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  • Brésil : La FUNAI dénonce « l’ancienne » politique indigéniste

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    Le 4 mai, une note du Service de communication de la Fondation Nationale de l’Indien – FUNAI*, intitulée « Os Fatos » (Les faits) rappelle que la victoire de Jair Bolsonaro en 2018, « …représente une rupture et le rejet par le peuple brésilien des politiques publiques socialistes implantées par le gouvernement fédéral depuis 2003. Pendant quasiment vingt ans, la politique indigéniste brésilienne de l’administration socialiste du Gouvernement Fédéral s’est limitée à pratiquer l’assistance et un paternalisme explicite avec la participation d’ONGs et de groupes religieux liés à la Théologie de la Libération, d’inspiration marxiste, dirigés par l’évêque mexicain Samuel Ruiz**. Le résultat de cette politique peut se résumer dans la situation de pauvreté, de dépendance et d’exclusion dans laquelle se trouvent actuellement les peuples indigènes brésiliens. Pour tout cela la FUNAI rejette publiquement le discours*** du Secrétaire exécutif du Conseil Indigéniste Missionnaire - CIMI, Antônio Eduardo de Oliveira, chargé de rancœur politique par la déroute électorale de 2018…. (Il) attaque le Gouvernement Fédéral élu de manière légitime et démocratique par 58 millions de Brésiliens ». La note rappelle les accusations portées contre le CIMI dans le rapport**** de la Commission d’Enquête Parlementaire – CPI voulue par le lobby de l’agrobusiness, créée en 2015, à la Chambre des Députés. Enquête visant les activités de la FUNAI et de l’Institut National de Colonisation et de Réforme Agraire – INCRA. Et de conclure : « Le peuple brésilien a choisi une nouvelle politique indigéniste avec l’élection du Président de la République Jair Messias Bolsonaro, et, par respect avec pour ce choix légitime et démocratique, nous devons tous donner un vote de confiance aux nouvelles idées et projets de succès pour l’ethno-développement de l’indigène brésilien, élément fondamental du peuple brésilien ».

    Une première réponse est venue le 6 mai. L’Articulation des Peuples Indigènes du Brésil – APIB, et une trentaine d’organisations indigènes et indigénistes ont publié une note de protestation. Les signataires rappellent la mobilisation des peuples indigènes de toutes les régions du Brésil et de nombreux secteurs de la société brésilienne pour l’inscription dans la Constitution de 1988 de dispositions en rupture avec la logique tutélaire, assimilationniste intégrationniste, donc génocidaire et ethnocidaire, pratiquée depuis les années 1500 dans la relation de l’État brésilien avec les peuples originaires du pays… « Malheureusement les ennemis des peuples indigènes ont empêché que l’État brésilien, et les différents gouvernements qui se sont succédés depuis 1988, respectent et mettent en œuvre la Constitution. ». La note passe en revue les diverses mesures prises récemment par le gouvernement et la propre FUNAI contre les droits territoriaux des indigènes. Cela « constitue une claire inversion du rôle de l’organe indigéniste qui est la régularisation et la protection de ces territoires qui sont des biens publics de l’État ». Et d’appeler tous les peuples indigènes du pays à être unis et fermes dans la défense de leurs projets de vie au moment où il est nécessaire de reconnaître la gravité de la pandémie du Coronavirus et aussi la cruelle létalité que représente le gouvernement Bolsonaro pour les peuples indigènes. « La légitimité démocratique d’un gouvernement ne réside pas dans le nombre de votes obtenus dans l’élection, mais dans l’engagement et dans la garantie des droits de tous, personnes physiques ou juridiques. C’est ce que veut la Constitution par-dessus tout ».

    Le 6 mai également, le Forum Œcuménique ACT-Brésil a exprimé sa solidarité avec le CIMI de même que plusieurs organes et Commissions rattachées à la Conférence Nationale des Évêques du Brésil – CNBB.

    À titre indicatif, et pour rappel, selon le relevé de l’Institut Socio-environnemental – ISA, ce sont les Présidents Sarney, Collor, Franco et Cardoso qui, entre 1985 et 2002, ont conduit à terme la démarcation du plus grand nombre de Terres Indigènes. Lula et Dilma Rousseff n’arrivent qu’en deuxième position. Michel Temer n’a signé qu’un seul décret d’homologation de TI. Si cette démarche est un élément majeur de la politique indigéniste, cette protection a surtout été pratiquée par des Présidents qui n’étaient pas « de gauche ».

                                                                              ***

    *La FUNAI a été fondée en 1967. Sa mission première est de protéger et promouvoir les droits des peuples indigènes.

    **Mgr Samuel Ruiz (1924 – 2011) a été évêque de San Cristobal de Las Casas dans l’État mexicain du Chiapas. Il a participé aux quatre sessions du Concile Vatican II. En 1974 il a organisé la première rencontre de pastorale indigène. En février 2016, le pape François est allé se recueillir sur sa tombe dans la cathédrale de San Cristobal. (Voir Dictionnaire historique de la théologie de la libération, p. 414)

    ***La note ne le précise pas, mais il s’agit certainement du discours prononcé le 28 avril lors du 16e Campement Terre Libre qui a eu lieu « online » du 27 au 30 avril.

    ****Rapport adopté le 30 mai 2017. Voir sur ce blog la note du 10 juin 2017.

                                                                             ***

    PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, permettent d'en "savoir plus".

    Cette note sera publiée dans le prochain « AYA Info » No 133, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 13, rue des Bossons - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

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  • Un nouveau président à la tête de la FUNAI

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    C'est fait, le gouvernement Temer a choisi. Il a désigné le nouveau président de la Fondation Nationale de l'Indien – FUNAI en la personne d'Antônio Fernandes Toninho Costa, plus couramment appelé Antônio Costa. Un dentiste, mais aussi pasteur de l'Eglise baptiste, membre du Parti Social Chrétien – PSC; un parti conservateur, membre de la base présidentielle. Il a eu une formation en matière de santé indigène et il a exercé une activité au Secrétariat Spécial de Santé Indigène – SESAI. Il est le 39e président de la Fondation créée en 1967. Dans une note publiée sur le site de son parti, le nouveau président promet le dialogue et beaucoup de travail. Dans la foulée, le Ministre de la justice a également nommé le général Franklimberg Ribeiro de Freitas comme directeur de la Promotion du développement soutenable de la Funai. Lui aussi, est membre du PSC.

    D'autres noms avaient été évoqués. En juin 2016, celui du général Roberto Sebastião Peternelli Junior, également membre du PSC. L'annonce de sa probable nomination a soulevé de nombreuses protestations qui ont fait reculer le gouvernement. A aussi été avancé celui de l'avocat, membre du Parti de la Sociale Démocratie Brésilienne – PSDB, Noël Villas Bôas, le fils de l'indigéniste Orlando Villas Bôas, il avait l'appui du leader Kayapó, Raoni Metuktire. De leur côté, le Parti du Mouvement Démocratique Brésilien - PMDB et le Parti Démocrates – DEM de l'État d'Acre ont proposé Sebastião Alves Rodrigues Manchinery, plus connu sous le diminutif de Sabá Manchinery. Ce leader indigène avait été à la tête de la Coordination des Organisations Indigènes de l'Amazonie Brésilienne – COIAB entre 1994 et 1996.

    L'Articulation des Peuples Indigènes du Brésil - APIB avait annoncé, en octobre 2016, qu'elle respectait la volonté de tous les leaders indigènes qui postulent en leur nom ou sont proposés par des partis politiques. Elle avait alors connaissance d'une dizaine de candidats indigènes. Cependant elle maintient sa position de poursuivre son rôle de contrôle social. Après l'annonce de la nomination d'Antônio Costa, le 14 janvier dernier, elle a rappelé les positions du PSC au parlement : soutien à la destitution de Dilma Rousseff, réduction du budget de la FUNAI et du nombre de ses fonctionnaires; un parti qui est de ceux qui veulent réduire les droits constitutionnels des peuples indigènes. L'APIB se demande si le nouveau président va être capable de s'opposer aux directives de son parti quand il devra mettre en œuvre les revendications des peuples et organisations indigènes ? Elle appelle ses organisations de base à rester vigilantes et à ne jamais reculer dans la défense des droits acquis.

    Ces deux nominations inquiètent les peuples et organisations indigènes.

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    PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

    Cette note sera publiée dans le prochain « AYA Info » No 114 le bulletin de l'association "Appui aux indiens

    Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2