associação Yanomami de Boa Vista (RR), rappelle que « s’il est confirmé, cet acte n’est pas un cas isolé. Malheureusement des épisodes de violence sexuelle contre les enfants, adolescentes et femmes Yanomami pratiqués par des garimpeiros ont déjà été constatés dans d’autres régions ». Le Conseil Indigène de Roraima – CIR demande le retrait immédiat de ces envahisseurs. La Coordination des Organisation Indigènes de l’Amazonie Brésilienne – COIAB s‘est adressée au Ministère Public Fédéral pour que celui-ci ouvre une enquête sur ce cas et, plus généralement, sur l’application de mesures de protection des Yanomami. Le 5 mai, l’Articulation des Peuples Indigènes du Brésil – APIB s’est adressée à Luís Barroso, juge au STF lui demandant une série de mesures visant l’évacuation des garimpeiros et l’application d’un plan pour empêcher leur retour.

    Lors de la session plénière du STF du 28 avril, La juge Cármen Lúcia, a sollicité l’ouverture d’une enquête rigoureuse sur la mort de la petite Yanomami. Le 5 mai, sur proposition d’Erika Kokay et de Joênia Wapichana, la Chambre des Députés a décidé de créer une Commission pour étudier la violation des droits des Yanomami.

    Le Conseil Indigéniste Missionnaire Nord1 - un organe rattaché à la Conférence Nationale des Evêques du Brésil – CNBB - demande, lui aussi, l’adoption de mesures de protection du peuple Yanomami et de son territoire.

    Ce 6 mai, face à l’ampleur de la réaction, la Police Fédérale a tenu une Conférence de presse à Boa Vista, la capitale de l’État de Roraima (RR) : elle a fait état de l’évolution de son enquête et de son activité (la destruction de 17'000 litres de combustible). Les recherches continuent, mais sans avoir apporté, jusqu’à maintenant, des indices en rapport avec les crimes dénoncés. Le même jour, la FUNAI a également publié une note rappelant son activité dans cette région.

    Pour l’heure, les orpailleurs illégaux sont toujours présents dans la Terre Indigène Yanomami comme ils le sont depuis de nombreuses années !

    ***

    PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

    Cette note sera publiée dans le prochain "AYA Info" No 141, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 13, rue des Bossons - CH - 1213 Onex / Genève –CCP 15-728614-8 / IBAN : CH 26 0900 0000 1572 8614 8

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  • Brésil, la violence contre les peuples indigènes en 2020

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    Brésil, Brasil, Conseil Indigéniste Missionnaire, Conselho Indigenista Missionário,  Cimi, Conferência Nacional dos Bispos do Brasil, CNBB, Violência contra os Povos Indígenas no Brasil, Covid-19, Secrétariat Spécial de Santé Indigène, SESAI, Secretaria Especial de Saúde Indígena, Articulation des Peuples Indigènes du Brésil, Articulação dos Povos Indígenas do Brasil, APIB, Jair Bolsonaro, Dom Roque Paloschi, Terras Indígenas, TI, Munduruku, Rio Tapajós, Sinop, Mato Grosso, Miritituba, Pará, Convention 169, OIT, Société pour les Peuples Menacés, Suisse, SPM, Alessandra Korap, Juarez Saw Munduruku, Banque nationale, Secrétariat d’État aux questions Financières Internationales, SFI, Secrétariat d’État à l’économie, SECO, Autorité fédérale de surveillance des marchés financier, FINMA, Ferrogrão, EF-170Le rapport publié ce 28 octobre par le Conseil Indigéniste Missionnaire* (CIMI) sur la Violence contre les Peuples Indigènes du Brésil en 2020 est dédié à toutes les victimes indigènes de la pandémie de la Covid-19 du Brésil. Leur nombre est incertain. Les observateurs s’accordent pour affirmer que la sous-notification est générale pour le Brésil. Elle a tout lieu de l’être davantage pour les populations indigènes. Au 29 décembre 2020, le Secrétariat Spécial de Santé Indigène – SESAI, l’organe national en charge du service de santé auprès des peuples indigènes, annonçait 37'627 cas confirmés de Covid-19 et 507 décès dus à la pandémie parmi les 755'000 indigènes sous sa responsabilité dans les 34 Districts sanitaires spéciaux indigènes du pays. Et le SESAI ne prend pas en compte les indigènes vivant dans les agglomérations. Á la même date, l’Articulation des Peuples Indigènes du Brésil – APIB recensait 43'524 cas confirmés et 901 décès au sein de 161 peuples.

    Dans son document, le CIMI** classe cette violence dans trois catégories : 1.- La violence contre le patrimoine. 2.- La violence contre les personnes et 3.- La violence par omission des pouvoirs publics.

    Dans la première catégorie, 832 Terres indigènes (TI) sont en attente de régularisation, soit autant qu’en 2019 : 829. Les cas d’invasion de TI, d’exploitation illégale de ressources naturelles et dégâts divers au patrimoine sont restés nombreux : 263 (256 en 2019). Il en avait été dénombré « que » 109 en 2018. Dans la deuxième catégorie, il a été compté 304 cas de violence contre la personne (276 en 2019), dont 182 assassinats (133 en 2019). Dans la troisième catégorie, le CIMI a relevé 177 cas de violence par l’inaction des pouvoirs publics, moins que les 267 cas relevés en 2019. Une réduction particulièrement sensible dans le domaine de la scolarité indigène : 23 cas en 2020 pour 66 cas en 2019. En pleine pandémie, les invasions de TI et les assassinats d’indigènes ont été en augmentation au cours de cette deuxième année du mandat de Jair Bolsonaro. Le président du Cimi, Dom Roque Paloschi, le relève dans la présentation du rapport : « [La]Violence comme pratique de gouvernement : une douloureuse et dramatique réalité dans le Brésil de Bolsonaro » […..] «  Jamais avant, dans l’histoire de ce pays, un gouvernement n’a agi de manière aussi scandaleuse et préméditée pour stimuler la dévastation et la destruction de parcelles du patrimoine public, les terres indigènes et les aires environnementales »

    Dans le rapport du CIMI, le peuple Munduruku est l’un des peuples indigènes cité de nombreuses fois, en particulier dans le chapitre traitant de la violence contre le patrimoine. Plusieurs communautés s’inquiètent à propos de projets de construction de barrages hydro-électriques, de ports sur le Rio Tapajós, mais aussi - et surtout - de la construction d’une voie ferrée de 933 km - Appelée « Ferrogrão - EF-170 » pour faciliter l’exportation du soja et du maïs produits dans le Centre Ouest brésilien. Le projet est de relier la municipalité de Sinop dans l’État du Mato Grosso au port de Miritituba dans l’État du Pará. Un tracé parallèle à la route BR-163.

    Pour répondre aux exigences de la Convention 169 de l’OIT sur les droits des peuples indigènes, notamment le droit des communautés à un consentement préalable, libre et informé, les organes gouvernementaux ont choisi eux-mêmes un indigène pour obtenir l’approbation des Munduruku sur leur projet de voie ferrée. Pour les Munduruku  « … ces projets n’apportent que de la destruction ! ». Ils s’organisent pour défendre leurs territoires. Cette résistance, ils sont venus jusqu’en Suisse pour la manifester. En effet, des banques helvétiques ont une participation financière dans les entreprises intéressées par la construction de ces infrastructures. C’est ce que montre un rapport de la Société pour les Peuples Menacés /Suisse - SPM. Le 30 septembre dernier, la SPM a invité deux leaders Munduruku, Alessandra Korap et le cacique Juarez Saw Munduruku à Berne. Avec eux, elle a tenu une réunion à la Banque nationale avec des représentants du Secrétariat d’État aux questions Financières Internationales – SFI, du Secrétariat d’État à l’économie – SECO et de l’Autorité fédérale de surveillance des marchés financier- FINMA. Quelle sera l’attitude des banques suisses ? Répondront-elles aux demandes des communautés autochtones ? Respecteront-elles droit des communautés à un consentement préalable, libre et éclairé ? Seront-elles impliquées dans des actes de violence contre les peuples indigènes du Brésil ?

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    *L’organisme de la Conférence Nationale des Évêques du Brésil – CNBB en charge des questions indigènes.

    **Une synthèse a été publiée en français.

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    PS 1 : Pour les années précédentes, voir sur ce blog les notes du 9 octobre 2020, 17 octobre 2019, 17 novembre 2018, 16 novembre 2017, 4 novembre 2016, 28 septembre 2015, 17 septembre 2014, 2 septembre 2013, 14 septembre 2012, 9 septembre 2011 et 3 août 2010

    PS 2 : Couverture / Photo de Chico Batata /Greenpeace Brasil / Elle a été prise en mai 2020 lors d’un survol d’un site d’orpaillage illégal de la Terre Indigène Yanomami -TI-Y (dans la partie de l’État de Roraima). L’Hutukara Associação Yanomami – HAY estime à 20'000 le nombre de garimpeiros présents dans ce territoire. Cliquer sur l’illustration pour en agrandir la taille.

    PS 3 : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, permettent d'en "savoir plus".

    Cette note sera publiée dans le prochain "AYA Info" No 139, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 13, rue des Bossons - CH - 1213 Onex / Genève –CCP 15-728614-8 / IBAN : CH 26 0900 0000 1572 8614 8

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  • Vaccination Covid : seule une partie des indigènes brésiliens est prioritaires / Bolsonaro est dénoncé à la CPI

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    Brésil, Brasil, Amazonie, Amazônia, Yanomami, Ye’kwana, Secrétariat Spécial de Santé Indigène, SESAI, Secretaria Especial de Saúde Indígena, SESAI, Covid-19, Manaus, ANVISA, Agência Nacional de Vigilância Sanitária, Ministério da Saúde, vaccination, vacinação, aldeados, Terras Indígenas, demarcação, Terres Indigènes, démarcation, TI Yanomami, Amazonas, Roraima, Coordination des Organisations Indigènes de l’Amazonie Brésilienne, COIAB, Coordenação das Organizações Indígenas da Amazônia Brasileira, Articulação dos Povos Indígenas do Brasil, Articulation des Peuples indigènes du Brésil, APIB, Distritos Sanitários Especiais Indígenas, DSEI, Tribunal suprême Fédéral, STF, Supremo Tribunal Federal, Câmara dos Deputados, Raoni, Cour pénale internationale, William Bourdon, Fatou BensoudaLes médias ont largement fait écho à l’apparition d’une souche amazonienne de la Covid-19. Et aussi à l’état sanitaire catastrophique dans lequel se trouve Manaus, la capitale de l’État d’Amazonas. Il y est particulièrement question des conséquences de la pénurie d’oxygène pour le traitement des malades. Le 17 janvier, l’Agence Nationale de Vigilance Sanitaire – ANVISA, a autorisé l’usage temporaire de deux vaccins. Très vite, les médias et réseaux sociaux ont publié les photos des premières personnes vaccinées.

    En décembre 2020, le gouvernent brésilien a publié un plan opérationnel de vaccination contre la Covid-19. La grande vulnérabilité des peuples indigènes et les difficultés de mise en œuvre des mesures de protection, notamment en raison des distances pour atteindre les communautés sont reconnus. Mais le plan classe prioritaires les seuls indigènes de plus de 18 ans « aldeados », c’est-à-dire habitant les villages situés à l’intérieur des Terres Indigènes (TI) démarquées. Les plans de vaccination des États d’Amazonas et de Roraima (sur lesquels s’étend la TI Yanomami) reprennent la même disposition.

    L’Articulation des Peuples Indigènes du Brésil - APIB, a réagi à cette restriction. Elle rappelle que de nombreuses TI n’ont pas été démarquées*. En conséquence cela exclut de la campagne de vaccination un peu plus de 40 % des 900'000 indigènes du pays. Dans un manifeste, elle rappelle la position du Tribunal Suprême Fédéral et du Parlement fédéral qui ont demandé, en août 2020 déjà, la mise en œuvre d’un plan non restrictif de protection des peuples indigènes. Parallèlement, elle lance une campagne pour obtenir cette vaccination pour tous les indigènes et inciter ceux-ci à se faire vacciner.

    La situation au 21 janvier

    Les statistiques publiées par différents organismes sont généralement considérées par les spécialistes comme étant inférieures à la réalité. De plus, leurs modes de calcul ne sont pas identiques. Leur comparabilité a peu de sens. Pour l’ensemble du Brésil, au 21 janvier dernier, le Ministère de la santé annonçait 8'697’368 cas confirmés depuis le début du comptage (à fin février 2020) et 214'147 décès depuis la même période. En ce qui concerne les peuples indigènes, à la même date, le Secrétariat Spécial de Santé Indigène – SESAI (qui ne compte que les indigènes résidant dans les trente-quatre Districts Sanitaires Spéciaux Indigènes) annonçait 40'611 cas confirmés et 531 décès, dont respectivement 1'218 cas et 10 décès dans le District Yanomami. Toujours au 21 janvier, le réseau d’organisations qui composent l’APIB annonce 46'508 cas confirmés et 929 décès au sein de 161 peuples indigènes. La Coordination des Organisations Indigènes de l’Amazonie Brésilienne – COIAB annonce 33’202 cas confirmés et 749 décès au sein de 141 peuples dans cette partie du pays. Enfin, au 31 décembre 2020, le Réseau Pro-Yanomami et Ye’kwana qui ne concerne que ces deux peuples, annonce 1'607 cas confirmés et 14 décès depuis le début de ses relevés à fin mai 2020**.

    Raoni dénonce Bolsonaro devant la Cour pénale internationale

    Le 21 décembre 2020, au nom de l’APIB, des leaders Raoni Metuktire et Almir Suruí, l’avocat français William Bourdon a déposé une nouvelle demande d’investigation préliminaire contre le président brésilien Jair Bolsonaro devant la Cour Pénale Internationale – CPI de La Haye. La Cour est chargée de juger les individus responsables de génocides, de crime de guerre, de crime contre l’humanité et d’agression. La procureure de la CPI, Fatou Bensouda, va étudier la recevabilité de la plainte. À suivre…

                                                                                    ***

    *Le président Bolsonaro s’est déclaré hostile à toute nouvelle démarcation.

    **Voir sur ce blog la note du 4 décembre 2020 le document du Forum des leaders de la TI Yanomami.

                                                                                    ***

    Illustration : le logo de la campagne de l’APIB. Cliquer sur la vignette pour en agrandir la taille.

    PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, permettent d'en "savoir plus".

    Cette note sera publiée dans « AYA Info » No 136, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 13, rue des Bossons - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

     

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  • L’impact de la pandémie de la Covid-19 chez les Yanomami

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    Brésil, Brasil, Amazonie, Amazônia, Yanomami, Ye’kwana, Secrétariat Spécial de Santé Indigène, SESAI, Secretaria Especial de Saúde Indígena, Covid-19, garimpeiros, orpailleurs, chercheurs d’or, Alvanei Xirixana, Rio Marauiá, Kurikama, Service et Coopération avec le peuple Yanomami, SECOYA, AYA, Appui aux indiens Yanomami d’Amazonie, MCI, Mouvement pour la Coopération Internationale, Serviço e Cooperação com o Povo Yanomami, Rede Pro-Yanomami e Ye’kwana, Samuel Kohito, Santa Isabel do Rio Negro, Bruce Albert, OMS, Organisation Mondiale de la Santé, Coordination des Organisations Indigènes de l’Amazonie Brésilienne, COIAB, Coordenação das Organizações Indígenas da Amazônia Brasileira, Articulação dos Povos Indígenas do Brasil, Articulation des Peuples indigènes du Brésil, APIBEn Amazonie brésilienne, chez les Yanomami, c’est en avril dernier que la pandémie du Covid-19 a fait sa première victime : Alvanei Xirixana, un étudiant âgé de15 ans. Dans son relevé périodique, au 28 octobre, le Réseau Pro-Yanomami et Ye’kwana dénombrait, depuis le début de la pandémie, 1’202 cas confirmés, d’indigènes atteintes par le coronavirus et 10 décès confirmés, plus 13 décès suspects. De son côté, le Secrétariat Spécial de Santé Indigène – SESAI a réalisé 1'270 tests (4,7% de la population), dont 895 (70,5%) se sont révélés positifs.

    Le Réseau vient de publier un rapport intitulé « Pandémie, les traces de la Covid-19 dans la Terre Indigène Yanomami et l’omission de l’État ». L’introduction de ce document est signé par le « Forum des leaders de la Terre Indigène Yanomami – TI-Y». Cette entité créée en juin, mène une campagne pour l’évacuation des garimpeiros (orpailleurs illégaux), présents par milliers (on parle de 20'000 !) dans plusieurs zones de la TI, mais aussi pour l’application de mesures pour lutter efficacement contre la pandémie.

    Une première partie du document traite du cadre historique, géographique, politique, institutionnel et culturel dans lequel se développe la pandémie. Un tableau (p. 16) détaille la situation dans les 37 différentes régions de la TI-Y. Une trentaine de pages sont consacrées à la « Chronologie d’une tragédie annoncée ».

    Une deuxième partie décrit les stratégies de résistance face à la pandémie. Un exemple concerne la région du Rio Marauiáoù s’exerce l’activité de l’association indigène Kurikama qui a un lien historique avec le Service et Coopération avec le peuple Yanomami – SECOYA, le partenaire d’AYA et du Mouvement pour la Coopération Internationale - MCI. En 2018, on y compte 2'478 habitants répartis en 19 communautés. À cette fin octobre, le Réseau y dénombrait 76 cas confirmés de Covid-19, 1 décès confirmé et 4 décès suspects. De son côté, le SESAI annonçait y avoir réalisés 23 tests, dont 21 se sont révélés positifs. Le 26 avril, les responsables de la Kurikama ont demandé la sortie immédiate de tous les non indigènes de cette partie de la TI-Y. Avec l’arrivée de la pandémie, les communautés ont quitté leurs villages pour aller se réfugier en forêt, une pratique désignée sous le terme de « Wayumi ». Mais après quasiment deux mois d’isolement quelques groupes ont été forcés de retourner dans leur village en raison de l’augmentation des cas de malaria et le manque de médicaments. Ainsi, la pandémie de la Covid-19 se répand sur fond d’une grave épidémie de malaria.

    L’anthropologue Bruce Albert, qui travaille avec les Yanomami depuis de nombreuses années, met en doute les statistiques officielles, les tests utilisés et surtout les traitements administrés par le SESAI. Ces derniers, comme l’hydroxichloroquine, ont été jugés inutiles, voire toxiques par diverses enquêtes scientifiques internationales, notamment l’Organisation Mondiale de la Santé - OMS. D’ailleurs, ce 30 novembre, lors d’une conférence de presse, le directeur de cette Organisation a déclaré que le Brésil « devait prendre très, très au sérieux l’augmentation récente du nombre de cas de Covid-19 ».

    ***

    Illustration : Page de couverture du rapport. Cliquer sur la vignette pour en agrandir la taille.

    PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, permettent d'en "savoir plus".

    Cette note sera publiée dans « AYA Info » No 135, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 13, rue des Bossons - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

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  • Brasilia : 1ère Marche des femmes indigènes

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    Brasil, Brésil, Amazonie, Brasilia, Amazônia, APIB, Articulação dos Povos Indígenas do Brasil, Jair Bolsonaro, Sílvia Nobre Waiãpi, MP No 890/2019, Médicos pelo Brasil, SESAI, Secretaria Especial de Saúde Indígena, Agência para o Desenvolvimento da Atenção Primária à Saúde, ADAPS, Luiz Henrique Mandetta, Câmara dos Deputados, Acampamento Terra Livre, Marcha das Mulheres IndígenasElles ont tenu parole ! Le rendez-vous a eu lieu du 9 au 14 août à Brasilia pour la « 1ère Marche des Femmes Indigènes ». Elles étaient plus de 2000 venant de 130 peuples de tout le Brésil. Cette manifestation avait été décidée lors du « Campement Terre libre » d’avril* dernier. La date – le 9 août - pour commencer le rassemblement ne doit rien au hasard – c’est celle choisie en 1994 par l’Assemblée générale des Nations Unies pour être la « Journée Internationale des populations autochtones ».

    Sur le thème : « Territoire : notre corps, notre esprit », elles ont affirmé leur volonté et leur capacité à défendre les droits humains des peuples autochtones mis en danger par le gouvernement Bolsonaro.

    La détérioration du service de santé indigène assuré par le Secrétariat Spécial de Santé Indigène – SESAI est certainement l’un des problèmes qui les préoccupent le plus. Elles l’ont fait savoir, le 12 août, en allant manifester dans les locaux mêmes du Service. Elles reprochent à sa responsable, Sílvia Nobre Waiãpi, une militaire d’origine indigène, de ne pas empêcher l’affaiblissement de l’institution et de ne pas les représenter. Elles demandent sa démission. Elles contestent la Mesure Provisoire No 890/2019 qui institue le « Programme Médecins pour le Brésil » et crée une « Agence pour le Développement du Service Primaire de la Santé - ADAPS ». Elles reprochent au gouvernement de ne pas avoir consulté les peuples indigènes à ce sujet. Surtout, elles considèrent que c’est une manière de privatiser le service de santé indigène. Le 13 août, lors d’une rencontre avec le Ministre de la Santé, Luiz Henrique Mandetta, et Sílvia Nobre, elles ont eu l’occasion d’exposer leurs revendications. Elles leur ont remis un manifeste les résumant. Il y a eu d’autres rencontres dans le cadre de cette Marche, dont un séminaire à la Chambre des Députés sur le thème « Femmes indigènes et droits sociaux. »

    Le document publié au terme de cette 1ère Marche résume le point de vue et les revendications particulières des femmes indigènes : « …  Lutter pour nos droits territoriaux, c’est lutter pour notre droit à la vie. La vie et le territoire sont semblables...  Quand nous nous inquiétons de nos territoires nous garantissons le bien de toute la planète parce que nous nous préoccupons des forêts, de l’air, des eaux et des sols. La plus grande partie de la biodiversité est sous la surveillance des peuples indigènes. Ainsi nous contribuons à maintenir la vie sur Terre… »  Le document énumère quatorze revendications touchant différents domaines : santé, éducation, droits territoriaux, etc. L’ultime phrase est un engagement : « Nous serons toujours engagées pour la défense de nos peuples et de la Mère Terre ! »

    *Voir sur ce blog la note du 29 avril 2019.

    PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, permettent d'en "savoir plus".

    Cette note sera publiée dans le prochain « AYA Info » No 128, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 13, rue des Bossons - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

  • Santé indigène : la mobilisation a payé

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    Brasil, Brésil, Amazonie, Brasilia, Amazônia, Jair Bolosnaro, Medida Provisória No 870, de 1º de Janeiro de 2019, Decreto No 9.660 de 1º de Janeiro de 2019, APIB, Articulação dos Povos Indígenas do Brasil, Secrétariat Spécial de Santé Indigène, SESAI, Secretaria Especial de Saúde Indígena, Henrique Mandetta, MPF, Ministério Público Federal, Conferência Nacional de Saúde Indígena, Brasilia, LulaEntre le 25 et le 27 mars, les Peuples indigènes du Brésil ont réagi à l’appel de l’Articulation des Peuples Indigènes du Brésil – APIB pour défendre le service de santé qui leur est destiné. Selon l’Articulation, la mobilisation a été importante. Sous différentes formes, les associations locales ont organisé plus d’une trentaine de manifestations dans plus d’une vingtaine d’États de l’Union. Plus précisément, il s’agissait de refuser la suppression du Secrétariat (national) Spécial de Santé Indigène – SESAI* et le transfert aux municipalités de la responsabilité de ce service. Mesures annoncées par le Ministre de la Santé, Luiz Henrique Mandetta. Le Ministère Public Fédéral s’était aussi inquiété de cette réforme. Une de plus qui ont marqué l’histoire parfois chaotique de ce service.

    Le 28 mars, le lendemain de la mobilisation, l’APIB a sollicité une rencontre avec le Ministre. Réunion à laquelle ont participé des délégués de différentes entités du système de santé indigène, de leaders et représentants d’organisations indigènes régionales. Tous ont été unanimes pour demander le maintien de la structure actuelle du service de santé et se sont opposés à l’avis du ministre. Celui-ci proposait un modèle fragmenté en fonction de la localisation des communautés. Au terme de la réunion le ministre a annoncé le maintien du SESAI. Il installera un groupe de travail pour faire une évaluation de la politique en matière de santé indigène afin de soumettre des propositions à la prochaine Conférence Nationale de Santé Indigène (la 6e). Celle-ci doit avoir lieu du 27 au 31 mai à Brasilia.

    L’APIB a remercié les organisations qui ont répondu à son appel, contribuant ainsi au recul du Ministre.

    *Créé par un Décret présidentiel (No 7.336) pris en octobre 2010 par Lula et révisé ultérieurement plusieurs fois. Voir sur ce blog la note du 26 novembre 2010.

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    Brasil, Brésil, Amazonie, Brasilia, Amazônia, Jair Bolosnaro, Medida Provisória No 870, de 1º de Janeiro de 2019, Decreto No 9.660 de 1º de Janeiro de 2019, APIB, Articulação dos Povos Indígenas do Brasil, Secrétariat Spécial de Santé Indigène, SESAI, Secretaria Especial de Saúde Indígena, Henrique Mandetta, MPF, Ministério Público Federal, Conferência Nacional de Saúde Indígena, Brasilia, Lula

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    PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, permettent d'en "savoir plus".

    Cette note sera publiée dans « AYA Info » No 126, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 13, rue des Bossons - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2