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  • Brésil : L’annonce du viol et de l’assassinat d’une Yanomami de 12 ans par des garimpeiros suscite de nombreuses réactions

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    Le 25 avril, Júnior Hekurari Yanomami, président du Conseil du District de Santé Indigène Yanomami et Ye’kuana (Condisi YY) a annoncé avoir reçu une information de la communauté d’Arakaçá, dans la région de Waikás, dans la partie de l’État de Roraima de la Terre Indigène Yanomami (TIY) : celle-ci fait état du viol et de l’assassinat d’une jeune Yanomami de 12 ans par des orpailleurs illégaux. Des membres de la Police Fédérale, du Ministère Public Fédéral - MPF, de la Fondation Nationale de l’Indien - FUNAI et du Secrétariat Spécial de Santé Indigène – SESAI se sont rendus sur les lieux les 27 et 28 avril. Ils affirment ne pas avoir trouvé d’indices de pratiques de crimes d’homicide et de viol ou de décès par noyade. Interviewé le 29 avril par l’agence Amazônia Real, Júnior Hekurari dit être allé sur place avec son équipe. Les villageois auraient respecté le rite funèbre des Yanomami en incinérant le corps de la jeune fille, puis ils auraient bouté le feu à leur maison avant d’aller vers un autre lieu de résidence. Quelques habitants revenus rencontrer l’équipe de Júnior ont dit que les garimpeiros leur ont donné de l’or en échange de leur silence…

    Cet événement a suscité des réactions. D’abord au sein des organisations indigènes, mais aussi à la Chambre des Députés et au Tribunal Suprême Fédéral- STF. Dans un communiqué de presse du 27 avril, l‘Hutukara Associação Yanomami de Boa Vista (RR), rappelle que « s’il est confirmé, cet acte n’est pas un cas isolé. Malheureusement des épisodes de violence sexuelle contre les enfants, adolescentes et femmes Yanomami pratiqués par des garimpeiros ont déjà été constatés dans d’autres régions ». Le Conseil Indigène de Roraima – CIR demande le retrait immédiat de ces envahisseurs. La Coordination des Organisation Indigènes de l’Amazonie Brésilienne – COIAB s‘est adressée au Ministère Public Fédéral pour que celui-ci ouvre une enquête sur ce cas et, plus généralement, sur l’application de mesures de protection des Yanomami. Le 5 mai, l’Articulation des Peuples Indigènes du Brésil – APIB s’est adressée à Luís Barroso, juge au STF lui demandant une série de mesures visant l’évacuation des garimpeiros et l’application d’un plan pour empêcher leur retour.

    Lors de la session plénière du STF du 28 avril, La juge Cármen Lúcia, a sollicité l’ouverture d’une enquête rigoureuse sur la mort de la petite Yanomami. Le 5 mai, sur proposition d’Erika Kokay et de Joênia Wapichana, la Chambre des Députés a décidé de créer une Commission pour étudier la violation des droits des Yanomami.

    Le Conseil Indigéniste Missionnaire Nord1 - un organe rattaché à la Conférence Nationale des Evêques du Brésil – CNBB - demande, lui aussi, l’adoption de mesures de protection du peuple Yanomami et de son territoire.

    Ce 6 mai, face à l’ampleur de la réaction, la Police Fédérale a tenu une Conférence de presse à Boa Vista, la capitale de l’État de Roraima (RR) : elle a fait état de l’évolution de son enquête et de son activité (la destruction de 17'000 litres de combustible). Les recherches continuent, mais sans avoir apporté, jusqu’à maintenant, des indices en rapport avec les crimes dénoncés. Le même jour, la FUNAI a également publié une note rappelant son activité dans cette région.

    Pour l’heure, les orpailleurs illégaux sont toujours présents dans la Terre Indigène Yanomami comme ils le sont depuis de nombreuses années !

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    PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

    Cette note sera publiée dans le prochain "AYA Info" No 141, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 13, rue des Bossons - CH - 1213 Onex / Genève –CCP 15-728614-8 / IBAN : CH 26 0900 0000 1572 8614 8

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  • Une première historique : du chocolat yanomami

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    Brasil, Brésil, Amazonie, Brasilia, Amazônia, Yanomami, chocolate Yanomami, Mercado municipal de Pinheiros, São Paulo, De Mendes, Ye’kwana, Terra Indígena, ISA, Instituto Socioambiental, Fiocruz, ATÁ, Wanasseduume Ye’kwana, Waikás, cacao, cacau, Bolsonaro, mineração, garimpeiro, orpaillage illégal, mercúrio, ouro, orC’est une première historique : un lot d’un millier de barres de « Chocolat Yanomami » a été présenté au public le 14 décembre dernier au Marché municipal de Pinheiros de São Paulo. Ce produit a été préparé par le chocolatier « De Mendes » à partir la première récolte de cacao natif cultivé par une communauté du peuple Ye’kwana de la Terre Indigène Yanomami (TI-Y). L’idée de produire du chocolat est venue de leaders à la recherche de ressources additionnelles pour les communautés et ainsi combattre la logique destructrice de l’orpaillage illégal qui porte gravement atteinte à la santé des indigènes. Un des aspects dramatiques de cette invasion est d’attirer les jeunes indigènes en recherche d’argent pour l’acquisition de biens industrialisés, notamment de smartphones.

    Un atelier, promu par l’association Wanasseduume Ye’kwana, a été organisé en juillet 2018 dans la communauté Waikás en partenariat avec les instituts Socio-environnemental – ISA et ATÁ. Le chocolatier César de Mendes a enseigné aux participants les techniques de cueillette et de traitement des cabosses pour produire la matière première nécessaire à la fabrication de chocolats fins. L’intention est de planter jusqu’à 7'000 cacaoyers d’ici 2021. À terme, le projet « Chocolat Yanomami » devrait profiter à plus d’un millier de personnes de cinq communautés.

    Selon leader Júlio Ye’kwana, présent à São Paulo pour le lancement du produit : « Nous avons la richesse dans la nature et non dans le sous-sol. Nous n’avons pas à la détruire ni la blesser. La nature ne va pas rester irritée ».

    Le projet « Chocolat Yanomami » se réalise au moment où le président Bolsonaro veut permettre l’orpaillage et l’exploitation minière dans la TI-Y. Au moment où le nombre de garimpeiros (orpailleurs illégaux) y seraient maintenant plus de 20’000.

    Même modeste, ce projet est symboliquement important. Il montre que, sans être détruite, la forêt amazonienne est susceptible d’apporter un mieux-être à ses habitants.

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    Photo : les plaques de chocolat / © ISA & De Mendes divulgação. Cliquer sur l’image pour en agrandir la taille.

    PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, permettent d'en "savoir plus".

    Cette note sera publiée dans le prochain « AYA Info » No 131, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 13, rue des Bossons - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

  • Des Yanomami contaminés au mercure

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    Brasil, Brésil, Brasilia, Amazônia, Amazonie, Amazonas, Autochtones, indigènes, povos indígenas, Yanomami, Ye'kuna, garimpagem, garimpeiros, orpaillage, ISA, Instituto Socioambiental, Fiocruz, Fundação Oswaldo Cruz, Mucajaí, Uraricoera, Roraima, Aracaçá, Waikás, OMS, Organisation Mondiale de la Santé, IBAMA, FUNAI, SESAI, Rapporteuse Spéciale sur les Droits des Peuples autochtones, ONU, Victoria Tauli-Corpuz, Ministério Público Federal, Davi KopenwaEn utilisant du mercure (Hg), l'orpaillage illégal* pratiqué dans les cours d'eau de la Terre Indigène Yanomami (TI-Y) contamine les populations riveraines. C'est ce que montre une récente étude conduite par la Fondation Oswaldo Cruz (Fiocruz) et l'Instituto Socioambiental (ISA).

    Demandée par l'Hutukara Associação Yanomami - HAY, l'enquête a porté sur les populations Yanomami et Ye'kuna vivant dans des communautés riveraines des rios Mucajaí et Uraricoera (voir la carte ci-dessous). Sur ces deux rivières de l'État de Roraima, l'orpaillage illégal y est pratiqué régulièrement et depuis longtemps.

    En novembre 2014, une équipe de chercheurs a visité 19 villages. Elle a collecté 239 échantillons de cheveux issus des groupes les plus vulnérables à la contamination : enfants, jeunes femmes, mais aussi des adultes ayant eu un contact direct avec l'activité d'orpaillage. Elle a également collecté 35 échantillons sur des poissons – surtout carnivores de grande taille - faisant partie de l'alimentation habituelle de cette population.

    Le cas le plus alarmant a été observé dans la communauté Yanomami de Aracaçá, dans la région de Waikás. Dans ce village, 92% des échantillons présentent un taux élevé de contamination. Il est de plus de deux fois au dessus de celui duquel l'Organisation Mondiale de la Santé considère qu'il peut avoir de sérieuses conséquences pour la santé.

    Ce mois de mars, une délégation de leaders indigènes, de la Fiocruz et de ISA est allée à Brasilia pour présenter les résultats de l'enquête aux responsables de la Fondation Nationale de l'Indien – FUNAI, de l'Institut Brésilien de l'Environnement – IBAMA, du Secrétariat Spécial de Santé Indigène – SESAI, du Ministère Public Fédéral et encore à la Rapporteuse Spéciale sur les Droits des Peuples autochtones de l'ONU en visite au Brésil.

    Les leaders indigènes ont demandé le retrait immédiat des garimpeiros (les orpailleurs) de la TI-Y et un service de santé particulier pour les personnes contaminées.

    Cette note est l'occasion de rappeler que la Suisse importe de l'or du Brésil**. Y a-t-il une part d'or "sale" dans ces importations ? Quand donc un système de traçabilité sera-t-il mis en place pour assainir ce marché ?

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    * Voir sur ce blog la note du 5 juin 2015

    ** En 2015, la Suisse a importé 22'283 kg pour un montant de 651'750'692 CHF, et 2'637 kg pour les mois de janvier et février 2016, pour un montant de 75'129'741 CHF. Ces chiffres sont encore provisoires.

    Photo © ISA Marcos Wesley : Davi Kopenwa remet l'étude de la Fiocruz et de ISA à Mme Victoria Tauli-Corpuz, rapporteuse spéciale des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones

    Carte : ISA

    PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

    - Cette note sera publiée dans le prochain "AYA Info" No 109, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2