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  • Brésil : Bolsonaro sur les Terres Indigènes Yanomami et Balaio

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    Les 27 et 28 mai derniers, le Président de la République, Jair Bolsonaro était en déplacement dans l’Ouest de l’Amazonie, plus exactement dans la municipalité de São Gabriel de Cachoeira. Au programme : l’inauguration d’un pont et une rencontre avec des Yanomami de Maturacá.

    Le pont mis en service est de taille modeste : un ouvrage en bois de 18 mètres de long et 6 mètres de large. Il a été réalisé par l’armée en remplacement d’un pont - également en bois - devenu inutilisable. Il enjambe un igarapé (une petite rivière). Il facilite grandement la liaison routière entre la communauté indigène de Balaio et un poste de l’armée situé à Maturacá au chef-lieu de la Commune de São Gabriel da Cachoeira, à 91 kilomètres de là. C’est la localité la plus proche où trouver de nombreux commerces et services. Un communiqué du Ministère de la défense fait écho à l’événement : Le Président a relevé que « l’ouvrage est petit par sa taille, mais qu’il est grand par son impact social ». Le Ministre de la défense, Walter Braga Netto a souligné que « … la construction de ce pont apporte le développement à une population oubliée dans le Brésil. Il est nécessaire d‘apporter l’État brésilien dans cette zone reculée du pays ».

    La rencontre du Président avec les Yanomami a eu lieu à Maturacá, dans les locaux du 5e Peloton Spécial de Frontière de l’armée – 5e PEF qui est en Terre Yanomami. Une courte vidéo (3’41’’), publiée sur Facebook le 30 mai, montre le Président écouter trois leaders des communautés Yanomami locales, mais aussi un représentant de l’Association Yanomami du Rio Cauaburis et affluents – AYRCA et une représentante l’Association des Femmes Yanomami Kumirayoma – AMYK. Dans une courte allocution (1’32’’), le Président a affirmé son intention de respecter la volonté des communautés : « … Si vous ne voulez pas d’exploitation minière, il n’y aura pas d’exploitation minière !». La vidéo se termine par ces mots : « Nous respectons les communautés indigènes »

    La Fédération des Organisations Indigènes du Rio Negro – FOIRN a manifesté son insatisfaction. Elle reproche notamment au Président de ne pas avoir rencontré les institutions qui ont le plus aidé à combattre la pandémie de la Covid-19 et de ne pas avoir fait mention au combat contre les orpailleurs illégaux, le narcotrafic et autres problèmes graves qui dévastent les terres indigènes.

    En effet, le Président ne peut ignorer les récents événements survenus à quelques centaines de kilomètres dans la communauté Yanomami de Palimiú menacée par des garimpeiros (orpailleurs illégaux). Il est sans doute informé des violences commises - également par des garimpeiros - contre les indigènes Munduruku (dans l’État du Pará). Dans les deux cas, les garimpeiros n’ont pas été évacués malgré les demandes de la justice et des organisations indigènes*.

    Selon la FOIRN, Jair Bolsonaro prépare sa campagne électorale de 2022 !

    *Voir sur ce blog, la note du 28 mai dernier.

    ***

    PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, permettent d'en "savoir plus".

    Cette note sera publiée dans « AYA Info » No 138, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 13, rue des Bossons - CH - 1213 Onex / Genève, CCP 17-55066-2

  • Brésil : L’action violente de garimpeiros contre les indigènes Yanomami et Mundurucu

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    Brasil, Brésil, Amazonie, Amazônia, Yanomami, Hutukara Associação Yanomami, HAY, garimpeiros, orpailleurs, rio Uraricoeira, Palimiú, Terra Indígena Yanomami, Terra Indígena Mundurucu, Terra Indígena Sai Cinza, Fondation Nationale de l’Indien, FUNAI, Fundação Nacional do Índio, Frente de Proteção Etnoambiental Yanomami, Polícia Federal, Armée, Exército, Ministério Público Federal, Roraima, Elayne Rodigues Maciel, Boa Vista, Front parlementaire mixte de défense des droits des peuples indigènes, FPMDDPI, Frente Parlamentar Mista em Defesa dos Direitos dos Povos Indígenas, Comissão de Direitos Humanos e Minorias, Câmara dos Deputados, ADPF 709 TPI /DF, Supremo Tribunal Federal, STF, Amazônia Real, Articulation des Peuples Indigènes du Brésil, Articulação dos Povos Indígenas do Brasil, APIB, Premier Commando de la Capitale, Primeiro Comando da Capital, PCC, São Paulo, Operação Mundurukânia, Maria Leusa Kaba Munduruku, Coordenação das Organizações Indígenas da Amazônia Brasileira, COIAB, Joênia Wapichana, FantásticoLe 10 mai, l’Hutukara Associação Yanomami – HAY annonce que, vers 11h30, des garimpeiros (orpailleurs illégaux), arrivés par le rio Uraricoeira sur sept barques, ont accosté à proximité de la communauté Yanomami de Palimiú* située dans le nord de la Terre Indigène Yanomami – TI-Y. Ils ont attaqué les indigènes qui ont riposté. La fusillade aurait duré une demi-heure. L’HAY signale cinq blessés : quatre garimpeiros et un indigène. Elle demande l’intervention urgente de la Fondation Nationale de l’Indien – FUNAI, de la Police Fédérale, de l’Armée et du Ministère Public Fédéral de Roraima pour empêcher la poursuite de la violence et garantir la sécurité de la communauté. Les garimpeiros ont également tirés en direction d’agents de la Police Fédérale venus enquêter sur les événements.

    Le même jour, la Coordinatrice du Front de protection ethno-environnemental Yanomami – Ye’kwana de la FUNAI, Elayne Rodigues Maciel publie un rapport rappelant les faits qui lui ont été transmis par un indigène. Le 11 mai, par un communiqué de presse, le service de communication de la FUNAI informe, qu’avec les autorités policières, elle va suivre l’enquête sur le « supposé conflit » survenu le 10 mai. Elle indique également que le rapport dont il est question ci-dessus « ne reflète pas la position officielle de la Fondation… ».

    Le 15 mai, une délégation de leaders Yanomami a tenu une conférence de presse à Boa Vista, la capitale de l’État de Roraima. Dans une note, elle a rappelé comment, pour se protéger des tirs, les membres de la communauté, et parmi eux beaucoup d’enfants, se sont enfuis dans la forêt. Le 11 mai au matin, les adultes sont partis à leur recherche et les ont retrouvés sains et saufs. Mais deux fillettes, âgées d’un an et de 5 ans, ont été retrouvées sans vie dans le rio Uraricoeira. Dans la nuit du 14 mai les garimpeiros sont à nouveau entrés dans la communauté désertée par ses habitants partis se cacher dans la forêt.

    Les incidents se sont poursuivis les jours suivants. Le 17 mai l’HAY signale que la veille au soir, les garimpeiros sont revenus à bord de 15 barques. Ils ont tiré en direction de la communauté et lancé des gaz lacrymogènes. Elle réitère sa demande de protection. Une autre tentative d’invasion a eu lieu au soir du 19 mai, mais les garimpeiros seraient repartis quand ils ont vu les indigènes monter la garde.

    Les incidents survenus dans la communauté de Palimiú ont suscité l’intérêt de plusieurs médias. L’agence Amazônia Real a révélé que des garimpeiros seraient liés à un groupe de trafiquants de drogue, le Premier Commando de la Capitale – PCC de São Paulo. L’agence G1.globo a consacré une émission de Fantastico sur les événements.

    Plusieurs institutions demandent l’intervention des forces de sécurité. Le Ministère Public Fédéral, le 12 mai déjà, demande l’évacuation des garimpeiros dans un rayon de 100 km.

    Le 18 mai, la Commission des Droits Humains et des Minorités de la Chambre des Députés demande à se rendre sur place : « Nous sommes devant une situation extrême avec une grande possibilité d’extermination du peuple Yanomami. Devant ce cas tragique, nous proposons l’institution d’une délégation parlementaire pour tenter résoudre le conflit survenu dans cette Terre Indigène ». Avec le Front parlementaire mixte de défense des droits des peuples indigènes – FPMDDPI, la Commission a demandé au Tribunal Suprême Fédéral -STF de retirer les garimpeiros illégaux de la TI-Y et de protéger le peuple Yanomami.

    Ces incidents ont eu un écho au niveau international. Le 19 mai, la Commission Interaméricaine des Droits Humains - CIDH de l’Organisation des États américains et le Secrétariat d’Amérique du Sud du Haut-Commissariat de l’ONU des Droits humains exhortent l’État brésilien de protéger la vie, l’intégrité personnelle, les territoires et les ressources naturelles des peuples Yanomami et Munduruku.

    Le 19 mai, l’Articulation des Peuples Indigènes du Brésil – APIB et plusieurs entités ont également adressé une nouvelle demande au STF pour que ce dernier ordonne au Gouvernement de prendre immédiatement des mesures pour de mettre fin à l’orpaillage illégal et à la déforestation dans les TI-Y, TI-Mundurucu et plusieurs autres. Le 24 mai, Luis Roberto Barroso, ministre du STF a répondu favorablement à cette demande.

    Une première réponse au STF est venue de la Police Fédérale. Le 25 mai, elle a déclenché l’ « Opération Mundurukânia » dans la municipalité de Jacareacanga (État du Pará) pour mettre un terme à l’activité des garimpeiros dans les TI Munduruku et Sai Cinza. Le lendemain, elle a dû faire front aux manifestants garimpeiros décidés à occuper le siège de l’opération. Mais cela n’a pas empêché ceux-ci d’incendier la maison de Maria Leusa Kaba Munduruku, coordinatrice de l’Association des femmes Munduruku Wakoborün, organisation opposée à l’orpaillage. L’APIB, la Coordination des Organisations Indigènes de l’Amazonie Brésilienne – COIAB, plusieurs organisations locales et la députée Joênia Wapichana ont dénoncé cette violence et demandé la protection des peuples indigènes.

    ***

    *Le Centre de santé indigène (le Polo base) de Palimiu est au service d’environ 850 Yanomami.

    Illustration : cliquer sur la vignette pour agrandir l’image.

    PS 1: Sur e blog, la note du 6 avril dernier a déjà traité du recours à la justice.

    PS 2 : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, permettent d'en "savoir plus".

    Cette note sera publiée dans « AYA Info » No 138, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 13, rue des Bossons - CH - 1213 Onex / Genève

     

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  • Brésil : La justice et la progression de l’orpaillage illégal chez les Yanomami

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    La justice semble avoir entendu l’appel au secours des Yanomami qui, en juin 2020 déjà, ont lancé la campagne « Fora Garimpo, Fora Covid »* demandant l’adoption immédiate d’un plan d’urgence pour contenir l’avance de la pandémie de la Covid-19 dans la Terre Indigène Yanomami – TI-Y. Un plan comprenant l’expulsion de la vingtaine de milliers de garimpeiros (orpailleurs illégaux) qui y sont quasiment aussi nombreux que les Yanomami. Leur présence et leur activité mettent cause l’existence même de ce peuple. La justice évoque la possibilité d’un génocide. Un crime relevant de la compétence de la Cour Pénale Internationale – CPI créée par le « Statut de Rome » ; approuvé et signé par le Brésil en 2002. Le crime de génocide y est traité à l’Art. 6 : un acte défini entre autres, par une « atteinte grave à l’intégrité physique ou mentale de membres du groupe … soumission intentionnelle du groupe à des conditions d’existence devant entraîner sa destruction physique totale ou partielle… ». La préoccupation de la justice est fondée. Ce n’est pas la première fois qu’elle intervient à ce sujet.

    Le 3 juillet 2020 déjà le Tribunal Régional Fédéral de la 1ère Région (TRF1/Brasilia) avait demandé le retrait des garimpeiros de la TI-Y, mais différents recours ont ajourné l’application de la décision. Á nouveau, le 16 mars dernier, considérant que la négligence de l’État pouvait aboutir à un génocide des peuples indigènes de la région, la justice est revenue à la charge. Elle a donné un délai de dix jours, au gouvernement et aux administrations concernées** pour présenter un chronogramme de retrait des garimpeiros de l’aire yanomami. Elle en a fixé les principales mesures : la création d’équipes interinstitutionnelles ; des effectifs suffisants, la mise à disposition des moyens matériels nécessaires ; la présentation d’un rapport tous les quinze jours ; le retrait de tous les garimpeiros non-indigènes et empêcher leur retour et l’application de mesures pour ne pas aggraver le risque de contamination des indigènes. Il est prévu une amende d’un million de Reais (env. 164'000 CHF) par jour de retard dans l’application des mesures. Á ce jour (6 avril) la réponse se fait attendre. Cependant, un communiqué de la police fédérale du 23 mars annonce qu’elle a déclenché « l’Opération Yanomami 709 », un numéro en référence à celui attribué par le Tribunal Suprême Fédéral - STF à une demande déposée par l’Articulation des Peuples Indigènes du Brésil - APIB (et six partis politiques) en juin 2020 et à laquelle il a répondu le 5 août suivant. Le STF demandait alors au gouvernement qu’il prenne des mesures pour protéger de la Covid-19 les peuples indigènes, en particulier les groupes vivant état d’isolement volontaire***. Des opérations de ce type ont déjà eu lieu en 2011, 2012, en février et novembre 2014 et en 2015. Mais les garimpeiros ont toujours repris leur activité peu de temps après…

    Autre intervention récente de la Justice : le 20 février 2021, le STF a suspendu la loi votée le 13 janvier précédent par l’Assemblée Législative de l’État de Roraima**** rendant possible l’autorisation de l’orpaillage et l’usage du mercure. Une partie de la TIY se situe dans cet État.

    Pour illustrer la progression de l’orpaillage dans le territoire Yanomami, ce 25 mars, l’Hutukara Associação Yanomami - HAY, l’Associação Wanasseduume Ye’kwana – Seduume et l’Institut Socio-environnemental - ISA ont publié un rapport d’une cinquantaine de pages sur les « Cicatrices dans la forêt – Évolution du garimpo illégal dans la Terre Indigène Yanomami en 2020 ». Il s’agit du résultat d’un relevé inédit pointant la prolifération des nouveaux lieux d’invasion proches des communautés indigènes et des groupes isolés. Un document montrant comment l’orpaillage illégal est passé d’une activité individuelle artisanale à une activité de dimension entrepreneuriale de vaste échelle, se donnant des moyens logistiques conséquents (ouverture de routes, de 35 pistes d’atterrissage) dont l’impact social et environnemental est très important. Ainsi, de janvier à décembre 2020 l’orpaillage illégal est responsable de la destruction de 500 hectares de forêt. La vidéo ci-dessous (2’46’’) est un résumé du rapport.

    Á suivre !

     

    * « Dehors l’orpaillage, Dehors la Covid »

    **La Fondation Nationale de l’Indien – FUNAI, l’Institut Brésilien de l’Environnement et des Ressources naturelles renouvelables – IBAMA et l’Institut Chico Mendes de Conservation de la Biodiversité - IMCBio

    ***Voir les notes des 8 août et 27 août 2020.

    ****Voir note du 21 février 2021

    PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, permettent d'en "savoir plus".

    Cette note sera publiée dans « AYA Info » No 137, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 13, rue des Bossons - CH - 1213 Onex / Genève

  • Brésil : de nouvelles pressions pour autoriser l’orpaillage dans les Terres Indigènes

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    Récemment, les deux États amazoniens de Roraima et de Rondônia ont adopté des textes pour autoriser l’orpaillage sur leur territoire. Et, au niveau fédéral, à la reprise des travaux parlementaires (le 3 février), le Président Bolsonaro, a demandé à la Chambre des Députés de se saisir d’un projet de loi (PL 191/2020) qu’il y avait déposé en février 2020 déjà*. Le but de ce texte étant de réglementer les conditions spécifiques à suivre pour l’extraction des ressources minières et l’exploitation du potentiel de l’énergie hydraulique des rios dans les Terres Indigènes (TI).

    Le 29 janvier, le Gouverneur de l’État de Rondônia, le colonel Marcos Rocha, a signé un décret (No 25.780) visant à autoriser l’orpaillage.

    Peu avant, le 13 janvier, l’Assemblée Législative de Roraima (ALE-RR) a adopté une loi proposée par le Gouverneur de l’État, Antonio Denarium, pour combler l’absence de normes légales concernant l’orpaillage. Selon lui, cela permettra de rendre cette activité sûre et responsable. Mais aussi de créer des emplois et d’augmenter les recettes fiscales. Les députés ont introduit des amendements portant la taille des concessions de 50 à 200 ha pour les coopératives et autorisant l’usage du mercure. Dans l’État de Roraima deux TI sont connues pour connaître une invasion de garimpeiros : la TI Raposa Serra do Sol et la TI Yanomami. Dans première il y en aurait environ 2'000 et dix fois plus dans la deuxième.

    Les organisations indigènes et indigénistes ont manifesté leur hostilité à ce texte. Le 12 janvier, avant même son adoption par l’ALE-RR, le Conseil Indigène de Roraima – CIR a publié une note déclarant : « Défendre la « Mère Terre » n’est pas une question idéologique de gauche ou de droite, mais de protéger la vie de toute la population. Ceci est une responsabilité de tous, indigènes, urbains, riverains, pêcheurs, etc. Approuver ce projet de loi c’est légaliser la destruction des forêts, la pollution des rivières, des lacs, des champs qui sont l’habitat de milliers d’animaux, d’oiseaux, de poissons et de toute espèces d’êtres vivants… Le CIR exprime son opposition à ce texte et appelle la société roraimense à défendre son environnement. »

    Le 11 février, l’Articulation des Peuples Indigènes du Brésil - APIB a publié une « Note technique » rappelant la législation en vigueur. Il y est souligné qu’en vertu de la Constitution fédérale, il s’agit d’un domaine relevant de la législation nationale et non de celle des États : « L’approbation de cette loi viole les droits des peuples originaires… L’exploitation agressive des ressources naturelles par ces activités d’orpaillage est extrêmement dangereuse en raison de l’utilisation du mercure. Le Brésil a ratifié la Convention de Minamata mise en œuvre sous les auspices de l’ONU pour contrôler l’usage du mercure dans le but de protéger la santé humaine et l’environnement, mais les cas de contamination dans le pays continuent. »

    L’APIB rejoint ainsi la position du Ministère Public Fédéral** dans l’État de Roraima qui a ouvert une procédure le 15 janvier déjà pour déterminer la constitutionnalité de ce projet de loi. Dans ses premières observations, il relève qu’en vertu de la Constitution (Art. 20), les ressources minières, y compris celles du sous-sol, sont des biens de l’Union. Il en va de même pour les terres traditionnellement occupées par les indiens…

    La pression pour faire des Terres Indigènes des aires d’exploitation minière se renforce.

                                                                               ***

    *Voir sur ce blog, la note du 17 février 2020

    **En février 2020, la 4e Chambre de Coordination et de Révision – 4CCR du Ministère Public Fédéral a publié un Manuel d’action : « Orpaillage illégal en Amazonie : marques juridiques et questions controversées ». Il s’agit d’un document de référence sur le sujet.

    PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, permettent d'en "savoir plus".

    Cette note sera publiée dans « AYA Info » No 136, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 13, rue des Bossons - CH - 1213 Onex / Genève

  • Vaccination Covid : seule une partie des indigènes brésiliens est prioritaires / Bolsonaro est dénoncé à la CPI

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    Brésil, Brasil, Amazonie, Amazônia, Yanomami, Ye’kwana, Secrétariat Spécial de Santé Indigène, SESAI, Secretaria Especial de Saúde Indígena, SESAI, Covid-19, Manaus, ANVISA, Agência Nacional de Vigilância Sanitária, Ministério da Saúde, vaccination, vacinação, aldeados, Terras Indígenas, demarcação, Terres Indigènes, démarcation, TI Yanomami, Amazonas, Roraima, Coordination des Organisations Indigènes de l’Amazonie Brésilienne, COIAB, Coordenação das Organizações Indígenas da Amazônia Brasileira, Articulação dos Povos Indígenas do Brasil, Articulation des Peuples indigènes du Brésil, APIB, Distritos Sanitários Especiais Indígenas, DSEI, Tribunal suprême Fédéral, STF, Supremo Tribunal Federal, Câmara dos Deputados, Raoni, Cour pénale internationale, William Bourdon, Fatou BensoudaLes médias ont largement fait écho à l’apparition d’une souche amazonienne de la Covid-19. Et aussi à l’état sanitaire catastrophique dans lequel se trouve Manaus, la capitale de l’État d’Amazonas. Il y est particulièrement question des conséquences de la pénurie d’oxygène pour le traitement des malades. Le 17 janvier, l’Agence Nationale de Vigilance Sanitaire – ANVISA, a autorisé l’usage temporaire de deux vaccins. Très vite, les médias et réseaux sociaux ont publié les photos des premières personnes vaccinées.

    En décembre 2020, le gouvernent brésilien a publié un plan opérationnel de vaccination contre la Covid-19. La grande vulnérabilité des peuples indigènes et les difficultés de mise en œuvre des mesures de protection, notamment en raison des distances pour atteindre les communautés sont reconnus. Mais le plan classe prioritaires les seuls indigènes de plus de 18 ans « aldeados », c’est-à-dire habitant les villages situés à l’intérieur des Terres Indigènes (TI) démarquées. Les plans de vaccination des États d’Amazonas et de Roraima (sur lesquels s’étend la TI Yanomami) reprennent la même disposition.

    L’Articulation des Peuples Indigènes du Brésil - APIB, a réagi à cette restriction. Elle rappelle que de nombreuses TI n’ont pas été démarquées*. En conséquence cela exclut de la campagne de vaccination un peu plus de 40 % des 900'000 indigènes du pays. Dans un manifeste, elle rappelle la position du Tribunal Suprême Fédéral et du Parlement fédéral qui ont demandé, en août 2020 déjà, la mise en œuvre d’un plan non restrictif de protection des peuples indigènes. Parallèlement, elle lance une campagne pour obtenir cette vaccination pour tous les indigènes et inciter ceux-ci à se faire vacciner.

    La situation au 21 janvier

    Les statistiques publiées par différents organismes sont généralement considérées par les spécialistes comme étant inférieures à la réalité. De plus, leurs modes de calcul ne sont pas identiques. Leur comparabilité a peu de sens. Pour l’ensemble du Brésil, au 21 janvier dernier, le Ministère de la santé annonçait 8'697’368 cas confirmés depuis le début du comptage (à fin février 2020) et 214'147 décès depuis la même période. En ce qui concerne les peuples indigènes, à la même date, le Secrétariat Spécial de Santé Indigène – SESAI (qui ne compte que les indigènes résidant dans les trente-quatre Districts Sanitaires Spéciaux Indigènes) annonçait 40'611 cas confirmés et 531 décès, dont respectivement 1'218 cas et 10 décès dans le District Yanomami. Toujours au 21 janvier, le réseau d’organisations qui composent l’APIB annonce 46'508 cas confirmés et 929 décès au sein de 161 peuples indigènes. La Coordination des Organisations Indigènes de l’Amazonie Brésilienne – COIAB annonce 33’202 cas confirmés et 749 décès au sein de 141 peuples dans cette partie du pays. Enfin, au 31 décembre 2020, le Réseau Pro-Yanomami et Ye’kwana qui ne concerne que ces deux peuples, annonce 1'607 cas confirmés et 14 décès depuis le début de ses relevés à fin mai 2020**.

    Raoni dénonce Bolsonaro devant la Cour pénale internationale

    Le 21 décembre 2020, au nom de l’APIB, des leaders Raoni Metuktire et Almir Suruí, l’avocat français William Bourdon a déposé une nouvelle demande d’investigation préliminaire contre le président brésilien Jair Bolsonaro devant la Cour Pénale Internationale – CPI de La Haye. La Cour est chargée de juger les individus responsables de génocides, de crime de guerre, de crime contre l’humanité et d’agression. La procureure de la CPI, Fatou Bensouda, va étudier la recevabilité de la plainte. À suivre…

                                                                                    ***

    *Le président Bolsonaro s’est déclaré hostile à toute nouvelle démarcation.

    **Voir sur ce blog la note du 4 décembre 2020 le document du Forum des leaders de la TI Yanomami.

                                                                                    ***

    Illustration : le logo de la campagne de l’APIB. Cliquer sur la vignette pour en agrandir la taille.

    PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, permettent d'en "savoir plus".

    Cette note sera publiée dans « AYA Info » No 136, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 13, rue des Bossons - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

     

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  • L’impact de la pandémie de la Covid-19 chez les Yanomami

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    Brésil, Brasil, Amazonie, Amazônia, Yanomami, Ye’kwana, Secrétariat Spécial de Santé Indigène, SESAI, Secretaria Especial de Saúde Indígena, Covid-19, garimpeiros, orpailleurs, chercheurs d’or, Alvanei Xirixana, Rio Marauiá, Kurikama, Service et Coopération avec le peuple Yanomami, SECOYA, AYA, Appui aux indiens Yanomami d’Amazonie, MCI, Mouvement pour la Coopération Internationale, Serviço e Cooperação com o Povo Yanomami, Rede Pro-Yanomami e Ye’kwana, Samuel Kohito, Santa Isabel do Rio Negro, Bruce Albert, OMS, Organisation Mondiale de la Santé, Coordination des Organisations Indigènes de l’Amazonie Brésilienne, COIAB, Coordenação das Organizações Indígenas da Amazônia Brasileira, Articulação dos Povos Indígenas do Brasil, Articulation des Peuples indigènes du Brésil, APIBEn Amazonie brésilienne, chez les Yanomami, c’est en avril dernier que la pandémie du Covid-19 a fait sa première victime : Alvanei Xirixana, un étudiant âgé de15 ans. Dans son relevé périodique, au 28 octobre, le Réseau Pro-Yanomami et Ye’kwana dénombrait, depuis le début de la pandémie, 1’202 cas confirmés, d’indigènes atteintes par le coronavirus et 10 décès confirmés, plus 13 décès suspects. De son côté, le Secrétariat Spécial de Santé Indigène – SESAI a réalisé 1'270 tests (4,7% de la population), dont 895 (70,5%) se sont révélés positifs.

    Le Réseau vient de publier un rapport intitulé « Pandémie, les traces de la Covid-19 dans la Terre Indigène Yanomami et l’omission de l’État ». L’introduction de ce document est signé par le « Forum des leaders de la Terre Indigène Yanomami – TI-Y». Cette entité créée en juin, mène une campagne pour l’évacuation des garimpeiros (orpailleurs illégaux), présents par milliers (on parle de 20'000 !) dans plusieurs zones de la TI, mais aussi pour l’application de mesures pour lutter efficacement contre la pandémie.

    Une première partie du document traite du cadre historique, géographique, politique, institutionnel et culturel dans lequel se développe la pandémie. Un tableau (p. 16) détaille la situation dans les 37 différentes régions de la TI-Y. Une trentaine de pages sont consacrées à la « Chronologie d’une tragédie annoncée ».

    Une deuxième partie décrit les stratégies de résistance face à la pandémie. Un exemple concerne la région du Rio Marauiáoù s’exerce l’activité de l’association indigène Kurikama qui a un lien historique avec le Service et Coopération avec le peuple Yanomami – SECOYA, le partenaire d’AYA et du Mouvement pour la Coopération Internationale - MCI. En 2018, on y compte 2'478 habitants répartis en 19 communautés. À cette fin octobre, le Réseau y dénombrait 76 cas confirmés de Covid-19, 1 décès confirmé et 4 décès suspects. De son côté, le SESAI annonçait y avoir réalisés 23 tests, dont 21 se sont révélés positifs. Le 26 avril, les responsables de la Kurikama ont demandé la sortie immédiate de tous les non indigènes de cette partie de la TI-Y. Avec l’arrivée de la pandémie, les communautés ont quitté leurs villages pour aller se réfugier en forêt, une pratique désignée sous le terme de « Wayumi ». Mais après quasiment deux mois d’isolement quelques groupes ont été forcés de retourner dans leur village en raison de l’augmentation des cas de malaria et le manque de médicaments. Ainsi, la pandémie de la Covid-19 se répand sur fond d’une grave épidémie de malaria.

    L’anthropologue Bruce Albert, qui travaille avec les Yanomami depuis de nombreuses années, met en doute les statistiques officielles, les tests utilisés et surtout les traitements administrés par le SESAI. Ces derniers, comme l’hydroxichloroquine, ont été jugés inutiles, voire toxiques par diverses enquêtes scientifiques internationales, notamment l’Organisation Mondiale de la Santé - OMS. D’ailleurs, ce 30 novembre, lors d’une conférence de presse, le directeur de cette Organisation a déclaré que le Brésil « devait prendre très, très au sérieux l’augmentation récente du nombre de cas de Covid-19 ».

    ***

    Illustration : Page de couverture du rapport. Cliquer sur la vignette pour en agrandir la taille.

    PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, permettent d'en "savoir plus".

    Cette note sera publiée dans « AYA Info » No 135, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 13, rue des Bossons - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

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  • Brésil : face au Covid-19 les peuples indigènes ne désarment pas

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    Le Ministère brésilien de la santé, l’Articulation des Peuples Indigènes du Brésil – APIB, la Coordination des Organisation Indigènes de l’Amazonie Brésilienne – COIAB et d’autres organismes et entités publient régulièrement des chiffres sur l’inquiétante évolution de la pandémie du Covid-19. Pour plusieurs raisons, ces statistiques ont une valeur toute relative. Les spécialistes s’accordent à affirmer qu’elles sont inférieures à la réalité. La comparaison de l’évolution de la pandémie pour l’ensemble de la population brésilienne et dans les communautés indigènes s’avère très délicate. L’essentiel à retenir est la gravité de la situation, en particulier pour les peuples indigènes.

    La presse a rapporté la situation tragique des Xikrin du Cateté dans l’État du Pará qui, entre le 22 mai et le 17 juin, ont connu 270 cas positifs et la mort de 7 indigènes pour une population de moins de 2'000 personnes. En 24 heures, ces 28 et 29 juin, le peuple Xavante du Mato Grosso a eu à déplorer le décès de neuf de ses membres. Le cas de trois femmesYanomami a ému l’opinion publique. En mai, l’enfant de chacune d’elles présentant des symptômes de pneumonie, elles ont été conduites de leur communauté de Auaris à l’hôpital de Boa Vista la capitale de l’État de Roraima où les enfants sont décédés et ont été enterrés. Les mamans n’ont pas pu rentrer dans leur village avec le corps des enfants pour procéder au rite funéraire, – une incinération - en vigueur chez les Yanomami. L’incompréhension ajoute à leur souffrance. Le procureur de la République de Boa Vista a demandé des explications au District Sanitaire Spécial Indigène Yanomami.

    Le 26 juin, le Conseil Indigène de Roraima – CIR annonce que le Covid-19 a touché plusieurs communautés indigènes de l’État de Roraima (l’État brésilien qui compte la plus forte proportion d’indigènes dans sa population). En trois mois, plus de 440 autochtones ont été infectés par la maladie et 41 en sont morts. Parmi ces derniers, plusieurs leaders historiques connus pour être la mémoire vivante de leur communauté. Le CIR a renouvelé l’appel à l’aide lancé le 27 mars déjà pour combattre la pandémie… L’Articulation des Peuples Indigènes du Brésil – APIB et ses partenaires vient, elle aussi, de lancer un plan « Urgence Indigène » pour combattre la propagation de la pandémie dans les communautés indigènes.

    La lutte se conduit aussi au parlement. Lors des élections législatives de 2018, les indigènes de Roraima ont réussi à élire une des leurs à la Chambre des Députés : Joênia Wapichana. Au début de la législature elle est devenue la coordinatrice du Front parlementaire mixte de défense des droits des peuples indigènes. Dès le mois de mars, plusieurs membres de ce Front ont rédigé un projet de loi (No 1142/2020) portant sur la mise en œuvre d’un programme de lutte d’urgence contre le Covid-19. Le projet a été accepté par le Chambre le 21 mai et par le Sénat le 16 juin. Il est maintenant soumis à l’approbation - ou au veto - du Président de la république qui a jusqu’au 7 juillet pour se prononcer. Quelle sera l’attitude de Jair Bolsonaro ?

    Ce 30 juin, l’APIB et diverses entités s’est adressée au Tribunal Suprême Fédéral pour que celui-ci demande au gouvernement de mettre en œuvre un plan d’urgence pour protéger les peuples indigènes, spécialement les groupes en isolement volontaires. À suivre…

                                                                            ***

    *Voir sur ce blog, la note du 13 juin 2020

    PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, permettent d'en "savoir plus".

    Cette note sera publiée dans le prochain « AYA Info » No 133, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 13, rue des Bossons - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

  • Peuples indigènes : quelques échos de l’actualité en Amazonie

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    Les informations en provenance de l’Amazonie au sujet du Covid-19 sont inquiétantes. De la Guyane à l’Équateur, en passant par le Brésil, les médias font état de situations alarmantes en raison de l’étendue des territoires à protéger, des déficiences des services de santé et/ou de sécurité. Mais aussi de la volonté de certains groupes de poursuivre leur activité illégale, l’orpaillage et la déforestation notamment. Sur ce blog, la note 22 mars 2010 signalait déjà les inquiétudes des organisations, indigènes. Voici quelques informations concernant surtout le Brésil.

                                                                                ***

    Une demande à l’aide.

    Le 31 mars, la Coordination des Organisations Indigènes du Bassin Amazonien – COICA qui regroupe des organisations indigènes des neuf pays amazoniens* a publié une déclaration dans laquelle elle demande que les gouvernements de la région, le Haut-Commissariat pour les droits humains, l’ONU et la coopération internationale prennent des mesures pour éviter que la pandémie ne devienne un génocide pour les peuples indigènes. Le 24 avril, en collaboration avec Amnesty International, elle a renouvelé son appel à l’aide internationale qui n’arrive pas. « Maintenant, plus que jamais, il est urgent que les gouvernements nous protègent si réellement ils veulent protéger les forêts et la santé de toute l’espèce humaine ». […] « Ne nous voyez pas comme des victimes, sachez que nous sommes des alliés-clés pour guérir notre maison commune afin et d’y assurer l'équilibre planétaire ». La COICA annonce son intention de lancer un « Fonds d’urgence amazonien ».

    * Bolivie, Brésil, Colombie, Équateur, Guyana, Guyane, Pérou, Suriname et Venezuela.

                                                                                ***

    Un Yanomami victime du Covid-19

    Le 9 avril, Alvanei Xirixana*, un étudiant Yanomami âgé de 15 ans est décédé du Covid-19 à l’Hôpital Général de Roraima – HGR, un établissement public situé à Boa Vista, la capitale de cet État du nord du Brésil. Alvanei était originaire de la communauté Helepe, un village du nord de la Terre Indigène Yanomami (TI-Y), proche du rio Uraricoera envahi par des milliers d’orpailleurs illégaux. Selon l’agence Amazônia Real, Alvanei avait déjà consulté des services de santé dès le 18 mars. Il avait séjourné dans sa communauté, puis était retourné à l’HGR le 3 avril. Testé négatif au Covid-19 une première fois, avant un deuxième test positif le 7 avril, faisant de lui le premier Yanomami atteint par la pandémie. Alvanei a été enterré dans un cimetière de Boa Vista sans que ses parents en soient informés Ceux-ci auraient souhaité que le corps de leur fils fasse l’objet d’une crémation selon le rituel funéraire traditionnel yanomami. Ce 2 mai, des nouveaux cas confirmés de Yanomami atteints du Covid-19 ont été annoncés.

    *Prononcer « Chirichana »

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    Des Yanomami vont s’isoler en forêt

    Plus concrètement et dans l’immédiat, les organisations autochtones ont très vite traduit l’alerte dans les différentes langues indigènes en donnant des consignes de confinement dans les communautés et en leur demandant d’interdire l’accès à leurs territoires. Elles recommandent d’annuler toutes les rencontres et regroupements qui pourraient faciliter l’extension de la pandémie. Le Service et Coopération avec le peuple Yanomami – SECOYA* signale que les Yanomami du rio Marauiá ont décidé d’appliquer un rituel appelé « wayumzi », soit de quitter pour deux mois leurs « xapono » (villages) et de s’isoler complétement en forêt avec quelques provisions et leur matériel de chasse. Confinement oblige, la SECOYA a suspendu ses activités de terrain et pratique le télétravail.

    *Le partenaire de AYA

                                                                              ***

    Une victoire contre une mission évangélique.

    Les peuples vivant en état d’isolement volontaire sont particulièrement en danger. La Terre Indigène de la Vallée du Javari, tout à l’ouest de l’Amazonie brésilienne abrite plusieurs de ces groupes. Consciente d’un risque de génocide, l’Union des Peuples Indigènes de la Vallée du Javari – UNIVAJA a demandé à la justice d’empêcher des missionnaires évangéliques de « Mission Nouvelles Tribus du Brésil » d’aller à leur contact. Le 16 avril, un juge de Tabatinga a donné suite à la requête de l’UNIVAJA et leur a interdit tout contact avec l’un ou l’autre de ces groupes. Une victoire dont se réjouit l’organisation indigène.

                                                                               ***

    Le président de la FUNAI s’en prend aux droits territoriaux des indigènes

    Le 22 avril, le président de la Fondation Nationale de l’Indien - FUNAI, Marcelo Augusto Xavier da Silva, a publié une « Instruction Normative (IN No 9/2020)» au Journal Officiel de l’Union qui, de fait, facilite la « régularisation » des invasions illégales opérées, notamment par des « grileiros* », dans les Terres Indigènes - TI dont le processus de démarcation n’est pas arrivé à terme. Il est à rappeler qu’en octobre 1988, lors de l’adoption de la Constitution, un délai de cinq ans avait été donné au gouvernement pour démarquer toutes les TI. Une disposition non-appliquée. Plusieurs centaines de TI sont concernées par cette IN. L’ONG « Indigénistes Associés » qui regroupe des fonctionnaires de la FUNAI a publié une analyse du document au terme de laquelle elle exprime son inquiétude devant ces obstacles à l’application des droits territoriaux : « Si rien n’est fait pour empêcher que la politique indigéniste suive cette voie, le scénario que l’on peut imaginer est le durcissement des conflits fonciers entre indigènes et non-indigènes avec une augmentation prévisible des épisodes violents, y compris des cas de morts. » Le 28 avril, le Ministère Public Fédéral a publié une « Recommandation » signée par 49 Procureurs de 23 États demandant au président de la Funai d’annuler cette IN. L’Articulation des Peuples Indigènes du Brésil – APIB aussi demande l’annulation immédiate de cette « Instruction ». Il en va de même pour le Conseil Indigéniste Missionnaire – CIMI. À suivre…

    *Grileiro : individu qui s’approprie des terres par de faux documents.

                                                                                   ***

    Le 16e Campement Terre Libre s’est déroulé « online »

    La pandémie du Covid-19, a mis l’Articulation des Peuples Indigènes du Brésil – APIB dans l’impossibilité de réunir comme prévu, à Brasilia du 27 au 30 avril, les représentants des peuples indigènes pour un 16e « Campement Terre Libre »*. L’Articulation a organisé la rencontre de manière virtuelle relayée sur trois réseaux sociaux**. Les débats, interventions et rencontres ont pu être suivis en direct. De nombreux thèmes ont été abordés : les actes de résistance dans les différentes régions, le changement climatique, le combat contre les attaques législatives et administratives, les peuples en situation d’isolement volontaire, l’exploitation minière, les actions contre le Covid-19, etc. Un « Document final » a été adopté. Sa conclusion : « À nos peuples et organisation, nous disons : résister toujours avec le savoir que nous avons reçu de nos ancêtres, pour les actuelles et futures générations de nos peuples. Et que la solidarité nationale et internationale s’intensifie dans ce moment de mort, renforcé par la négligence du gouvernement Bolsonaro, et dans le même temps de gestation d’un nouveau temps pour nos peuples, la société brésilienne et l’humanité entière ».

    *Voir sur ce blog, la note du 22 mars 2020. **Sur Facebook : Mídia NINJA, Mídia Índia et APIB

                                                                                ***

    PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, permettent d'en "savoir plus".

    Cette note sera publiée dans le prochain « AYA Info » No 132, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 13, rue des Bossons - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

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  • Un ouvrage : L‘Amazonie, histoire, géographie, environnement

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    Brasil, Brésil, Amazonie, Brasilia, Amazônia, François-Michel Le Tourneau, Sophie Barluet, CNRS Editions, Centre National du Livre, Yanomami, Bolivie, Bolivia, Colombie, Colombia, Équateur, Ecuador, Guyana, Guyane française, Pérou, Perú, Surinam, Venezuela, PortugalSorti de presse il y a un an déjà, cet ouvrage consacré à l’Amazonie brésilienne* a vu son auteur, François-Michel Le Tourneau recevoir le prix Sophie Barluet en février 2020.

    Ce Prix, délivré par le Centre National (français) du Livre, est destiné à récompenser l’excellence d’un essai de sciences. Il est décerné par un jury composé de personnalités éminentes du monde intellectuel soucieuses de promouvoir une réflexion de qualité sur les questions de société contemporaine.

    « L’Amazonie » n’existe pas. C’est par cette affirmation que commence l’introduction de l’ouvrage dans laquelle l’auteur donne les motifs qui l’ont incité à rédiger ce livre : « Bien qu’il soit impossible de rendre justice à toutes les facettes de la complexité amazonienne en un seul ouvrage, ce livre souhaite atteindre deux objectifs simultanés. Le premier est de montrer en quoi les contresens ont guidé, et guident encore largement, le développement imposé par l’Europe (et l’occurrence le Portugal) puis par le Brésil devenu indépendant, à la région amazonienne. […] Le second est de proposer une synthèse la plus documentée possible des évolutions de la période précolombienne à nos jours, ainsi qu’un tableau des enjeux contemporains… […] J’espère que les lecteurs pourront trouver dans ces pages une information utile, non seulement de par les textes et les illustrations, mais également en poursuivant vers les thèmes qui les intéressent grâce aux nombreuses références bibliographiques. J’espère également que cet ouvrage et les concepts de contresens ou de malentendus amazoniens pourront aider à changer l’aspect exogène qui se trouve au cœur de la plupart des politiques appliquées à l’Amazonie, pour ouvrir la voie à des politiques définies de manière endogène et prenant en compte la connaissance que de nombreux segments de la population amazonienne continuent à avoir de leur environnement. Bien sûr, ce basculement ne devrait pas se produire uniquement dans cette région… »

    Dans la première partie, l’auteur fait une description de l’Amazonie et de son état avant l’arrivée des Européens. La deuxième partie traite de la période qui va de 1500 à 1950. La troisième est intitulée « Victime du « Développement » ? ». La quatrième et dernière partie aborde les enjeux contemporains. La conclusion de l’ouvrage est une interrogation : « Développer l’Amazonie ? Leçons et contresens ».

    Ce livre, pour reprendre la 4e de couverture, est « une lecture essentielle à l’heure où les annonces du gouvernement Bolsonaro viennent réveiller les inquiétudes. »

    Il serait intéressant d’avoir l’avis des organisations indigènes sur cet ouvrage, en particulier de celles qui ont élaboré un Plan de Gestion Territorial et Environnemental – PGTA comme celui des Yanomami présenté dans ce blog le 3 septembre 2019.

    Actuellement ces organisations se mobilisent pour protéger les communautés du Covid-19. On déplore déjà plusieurs décès parmi les autochtones dont un Yanomami de 15 ans.

                                                                             ***

    Références :  L‘Amazonie, histoire, géographie, environnement / François-Michel Le Tourneau / CNRS éditions / 15 rue Malbranche 75005 Paris / ISBN  978-2-271-11598-0 / 528 pages, 149 figures et 17 tableaux / 4 parties / 9 chapitres et une bibliographie (28 pages).

    Rappel : En 2010, François-Michel Le Tourneau a publié « Les Yanomami du Brésil – Géographie d’un territoire amérindien », Voir sur ce blog, la note du 11 février 2011.

                                                                              ***

    *L’Amazonie brésilienne représente 63% de ce territoire qui s’étend sur huit autres pays : la Bolivie 6%, la Colombie 7%, l’Équateur 1,5%, la Guyana 3%, la Guyane française 1,5%, le Pérou 10%, le Suriname 2% et le Venezuela 6%.

    Illustration : 1ère de couverture de l’ouvrage. Cliquer sur la vignette pour en agrandir la taille.

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  • Davi Kopenawa à Uni Mail

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    Brasil, Brésil, Amazonie, Brasilia, Amazônia, Stockholm, Davi Kopenawa, Rigth Livelihood Foundation, Prix Nobel alternatif, Yanomami, La Chute du Ciel, Conseil des droits de l’homme, Uni Mail« L’industrie minière et les infrastructures, une menace réelle pour les peuples autochtones et l’Amazonie ». Le Yanomami Davi Kopenawa, leader, chaman et prix Nobel alternatif 2019 est invité par diverses associations à s’exprimer sur ce sujet à Uni Mail ce 2 mars à 19h*. La traduction portugais/anglais est annoncée, mais pas la traduction vers le français.

    Davi est à Genève à l’occasion de la 43e Session du Conseil des droits de l’homme. Il doit s’exprimer au cours d’un « événement parallèle » qui aura lieu au Palais des Nations le 3 mars à 13h**.

    La situation des peuples indigènes du Brésil – particulièrement grave actuellement - est régulièrement évoquée dans les notes publiées sur ce blog. La note du 17 février dernier aborde précisément la volonté du Président Bolsonaro d’ouvrir les Terres Indigènes à l’exploitation économique. La dernière concernant Davi est datée du 14 décembre 2019. La première est celle du 11 novembre 2010.

                                                                                ***

    *Uni Mail, 40, Boulevard du Pont d’Arve. Transports publics : Tram, lignes 17 et 15 (arrêt Uni Mail), Salle MR060

    **Seules les personnes titulaires d’une accréditation ont accès au Palais des Nations.

    Illustration : Annonce de l’événement. Cliquer sur l’image pour en agrandir la taille.

                                                                                ***

    PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, permettent d'en "savoir plus".

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